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Premier sommet de l'espace : une ambition française déjà mise à l'épreuve
Géants américains absents, chancelier allemand occupé chez lui : que reste-t-il de l'ambition du premier sommet de l'espace international porté par Emmanuel Macron ? Une promesse de contrats et une Europe qui doit se positionner dans ce secteur dominé par les Etats-Unis et la Chine.
Le sommet prévu à Paris les 9 et 10 septembre, auquel ont été conviés 120 pays sauf la Russie, l'Iran et la Corée du Nord, se tiendra dans un contexte moins flamboyant que prévu sous la verrière du Grand Palais, à Paris.
Les géants américains SpaceX et Blue Origin ainsi que les start-up Stoke Space et Starcloud ont annulé jeudi leur participation sur fond de rumeurs de pression de la Maison Blanche, a appris l'AFP auprès du ministère français de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Espace.
Vendredi, c'est l'absence du chancelier allemand Friedrich Merz qui a été officialisée.
Il devait coprésider ce rendez-vous international inédit avec Emmanuel Macron, mais son agenda chargé entre un discours au Bundestag et une rencontre avec le président du Conseil européen, Antonio Costa mercredi, puis l'entretien avec le président des Emirats Arabes Unis, Mohamed bin Zayed Al-Nahyan jeudi ne lui ont laissé "aucune marge", selon un porte-parole du gouvernement allemand.
- Spatial européen fragmenté -
Durant la préparation de ce sommet, Français et Allemands "s'entendaient très bien pour parler de tous les sujets en n'excluant pas ceux sur lesquels il y a des divergences d'appréciation, voire de la rivalité", souligne-t-on à l'Elysée à quelques jours du sommet.
De nombreux industriels allemands, dont OHB, seront présents, tandis que la filière française, représentée par le Gifas, espère renforcer sa coopération avec son homologue allemand, le BDLI.
"On a intérêt à coopérer (...) Dans nos filières, beaucoup de nos adhérents sont déjà multinationaux, franco-allemands" comme Airbus ou ArianeGroup, a souligné Jean-Marie Bétermier, directeur espace de Safran Electronics & Defense qui représente les équipementiers au sein du Gifas.
"Ils sont sollicités sur les programmes nationaux allemands et cette industrie ne sera pas capable de fonctionner qu'en autarcie", a-t-il ajouté.
Le cas du fabricant allemand de satellites OHB illustre les ambiguïtés du rapprochement franco-allemand dans le spatial : engagé dans la constellation européenne Iris², dont il vient de décrocher une importante commande, OHB travaille parallèlement avec Rheinmetall et Airbus sur une constellation militaire destinée à la Bundeswehr.
OHB s'oppose également au projet de mégafusion dans les satellites européens qui doit réunir les activités satellitaires d'Airbus, Thales et Leonardo, car il craint qu'un tel géant ne réduise la concurrence en Europe et ne l'exclue des grands contrats spatiaux.
Hervé Derrey, PDG de Thales Alenia Space et président de la commission espace du Gifas, a de son côté déploré la fragmentation dans le spatial européen et les velléités de "certains pays" de "développer des activités redondantes et concurrentes" en profitant de l'argent injecté dans le spatial, dans une allusion à l'Allemagne qui prévoit de consacrer 35 milliards d'euros d'ici 2030 au développement de ses capacités spatiales militaires.
- Vols habités en Europe ? -
Le président Macron voit dans ce sommet une opportunité pour l'Europe d'affirmer "sa vision pour les dix ans à venir et la place qu'elle veut prendre", souligne-t-on à l'Elysée.
Le sommet intervient au moment où le président Trump a fixé l'objectif de 1.000 lancements par an d'ici 2030.
L'entreprise chinoise LandSpace a réussi en août à récupérer le premier étage du lanceur lourd Zhuque-3 comparable au Falcon 9 de SpaceX alors que l'Europe n'a pas encore testé de fusée réutilisable.
Le patron de l'Agence spatiale européenne (ESA) Josef Aschbacher plaide pour une nouvelle ambition, assurant que l'Europe pourrait développer des vols habités à "un coût raisonnable".
Jusqu'à présent, les vols habités n'étaient pas une priorité pour l'ESA qui s'est appuyée sur les Etats-Unis pour l'accès de ses astronautes à l'espace et pour une partie de ses ambitions d'exploration lunaire.
Mais le désengagement américain dans certains programmes a poussé les Européens à s'interroger sur leur dépendance envers les Etats-Unis et leur propre rôle dans l'exploration de la Lune.
O.Lorenz--BTB