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Le prince héritier saoudien en Asie sur fond de tensions avec Washington
Le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane a entamé cette semaine une tournée en Asie visant à renforcer les liens avec le plus grand marché énergétique du royaume et à signaler l'indépendance croissante de son pays vis-à vis de l'allié américain.
Les relations entre le royaume saoudien et les Etats-Unis ont été mises à rude épreuve par la décision des pays exportateurs de pétrole, menés par Ryad et Moscou, de réduire leur production de brut malgré la flambée des prix.
Dirigeant de facto du royaume, Mohammed ben Salmane, dit MBS, participe mardi à Bali en Indonésie au sommet du G20. Il doit ensuite se rendre dans "des pays asiatiques", a indiqué l'agence saoudienne SPA, sans détailler son itinéraire.
Selon les médias sud-coréens, il devrait faire escale en Corée du Sud pour une rencontre avec le monde des affaires. Puis participer au forum de la coopération économique Asie-Pacifique à Bangkok, d'après des médias saoudiens.
La flambée des prix de l'énergie avait poussé le président américain Joe Biden à se rendre en juillet dernier en Arabie saoudite, premier exportateur de brut au monde, malgré sa promesse de traiter le royaume en "paria" après l'assassinat en 2018 du journaliste et critique saoudien Jamal Khashoggi par des agents saoudiens.
En octobre, la baisse annoncée de la production de pétrole a ulcéré la Maison Blanche et attisé les spéculations sur une volonté de Ryad de prendre ses distances avec son partenaire traditionnel.
La tournée du prince héritier en Asie rend cette hypothèse encore plus plausible, estime Umar Karim, un spécialiste de la politique saoudienne à l'Université de Birmingham.
"Ce voyage vise à renforcer la coordination avec les marchés énergétiques en Asie, mais aussi à montrer au monde occidental, essentiellement aux Etats-Unis, que l'Arabie saoudite ne manque pas d'options en termes de partenariats", dit-il.
- "Intérêt amplifié" -
Au G20, la Maison Blanche a dit qu'aucune rencontre bilatérale n'était prévue entre les dirigeants saoudien et américain.
Le partenariat américano-saoudien, datant de l'après-Seconde Guerre mondiale, est souvent décrit comme un accord "pétrole contre sécurité".
Mais pendant la dernière décennie, les principaux clients du brut saoudien ont été la Chine, le Japon, la Corée du Sud et l'Inde.
Par conséquent, les responsables saoudiens ont poussé pour le développement des liens avec les pays d'Asie bien avant que Mohammed ben Salmane ne soit désigné prince héritier il y a cinq ans, souligne Aziz Alghashian, un expert de la politique étrangère saoudienne.
"Le marché et une politique étrangère saoudienne axée sur l'économie ont amplifié cet intérêt pour l'Asie", ajoute-t-il.
MBS devrait évoquer avec les dirigeants asiatiques des projets visant à faciliter les exportations vers l'Asie, comme des raffineries ou des installations de stockage, affirme Kaho Yu, spécialiste du secteur énergétique en Asie à la société d'évaluation des risques Verisk Maplecroft.
"Il ne s'agit pas seulement d'acheter du pétrole à l'Arabie saoudite. Il s'agit de développer la coopération sur l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement", ajoute-t-il.
- "L'Arabie saoudite d'abord" -
L'Arabie saoudite pourrait également s'associer à des pays asiatiques sur des alternatives au brut.
Lundi, le géant pétrolier Saudi Aramco et la compagnie publique indonésienne Pertamina ont annoncé leur intention "d'explorer une collaboration" dans les domaines de l'hydrogène et de l'ammoniac.
La tournée en Asie de MBS intervient avant une visite en Arabie saoudite du président chinois Xi Jinping prévue en décembre.
Le développement de liens plus solides avec la Chine envoie le signal le plus fort possible d'une volonté de Ryad d'équilibrer ses relations avec les puissances mondiales, en adoptant la politique de "L'Arabie saoudite d'abord".
Pour Torbjorn Soltvedt de Verisk Maplecroft, les Saoudiens "sont toujours très dépendants des Etats-Unis en matière de sécurité, mais ils montrent qu'ils explorent d'autres relations stratégiques, essayant peut-être progressivement de devenir moins dépendants des Etats-Unis".
"Il est très important pour les Saoudiens de montrer qu'ils ne prennent pas parti" dans la lutte de pouvoir entre la Chine et les Etats-Unis, estime Umar Karim.
D'après lui, en politique étrangère, Ryad veut être un "acteur à part entière, et non un laquais ou un acolyte d'une grande puissance".
W.Lapointe--BTB