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L'Allemagne va nationaliser le géant gazier Uniper
L'Etat allemand va nationaliser le groupe énergétique Uniper, asphyxié par les coupures de gaz russe, une décision radicale pour éviter la faillite du premier importateur allemand de gaz qui provoquerait un séisme sur le marché de l'énergie.
"Le gouvernement reprend au total environ 99% d'Uniper", a indiqué le ministère allemand de l'Economie dans un communiqué mercredi.
"Uniper est un pilier central de l'approvisionnement énergétique allemand", rappelle Berlin pour justifier cette intervention publique d'une ampleur rare.
L'énergéticien, premier importateur de gaz d'Allemagne, fournit des centaines de municipalités, soit 40% de l'approvisionnement allemand en gaz, selon le ministre de l'Economie.
Le plan de nationalisation, discuté depuis plusieurs semaines, "est devenu nécessaire" car la situation s'est "aggravée de manière dramatique" avec la fermeture début septembre du gazoduc Nordstream qui relie la Russie à l'Allemagne, a expliqué le ministre allemand de l'Economie, Robert Habeck, lors d'une conférence de presse mercredi.
La montée de l'Etat au capital remplace un premier plan d'aide dévoilé en juillet dernier, qui prévoyait que Berlin prenne 30% de participation dans le groupe de Düsseldorf.
Au total, l'ensemble des mesures d'aide annoncées depuis cet été pour Uniper devraient coûter environ 30 milliards d'euros à l'Allemagne, selon un calcul de l'AFP.
Dans le détail, l'Allemagne va acheter au prix unitaire de 1,70 euro l'ensemble des actions d'Uniper détenues par son actionnaire principal, le groupe finlandais Fortum, pour un total de 500 millions d'euros.
Berlin procédera également à une augmentation de capital de 8 milliards d'euros, a encore indiqué le gouvernement.
L'accord prévoit enfin le remboursement, par l'Allemagne, d'un prêt de 8 milliards d'euros que Fortum avait accordé à sa filiale Uniper.
- Risque de faillites en série -
Ce "désinvestissement d’Uniper est le bon pas à faire, non seulement pour Uniper mais aussi pour Fortum", a commenté le groupe finlandais dans un communiqué.
Uniper est frappé de plein fouet par la réduction drastique des livraisons de gaz russe suite au déclenchement de la guerre en Ukraine.
L'entreprise était le principal client du groupe russe Gazprom en Allemagne. Elle doit désormais, pour honorer ses contrats et livrer ses clients, se procurer du gaz sur le marché au comptant où les prix ont explosé.
Au total, les pertes engendrées s'élèvent à "8,5 milliards d'euros", a indiqué Fortum mercredi.
La situation s'est aggravée lorsque Gazprom a fermé début septembre son pipeline Nord Stream 1, principal pourvoyeur de gaz russe en Allemagne.
Berlin n'a cessé d'alerter, ces derniers mois, sur "l'effet Lehman Brothers" qu'aurait une faillite d'Uniper sur les marchés de l'énergie.
Au regard de l'importance d'Uniper, sa chute ébranlerait le marché énergétique et entraînerait des pénuries pour des milliers de clients.
- Dépenses colossales -
La nationalisation d'Uniper rappelle les mesures d'urgence prises par Berlin lors de la crise financière avec le sauvetage de la deuxième banque du pays, Commerzbank, via une entrée au capital, ou plus récemment la prise de participation dans le géant aérien Lufthanse pendant la pandémie.
L'Etat est depuis sorti du capital de ces deux groupes.
Pour le gouvernement du social-démocrate Olaf Scholz, qui gouverne avec les écologistes et les libéraux, la facture de la crise énergétique déclenchée dans le sillage de l'invasion russe de l'Ukraine prend des allures de puits sans fond.
Déjà début avril, Berlin avait dû prendre le contrôle de l'ex-filiale allemande de Gazprom, Gazprom Germania, pour sécuriser son approvisionnement, y injectant une aide de 9 à 10 milliards d'euros.
La semaine dernière, l'Etat a saisi les activités du géant pétrolier Rosneft en Allemagne et a promis un plan de soutien à l'une des principales raffineries du pays jusqu'alors détenue par ce groupe russe.
Uniper n'est pas la seule entreprise gazière en difficulté: l'énergéticien VNG, troisième importateur de gaz du pays, a également demandé une aide de l'Etat pour faire face à ses pertes liées à l'envolée des prix de l'énergie.
Ces dépenses colossales, auxquelles s'ajoutent les aides aux entreprises et aux ménages, mettent en doute la capacité de Berlin à revenir l'an prochain à la règle du "frein à l'endettement" principe constitutionnel qui lui interdit de s'endetter à plus de 0,35% du PIB par année.
O.Bulka--BTB