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Aux abords de Kinshasa, stopper Ebola sur le fleuve Congo
Mégaphone à la main, Yves Matwa, agent de la riposte à Ebola qui progresse à un rythme sans précédent en RDC, passe les consignes aux passagers d’une baleinière venue des régions frappées par l'épidémie et stoppée aux portes de Kinshasa.
Le port de Bende-Bende est l’un des principaux points d’entrée vers la capitale de la République démocratique du Congo (RDC), vaste pays d'Afrique centrale de plus de 100 millions d'habitants frappé par la 17e épidémie d'Ebola de son histoire, devenue en seulement trois mois la plus meurtrière, avec plus de 2.500 décès recensés.
Chaque jour, des baleinières, ces bateaux en bois qui remontent et descendent le fleuve Congo, y débarquent des centaines de passagers venus des régions de l'Est et du Nord, où la flambée actuelle reste pour l'heure cantonnée.
"Ils viennent des zones à risque où il y a la maladie alors quand ils arrivent ici, on doit faire le checking", explique Yves Matwa, responsable de l’engagement communautaire au poste de contrôle sanitaire fluvial de Bende-Bende, situé dans la commune de Maluku, à 70 kilomètres au nord-est de Kinshasa.
"Je leur dis qu’ils doivent se préparer et que s’ils ne présentent aucun signe on pourra les libérer", relate-t-il.
Sur le débarcadère, commerçants et familles attendent leur tour en file indienne. Trois baleinières chargées de marchandises sont arrivées dans la nuit de Kisangani, grande ville fluviale du Nord-Est, où une quinzaine de cas d'Ebola ont été recensés depuis le début de l'épidémie.
Les équipes sanitaires multiplient les contrôles pour protéger Kinshasa, mégapole surpeuplée de près de 17 millions d’habitants, où aucun cas n’a été déclaré jusqu'à présent.
"On prend le temps d’inspecter minutieusement chaque bateau pour qu’aucun cas suspect ne nous échappe", assure M. Matwa, t-shirt floqué "Stop Ebola" sur le torse.
Sous des tentes, les équipes de dépistage contrôlent la température des passagers et vérifient l’absence de symptômes de cette fièvre hémorragique dont le taux de mortalité est évalué à près de 50%. Les agents enregistrent les coordonnées, l’adresse du lieu de départ et d’arrivée de chaque voyageur.
"Le temps d’incubation est de deux à 21 jours, la personne peut présenter des symptômes plus tard à la maison, on pourra la retrouver", veut croire M. Matwa.
La riposte à Ebola en RDC est critiquée pour son inefficacité, et peine à suivre le rythme de l'épidémie, déclarée le 15 mai avec plusieurs semaines de retard.
- Milliers de voyageurs -
Le fleuve Congo constitue un axe crucial pour la circulation humaine et les échanges commerciaux dans la région, drainant quotidiennement des milliers de voyageurs et de commerçants, selon l’OMS.
"La majorité des personnes n’ont pas assez de moyens pour prendre l’avion et passent par la voie fluviale, et leur destination finale, c’est Kinshasa", explique un médecin, préférant garder l’anonymat.
"Si un seul cas arrivait à Kinshasa, ça serait une catastrophe, les cas vont se multiplier", s’inquiète-t-il.
Bottes aux pieds et masque de plongée sur les yeux, les équipes doivent désinfecter chaque embarcation considérée à risque.
Il n'existe aucun vaccin ou traitement spécifique homologué contre la souche Bundibugyo d'Ebola, à l'origine de la flambée actuelle, mais des essais cliniques sont en cours et 70.000 doses du vaccin Ervebo, homologué contre Zaïre, une autre souche du virus, ont été envoyées en RDC pour évaluer son impact sur Bundibugyo.
Selon l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) congolaise, 30 cas suspects ont été testés et confirmés négatifs au virus Ebola depuis la mise en place du poste de contrôle à Maluku, début août.
Depuis les cales humides d’une baleinière qui attend l'autorisation de débarquer, des passagers observent avec curiosité le ballet des équipes médicales sur la berge.
"C’est parfois difficile de les convaincre de descendre et de se faire dépister, certains ne croient pas à la maladie et pensent que nous l’avons inventée", regrette Cécile Kisangu, une infirmière.
La riposte se heurte à la défiance d'une partie des populations, dans un pays où la présence de l'Etat est fragile, et la corruption largement répandue.
"J’ai entendu parler d’Ebola, ça tue rapidement, j’ai peur qu’il y ait des malades sur mon bateau", confie le capitaine d'une embarcation venue du Kasaï, province centrale de la RDC, après une semaine de voyage sur le fleuve.
Mardi, le chef de l'OMS avait averti que l'épidémie était "loin d'être maîtrisée".
O.Lorenz--BTB