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En Sicile, les migrants au désespoir sautent des navires humanitaires
Au bout de leur tragique odyssée, les migrants bloqués à bord des navires humanitaires au large de la Sicile par le gouvernement d'extrême droite de Giorgia Meloni se jettent littéralement à l'eau, au péril de leur vie.
Avec sa coalition, la cheffe du parti post-fasciste Fratelli d'Italia s'est engagée à "défendre les frontières" de l'Italie en empêchant les navires des ONG opérant en Méditerranée d'entrer dans les ports italiens pour y débarquer les milliers de migrants qu'ils secourent chaque année.
Lundi, trois migrants ont sauté en mer du Geo Barents, un navire géré par Médecins Sans Frontières (MSF), pris au piège dans un face-à-face entre les ONG qui patrouillent la Méditerranée et le nouvel exécutif italien.
Du pont des bateaux de sauvetage, les migrants voient la côte sicilienne, sans pouvoir en fouler la terre.
Les trois hommes ont été rapidement récupérés, selon MSF, qui porte secours aux migrants effectuant la traversée périlleuse entre l'Afrique du Nord et l'Europe.
Peu de temps après, une douzaine d'autres migrants sur le pont du bateau ont scandé "Aidez-nous", a constaté un journaliste de l'AFP.
D'après le ministère italien de l'Intérieur, plus de 88.000 personnes sont arrivées par la mer en Italie depuis le 1er janvier.
Le sénateur démocrate Antonio Nicita, de retour à quai à Catane, reconnaît que "la situation est tendue" à bord des navires humanitaires mouillant au large du port sicilien.
"Sur les navires, la nervosité règne, les activistes calment les esprits. Beaucoup de migrants se sont déshabillés face à nous pour nous montrer leurs infections sur les parties intimes", a-t-il témoigné, évoquant des cas de gale.
Le Geo Barents a accosté à Catane dimanche soir et les autorités italiennes ont autorisé 357 personnes à débarquer, dont des enfants, tout en refusant l'entrée à 215 autres.
L'un des migrants a ensuite été évacué par ambulance après s'être plaint de douleurs abdominales aiguës, a indiqué MSF lundi, soulignant que les autres étaient de plus en plus vulnérables.
"Leur situation, leur niveau de stress psychologique est très, très élevé", estime Riccardo Gatti, le chef de recherche et de sauvetage à MSF.
- "Situation d'urgence" -
"Le navire a ses limites en termes d'assistance médicale", a-t-il dit.
Non loin du port se trouve le bateau sous pavillon allemand Humanity 1, qui a débarqué 144 personnes dimanche. A son bord demeurent toujours 35 migrants adultes de sexe masculin, auxquels la permission de débarquer a été refusée.
Un décret du gouvernement italien publié vendredi stipule que le navire n'a été autorisé à accoster en Italie que le temps nécessaire pour identifier les passagers en "situation d'urgence".
Selon son opérateur, l'organisation caritative SOS Humanity, les autorités italiennes ont décidé après un "bref" examen médical que les 35 hommes étaient "en bonne santé".
Le capitaine du navire, Joachim Ebeling, a défié l'ordre de quitter le port, insistant lundi sur le fait que "toute personne secourue a le droit de débarquer dans un port sûr". "Je ne vais nulle part avec ces gens à bord", a-t-il affirmé aux journalistes.
Le nouveau gouvernement de la Première ministre Giorgia Meloni, le plus à droite depuis la Seconde Guerre mondiale, s'est engagé à observer une ligne dure vis-à-vis des migrants.
Quelques jours après son installation, le ministre de l'Intérieur Matteo Piantedosi a estimé que les migrants sur les navires de secours humanitaires étaient de la responsabilité de l'Etat sous le drapeau duquel les bateaux naviguent - en l'espèce ils sont norvégiens et allemands.
Des recours contre la politique du gouvernement ont été présentés aux tribunaux de Rome et de Catane lundi, a indiqué SOS Humanity.
Amnesty International a exhorté l'Italie à cesser de discriminer les migrants. "Le droit de la mer est clair: un sauvetage prend fin lorsque toutes les personnes secourues sont débarquées dans un lieu sûr". L'Italie "enfreint ses obligations internationales", a ajouté Amnesty.
Dans un communiqué, l'agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) "continuent d'exhorter les gouvernements européens à offrir rapidement un lieu sûr et d'autoriser le débarquement immédiat de près de 600 personnes restant sur les navires des ONG".
Matteo Salvini, le patron de la Ligue antimigrants poursuivi pour avoir bloqué en mer des navires humanitaires en 2019 alors qu'il était ministre de l'Intérieur, a dénoncé lundi des "voyages organisés" qui "financent les armes et la drogue".
L.Dubois--BTB