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Le blues des clients Crédit du Nord au soir de leur banque
"On risque de perdre en qualité de relation" s'inquiète l'un, "grand n'importe quoi" rouspète un autre: le transfert des clients du Crédit du Nord sous la bannière rouge et noire de la Société Générale au 1er janvier prochain fait grincer des dents.
Annoncé en décembre 2020, le rapprochement du réseau de banque de détail de Société Générale et de sa filiale fait l'objet d'un courrier envoyé aux clients Crédit du Nord ces dernières semaines. On y vante l'union de "l'histoire", des "valeurs" et des "forces" des deux groupes.
C'est par ce biais qu'Isabelle Bouhot, cliente depuis 2016, a appris la nouvelle qui ne l'inquiète pas outre mesure.
Un avis loin d'être partagé par Bruno Eeckeman, qui envisage de changer de banque. "C'est du grand n'importe quoi", râle le chef d'entreprise pour qui "la Société Générale n'a jamais été une banque de commerçants."
Pierre Delplanque, client "depuis toujours" du Crédit du Nord, n'est pas enchanté non plus, "la Société Générale étant une banque avec qui j'ai eu des problèmes par le passé".
Interrogé par l'AFP, le directeur général du Crédit du Nord Jean-Louis Klein dément pourtant tout "retour de flammes" des clients. Parmi leurs principales interrogations: le changement de conseiller, d'agence et de RIB. Pour y répondre, Société Générale a mis en ligne un site internet.
- La vie en rouge et noir -
Le fusion des deux réseaux s'accompagne d'un toilettage subtil du logo. Le groupe a opté pour la dénomination "SG" à laquelle est associée, par région, le nom de la banque du réseau Crédit du Nord défunte: SG Courtois, SG Laydernier, SG Crédit du Nord...
Dans les zones historiquement moins couvertes par le Crédit du Nord, Société Générale a choisi le nom de la région: SG Sud ouest, SG Auvergne Rhône-Alpes... Dans les Vosges et en Auvergne, les banques Kolb et Nuger disparaissent.
"C'est retirer une identité historique, visuelle et culturelle", commente Marc Durand, syndicaliste Force ouvrière du groupe, "aussi bien aux clients qu'aux salariés".
Les troupes, à qui on a promis une prime de 1.000 euros, sont d'ailleurs "en plein blues", selon lui. Les salariés "ne savent pas trop à quelle sauce ils vont être mangés."
La Banque Tarneaud, filiale du Crédit du Nord, "avait la caractéristique d'une petite institution avec laquelle il y avait une certaine proximité", explique à l'AFP Michel Noiry, un client qui s'attend à "perdre en qualité de relation".
Jean-Pierre Tisseur, dont les comptes sont gérés par la même filiale, avait justement choisi une banque régionale pour sa proximité. "Je ne sais pas si je la retrouverai avec un grand groupe bancaire qui n'a, je pense, pas la même culture ni les mêmes objectifs", se demande-t-il.
Les clients franciliens et corses héritent quant à eux d'un redondant SG Société Générale.
- Grande migration -
Le projet est mené par un des bras droits du directeur général de Société Générale: Sébastien Proto, camarade de promotion d'Emmanuel Macron à l'ENA et candidat déçu à la tête de la "Socgen".
Il concerne l'ensemble des deux millions de clients Crédit du Nord, en général moins urbains et plus aisés que ceux de la maison mère.
La fusion juridique est prévue pour le 1er janvier 2023 mais "les moments importants sont ceux des deux migrations informatiques" précise M. Klein, en deux étapes, mi-mars et mi-mai.
Si des économies sont attendues dans les années à venir, la facture du rapprochement est salée: entre 700 et 800 millions d'euros.
Cette fusion s'accompagnera de 3.700 suppressions de postes, un "effort" réparti entre 2023 (environ 30%), 2024 (50%), 2025 (20%). Aucun départ ne sera contraint, a promis le groupe.
La banque met en avant dans son courrier des éléments concrets, comme la multiplication par trois, grâce au réseau Société Générale, des agences accessibles aux actuels clients Crédit du Nord sur le territoire.
Mais cet argument masque la fermeture de centaines d'agences à l'échelle du groupe.
La nouvelle banque, issue de la fusion entre Société Générale et Crédit du Nord, bénéficiera d'un maillage territorial drastiquement réduit avec 1.450 agences en 2025 contre 2.100 cinq ans plus tôt .
H.Seidel--BTB