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Du charbon à la biomasse, la lente et laborieuse mue de la centrale de Gardanne
Après des années de soubresauts, l'imposante cheminée de 297 mètres, la plus haute de France, de la Centrale thermique de Provence s'est récemment remise à fumer. Un signe d'espoir pour l'entreprise obligée de tourner définitivement la page du charbon au profit de la biomasse.
Un procédé qui, en brûlant du bois pour produire de l'énergie, suscite toutefois les critiques d'associations environnementales, inquiètes que les forêts locales ne soient dévorées sous couvert de production "d'électricité renouvelable".
"La seule centrale de charbon entièrement reconvertie en biomasse en Europe, c'est nous!", se félicite auprès de l'AFP Camille Jaffrelo, chargée de communication de GazelEnergie, filiale du groupe EPH de l'homme d'affaire tchèque Daniel Kretinsky, propriétaire depuis 2019 du site.
"Passer du charbon à la biomasse n'a pas été évident. S'y ajoute la crise énergétique. Il nous a fallu presque 10 ans de tâtonnement pour nous lancer enfin", poursuit-elle.
Car le redémarrage fin 2025 de la centrale, passée d'une capacité charbon de 600 MW à une tranche biomasse de 150 MW de production, de quoi alimenter quelque 125.000 foyers, soit deux fois la ville voisine d'Aix-en-Provence, intervient après des années de turbulences.
Promesse de campagne du candidat Macron, les quatre dernières centrales thermiques françaises alimentées au charbon, énergie fossile considérée comme une menace majeure pour le climat, devaient fermer d'ici 2022.
Cette annonce, même si elle était attendue, avait constitué un choc pour la centrale de Gardanne, créée en 1953 et pourvoyeuse de centaines d'emplois locaux directs et indirects, notamment pour cette ville de 21.000 habitants déjà traumatisée par la fermeture des mines de lignite en 2003.
Dès le rachat de l'usine, GazelEnergie avait lancé une importante restructuration avec 98 suppressions de postes sur 180.
Un important conflit social s'était alors déclenché, plongeant la centrale en arrêt prolongé jusqu'en 2022. Les pertes accumulées sont estimées à 650 millions, selon sa direction.
- "Entreprise subventionnée" -
En parallèle, une longue bataille juridique avait été entamée en 2013 par plusieurs associations, dont France Nature Environnement (FNE) Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca), contestant l'arrêté d'exploitation de la centrale qui menacerait les forêts, "dilapiderait l'argent public" et aux rendements "désastreux".
Forcée par le Conseil d'Etat en 2023 à prendre en compte les effets de l'approvisionnement en bois sur les massifs forestiers locaux, l'entreprise a dû revoir son plan d'approvisionnement.
Celui-ci prévoit désormais l'utilisation de 450.000 tonnes de bois par an dont: 60.000 tonnes de "bois de fin de vie" ou "déchet" (meubles, palettes...), 150.000 tonnes de bois étranger (Espagne, Italie mais aussi Brésil, même si l'entreprise assure vouloir l'arrêter "début 2026" pour des raisons d'image) et surtout 240.000 tonnes de bois local dans un rayon de 240 kilomètres (Paca, Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes).
Ces "prélèvements" dans les forêts locales "participent à la sylviculture qui permet de se prémunir des incendies", avance Gilles Martinez, responsable de l'approvisionnement en bois de la centrale. Et d'assurer: "on ne va pas en forêt chercher du bois mais on attend qu'il sorte, sachant qu'on est en bout de chaîne après la construction et l'industrie pour le récupérer".
Une enquête publique couvrant 324 communes et 16 départements a suivi au printemps 2025, avant l'arrêté préfectoral du 20 novembre validant ce plan mais assorti de prescriptions complémentaires.
Parmi celles-ci figure notamment l'exclusion des prélèvements en zones Natura 2000, afin de protéger ces espaces sensibles, ou encore une limitation des prélèvements d'eau et rejets dans le Canal de Provence.
"Ces restrictions ne vont pas assez loin" car elles n'empêchent pas les prélèvements en zone Natura 2000 dans d'autres pays européens, regrette Aurélien Nicolle Romieu, chargé de mission climat-énergie à la FNE Paca.
Les associations et certains acteurs du secteur estiment également "très avantageux" pour GazelEnergie le renouvellement fin 2024 du contrat de rachat de l'énergie par l'État: 800 millions d'euros sur 8 ans pour produire annuellement 4.000 heures.
"Un scandale" pour FNE qui s'insurge "d'une entreprise subventionnée par l'argent public, sans transparence" du contrat. Et Aurélien Nicolle Romieu de cingler: "si la centrale fonctionne à plein régime, le prix de rachat par l'Etat du mégawattheure serait deux fois plus cher que pour l'éolien!".
O.Bulka--BTB