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ALEX BODI ȘI AMBASADORUL REPUBLICII SUDANUL DE SUD, GUM DOMINIC MATIOK, DISCUTĂ LA BERLIN DESPRE POSIBILITATEA ÎNFIINȚĂRII UNUI CONSULAT ONORIFIC LA BUCUREȘTI
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Sur le littoral ivoirien, exhumer ses proches face à la montée des eaux
L'année passée, Alphonse Akadié, un pêcheur ivoirien, a fait exhumer les corps de ses proches décédés avant qu'ils ne soient emportés par les eaux: en quelque 50 ans, l'océan Atlantique, qui monte sous l'effet du réchauffement climatique, a englouti presque tout le cimetière de son village de Lahou-Kpanda.
Désemparé, sans aide publique, M. Akadié, 53 ans, a décidé d'organiser lui-même, comme des centaines d'autres familles du village, une cérémonie avec quelques professionnels pour déplacer les restes de ses parents, son oncle, son grand-père et son arrière-grand père.
Il a assisté à leur exhumation. "On prend les os, les cheveux et puis les dents, ce qui n’est pas pourri, on met ça dans des pagnes blancs" et "dans de petits cercueils", raconte-t-il à l'AFP face à l'océan, encore très ému.
M. Akadié a dû organiser de nouvelles funérailles, dans un cimetière éloigné de la mer, créé par les habitants pour répondre à cette situation.
Ses proches "sont morts deux fois", estime-t-il. "C’est triste, ça fait très mal".
Avant de les faire déplacer, il s'est adressé à eux: "On ne le fait pas pour vous détruire, mais la mer avance", leur a-t-il dit. "Il faut parler. Le corps est mort, mais l'esprit vit", explique-t-il.
Situé à quelque 140 kilomètres d'Abidjan, le village de Lahou-Kpanda est une bande de sable entourée d'eau: au nord la lagune, à l'est le fleuve Bandama, au sud l'océan Atlantique.
L'embouchure entre les trois s'est déplacée d'un kilomètre et demi au gré des courants depuis 1993, selon le gouvernement, et les activités de dragage sur la lagune ont fait perdre au village une partie de sa superficie.
Mais surtout, sous l'effet du réchauffement climatique, l'océan avale 1,6 mètre de ses côtes chaque année, selon la Banque mondiale, qui estime que Lahou-Kpanda pourrait totalement disparaître d'ici 2050.
Plus des deux tiers du littoral ivoirien sont affectés par l’érosion côtière, avec "un recul moyen des côtes d’environ un à deux mètres par an au profit de la mer", indique le ministère de l'Environnement de Côte d'Ivoire.
Une nouvelle embouchure, financée notamment par la Banque mondiale, est en travaux à Lahou-Kpanda pour empêcher la montée des eaux à partir de 2026.
- Objets à la surface -
En attendant, l'exhumation d'un corps a un coût: 500.000 voire 700.000 francs CFA, soit 760 à 1.060 euros, indique Alphonse Akadié - jusqu'à près de 10 fois le salaire minimum mensuel.
Il dit avoir notamment payé les démarches administratives pour obtenir des autorisations officielles, rémunéré des professionnels et loué un hors-bord pour se déplacer de part et d'autre de Lahou-Kpanda, car les voies terrestres en sable sont difficilement praticables.
"Avant de déplacer les corps, nous avons crié à l’État, à nos élus, députés, maires, à la sous-préfecture, au conseil régional" un désarroi, en vain, explique William Attawa, un des notables de ce village traditionnel.
Selon Ali Sissoko, le maire de Grand-Lahou, qui administre Lahou-Kpanda, il n'était pas possible d'apporter aux familles une aide financière. "On n'avait pas les moyens", se défend-il.
Les foyers les moins aisés ont fait appel à de jeunes croque-morts habitant le village, parfois simplement "formés entre eux" et payés moins cher que des professionnels, précise le guide touristique Nicolas Kodjo.
Adrienne Zoukouan, 63 ans, a ainsi fait déplacer cinq membres décédés de sa famille. Pour se protéger d'une telle scène, elle est restée "à cinq mètres du tombeau".
Mais la majorité des familles "ont vu leurs corps partir en mer", regrette un autre notable, Siméon Ladjou, 61 ans.
Environ 70% du cimetière de cinq hectares "sont allés sous les eaux" en quelque 50 ans, rapporte le maire.
"C'était vraiment le cimetière de référence de toute la région", dit-il, alors "toute la mémoire de Lahou-Kpanda est partie".
Par moments, elle a ressurgi: ici, "quand on enterre nos parents, c'est avec des objets", qui "revenaient souvent à la surface" ou s'échouaient "sur la plage", raconte Ali Sissoko.
Certains villages alentours ont accepté d'accueillir des défunts de Lahou-Kpanda, afin de les protéger de la mer menaçante, explique-t-il, "il y a une forme de solidarité".
Au final, "chacun se débrouille comme il peut pour enterrer ses morts", regrette-t-il.
R.Adler--BTB