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Comment Netflix et Disney vont chambouler le monde de la publicité télévisée
"Stranger Things" ou "Star Wars" avec des pubs, c'est pour bientôt: avec leurs futures formules, moins chères, Netflix et Disney+ pourraient encore se renforcer au détriment, en premier lieu, des chaînes traditionnelles.
Après s'être longtemps refusé à ouvrir sa plateforme aux réclames, Netflix ne cesse d'accélérer le calendrier de lancement de sa formule, désormais prévu le 1er novembre, selon plusieurs médias américains, pour griller la politesse à Disney+, annoncé pour le 8 décembre.
"Ces lancements vont créer le plus grand espace publicitaire premium depuis plus d'une génération", avance Dallas Lawrence, du cabinet Samba TV. "Ça va être un moment majeur pour les annonceurs."
"Il n'y a pas si longtemps, on disait que l'abonnement allait tuer la publicité", rappelle Kevin Krim, directeur général du cabinet EDO. "Aujourd'hui, on voit bien que ce n'était pas vrai."
La manne est considérable. Ross Benes, du cabinet Insider Intelligence, estime que les revenus publicitaires tirés du streaming pourraient atteindre 30 milliards de dollars dans les deux ans, rien qu'aux Etats-Unis, et probablement au moins le double au niveau mondial.
Le marché est jusqu'ici écrasé par YouTube qui s'arroge, pour l'instant, 28,8 milliards de dollars de recettes en 2021.
Des concurrents à l'ADN plus proche de celui de Netflix et Disney, comme Peacock (NBCUniversal), Paramount+, HBO Max ou Discovery+, ont déjà lancé une déclinaison avec publicité, mais aucun n'a la taille des deux mastodontes: 220 millions d'abonnés pour Netflix, 152 millions pour Disney+.
Une partie devrait opter pour l'offre avec publicité, mais les plateformes espèrent aussi attirer de nouveaux venus en cassant les prix.
Selon un document interne cité par le Wall Street Journal, le géant aux lettres rouges vise 40 millions d'utilisateurs de sa formule "low cost" d'ici le troisième trimestre 2023.
- Menace pour la télévision d'antan -
"Beaucoup de gens qui regardaient la télévision classique et faisaient partie des cibles publicitaires ne sont plus accessibles" aux marques parce qu'ils ne sont plus téléspectateurs des chaînes traditionnelles, explique Colin Dixon, éditeur du site spécialisé dans le streaming .
Le streaming "permet aux annonceurs d'accéder à des gens hors d'atteinte depuis quelque temps, au moment où leur attention est la plus soutenue", dit-il, car l'abonné à la demande choisit son programme et son heure, à la différence de la télévision à l'ancienne.
Cette ouverture devrait affaiblir la télévision historique "qui n'aura pas déployé pleinement une stratégie orientée vers le streaming", prévient Dallas Lawrence, plutôt les petites et moyennes chaînes, car les quatre grandes stations américaines majeures ont toutes déjà développé une présence en ligne.
Mais même ces dernières, ABC (propriété de Disney), CBS, NBC et Fox vont souffrir, car elles étaient jusqu'ici les seules à pouvoir offrir des audiences massives aux publicitaires. "Une fois que Netflix et Disney auront ouvert les portes de +Stranger Things+, +Star Wars+ ou +Marvel+, ça va être la ruée", selon l'analyste.
En outre, "les données que vous récoltez de la publicité en streaming sont beaucoup plus conséquentes et plus riches que ce que vous offre la télévision d'antan", souligne-t-il.
Pour tous les contenus qui ne sont pas en direct, "les publicités vont à chaque téléspectateur individuellement, ce qui permet davantage de ciblage", abonde Kevin Krim.
Jusqu'ici vierges de publicité, Disney et Netflix se retrouvent face à une page blanche et peuvent rompre avec les formats traditionnels, jouer sur les durées, le placement et même associer des partenaires à la création de nouveaux programmes.
A la différence des chaînes classiques ou des autres plateformes, les deux nouveaux venus ouvrent aussi l'accès à des dizaines de pays en même temps, une configuration inédite.
"Si vous êtes une multinationale, vous pouvez aller voir un seul interlocuteur et acheter des espaces publicitaires dans le monde entier", détaille Colin Dixon. "C'est une offre assez puissante."
Quant à savoir si Disney et Netflix peuvent prendre des parts de marché au-delà de leurs compétiteurs directs, jusque chez Facebook, Google ou Amazon, Ross Benes souligne que la vidéo à la demande n'y est pas parvenue jusqu'ici.
"Les budgets marketing dans le numérique augmentent, ce qui permet à la fois à la télévision en ligne et aux réseaux sociaux" comme YouTube et TikTok de "recevoir plus de revenus publicitaires".
H.Seidel--BTB