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Macron salue le "tournant" au Gabon après le putsch de 2023
"La France sera là, à sa juste place": le président français Emmanuel Macron a salué dimanche le "tournant" au Gabon après le putsch de 2023 et promis d'"accompagner" le nouveau président Brice Oligui Nguema, à l'origine du coup d'Etat, dans le renouveau et la transformation économique du pays.
"Le 30 août 2023 a été un tournant dans l'histoire politique du Gabon. Vous avez ouvert une nouvelle ère fondée sur le renouveau, l'inclusivité, la pluralité des opinions que nos deux pays partagent profondément", a déclaré le chef de l'Etat français en référence au putsch qui a mis fin à 55 ans de dynastie des Bongo.
Le général Oligui, élu président en avril à l'issue de 19 mois de transition, a insisté de son côté sur la nécessaire diversification de l'économie gabonaise, encore trop dépendante des hydrocarbures.
"L'industrialisation en est l'un des principaux piliers, notamment par la transformation locale de nos matières premières", a-t-il martelé en référence notamment au manganèse dont le Gabon est l'un des leaders mondiaux.
Appelant les "entreprises françaises à être exemplaires", il a critiqué au passage le groupe minier français Eramet, jugé trop long à acter cette transformation, et sollicité son hôte pour que l'entreprise "respecte ses engagements".
- 21 coups de canon -
"Notre avenir commun passe nécessairement par la suppression de l'économie de rente", a poursuivi le président gabonais, en appelant aussi à la "coopération judiciaire" de la France pour aider son pays à récupérer "les avoirs détournés" par son prédécesseur Ali Bongo.
Le pays a été dirigé pendant plus de 41 ans par Omar Bongo Ondimba (1967-2009), à qui son fils Ali avait succédé à sa mort en 2009.
Omar Bongo fut un pilier de la "Françafrique", système de cooptation politique, de réseaux et de chasses gardées commerciales entre Paris et ses anciennes colonies africaines.
Contrairement à plusieurs pays du Sahel qui ont tourné le dos à la France, ex-puissance coloniale, entre 2021 et 2023 après des coups d'État, le nouveau président gabonais a pleinement maintenu les liens.
Signe d'une relation au "beau fixe", il a d'ailleurs accueilli son hôte avec tous les honneurs dès sa descente d'avion, au rythme de 21 coups de canon.
Revue des troupes, défilé militaire sur le tarmac et, à la sortie de l'aéroport, des milliers de personnes acclamant les deux présidents dans une ambiance survoltée... la présidence gabonaise avait sorti le grand jeu.
Les deux dirigeants ont ensuite pris place à bord d'une limousine décapotable pour se rendre vers le palais présidentiel.
- Transgabonais -
D'immenses portraits des deux chefs d'Etat proclamant "un partenariat gagnant-gagnant" avaient été disposés à travers Libreville, des drapeaux français hissés sur les axes principaux de la capitale, embellis et rénovés pour l'occasion.
Après sa prise de pouvoir, le général Oligui a aussi renouvelé le partenariat de défense avec la France pour deux ans. Cet accord devra de nouveau être approuvé en janvier prochain.
Reconfigurant son dispositif militaire en Afrique, la France a réduit sa présence militaire au Gabon à une centaine d'hommes — loin des 1.200 des années 2000.
Cette présence est désormais axée sur la formation des forces gabonaises. Une Académie de protection de l'environnement et des ressources naturelles, formant des cadres spécialisés dans la lutte contre le braconnage et l'orpaillage illégal, va ainsi être installée au Camp de Gaulle, où sont basés les soldats français.
Les entreprises françaises espèrent de leur côté renforcer leur implantation dans ce pays d'Afrique centrale de 2,3 millions d'habitants où elles sont déjà très présentes dans les hydrocarbures, le manganèse et le bois.
L'Agence française de développement (AfD) a de son côté confirmé un prêt de 173 millions d'euros et une subvention de 30 millions d'euros sur fonds européens pour la réhabilitation du Transgabonais, l'unique voie ferrée du pays, vitale pour le transport de manganèse.
Un plan de rénovation lancé en 2024 prévoit de remplacer 270 des 648 km de traverses et de rails d'ici 2027 — un effort colossal en raison des sols instables, de la densité de la forêt tropicale et d'une pluviométrie importante.
F.Müller--BTB