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Pétrolier naufragé aux Philippines: bloqués à quai, les pêcheurs nettoient les côtes
Quatre semaines après le naufrage d'un pétrolier, des pêcheurs philippins contraints de rester à quai s'échinent à nettoyer les côtes de l'île de Mindoro (centre) où les plages souillées par le pétrole portent encore les traces des milliers de litres de mazout qui s'y sont déversés.
Au total, plus de la moitié des 800.000 litres de fioul que transportait le Princess Empress s'est déversée ici, au large de l'île de Mindoro, dans ces eaux mondialement réputées pour la richesse de leur flore marine.
Deux jours après le naufrage du pétrolier, le 28 février, la marée noire avait déjà atteint Buhay na Tubig, un village isolé de Pola, l'une des municipalités les plus touchées par le déversement de fioul.
Très vite, le pétrole s'est répandu sur le rivage, noircissant les rochers et les plages de ce village, et des habitants sont tombés malades.
Depuis, les autorités philippines ont interdit la pêche et la baignade pour une durée indéterminée, laissant des milliers de pêcheurs dans l'incertitude face à cette marée noire difficile à circonscrire.
"Ils disent que cela pourrait prendre six mois, mais que se passera-t-il si nous ne pouvons pas pêcher pendant un an?", s'interroge Arvie Anonuevo, 32 ans, père de trois enfants.
Comme d'autres pêcheurs contraints de rester à quai, Arvie Anonuevo s'évertue depuis deux semaines, quatre heures par jour, à nettoyer les plages et rochers à l'aide de truelles et de papiers absorbants.
En échange, le gouvernement lui verse 355 pesos (six euros) par jour, soit un peu plus de la moitié de ce qu'il gagnait grâce à la pêche.
Mais le pétrole persiste à revenir s'échouer sur le rivage.
"C'est fatigant que le pétrole revienne le lendemain, peu importe la façon dont vous nettoyez (les rochers)", déplore Arvie Anonuevo.
Selon les autorités philippines, 5.000 hectares de récifs de coraux, d'algues et de mangroves ont été touchés.
Nettoyer la marée noire devrait prendre au moins six mois mais l'assainissement total des côtes pourrait durer, lui, plusieurs années, estime Irene Rodriguez, professeure à l'Institut des sciences de la mer de l'Université des Philippines.
Car les deux principales nappes de pétrole qui ont dérivé au sud-ouest et nord-ouest du navire pourraient s'étendre sur près de 162 kilomètres carrés, selon les experts.
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Au total, sept des huit réservoirs du navire ont fui et quatre d'entre eux sont déjà vides. Mais l'épave fuit toujours.
Le Princesse Empress, retrouvé la semaine dernière par un véhicule sous-marin téléopéré (ROV) japonais à 400 mètres de profondeur, a subi des "dégâts structurels importants" après avoir coulé, selon les garde-côtes philippins.
Environ 60% du pétrole que transportait le tanker s'est déversé dans la mer, a déclaré à l'AFP leur porte-parole, Armando Balilo.
Le propriétaire du pétrolier a assuré que toute personne touchée par la marée noire serait dédommagée si elle en faisait la demande.
Toutefois, cette aide financière n'intervient pas assez vite pour nombre de pêcheurs, qui ne peuvent compter sur la cueillette de bananes ou de noix de coco pour compléter leurs revenus, les bananiers ayant été endommagés l'an dernier par une violente tempête et la récolte de noix de coco n'ayant lieu que dans plusieurs mois.
De quoi inquiéter la maire de Pola, Jennifer Cruz, qui s'interroge sur le sort de ces familles une fois tarie l'aide gouvernementale.
"Ces gens vivent au jour le jour" , souligne Mme Cruz, précisant que la pêche ne pourrait être de nouveau autorisée que d'ici un an.
M. Anonuevo, lui, a déjà utilisé la moitié de l'argent obtenu en nettoyant les plages durant la semaine après le naufrage pour acheter de la nourriture et remplir sa moto d'essence.
Lui aussi pêcheur, Marlon Fabrero, 46 ans, envisage de son côté de retirer l'un de ses quatre enfants de l'école pour faire des économies.
"Où trouverais-je les 50 pesos d'allocation journalière pour chacun d'entre eux?", s'interroge-t-il.
C.Kovalenko--BTB