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Le Premier ministre reçoit les syndicats d'un monde agricole où persiste la colère
Nouvelles "mesures" et retour au "bon sens": le Premier ministre Sébastien Lecornu reçoit lundi et mardi les syndicats d'agriculteurs pour tenter d'écarter la menace d'un troisième hiver de colère paysanne, alors que ceux-ci annoncent déjà se remobiliser après une relative trêve pendant les fêtes.
Chacun espère un répit face aux crises qui secouent le monde agricole: épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) qui frappe les bovins; faible cours du blé et prix élevé des engrais qui plombent les céréaliers; menace d'une concurrence accrue des pays latino-américains du Mercosur.
Dans le Sud-Ouest frondeur, en première ligne de la crise sanitaire, la vaccination des bovins s'accélère - avec 74,7% du cheptel concerné vacciné au 4 janvier - mais les troupeaux ne sont considérés comme immunisés que 21 jours minimum après l'injection. Trois nouveaux foyers de DNC ont été détectés ces derniers jours en Ariège.
Le gouvernement a promis vendredi d'annoncer "de nombreuses mesures" en faveur des agriculteurs "tout au long du mois de janvier", selon l'entourage de M. Lecornu.
A la veille des rendez-vous à Matignon, le Premier ministre s'est adressé aux agriculteurs dans une "lettre ouverte", promettant de "dire les choses clairement".
"Depuis trop longtemps, un sentiment domine dans votre profession: celui d'une injustice profonde, celui d'une iniquité structurelle, celui d'un empilement de règles venues de loin qui, parfois, ont perdu leur bon sens", reconnaît M. Lecornu.
Rappelant certaines mesures déjà prises - "les règles ont commencé à être simplifiées" -, il promet d'entrer dans une "phase plus ferme, plus offensive", notamment vis-à-vis de l'Union européenne.
M. Lecornu appelle notamment l'UE à "amplifier rapidement" ses contrôles aux frontières pour tous les produits agricoles qui "ne respecteraient pas les normes sanitaires et phytosanitaires" de l'Union imposées aux producteurs. "Dans cette attente, nous assumons d'agir dès maintenant", souligne le Premier ministre.
Sébastien Lecornu et la ministre de l'Agriculture Annie Genevard ont confirmé dimanche qu'ils suspendraient par arrêté l'importation de fruits et légumes d'Amérique du Sud contenant des résidus de cinq fongicides et herbicides interdits en Europe - les mancozèbe, glufosinate, thiophanate-méthyl et carbendazime. Attendu mardi au Journal officiel, l'arrêté devra toutefois obtenir un feu vert de Bruxelles.
- Promesses "insuffisantes" -
Le Premier ministre recevra les Jeunes agriculteurs (JA) lundi à 15H, puis la Coordination rurale (CR) à 18H, avant de s'entretenir mardi à 17H30 avec la puissante FNSEA puis la Confédération paysanne.
Le gouvernement entend "rompre avec l'approche techno qui fait du mal" et "tourne parfois le dos au bon sens", selon l'entourage de M. Lecornu.
"Je ne vous demande pas de croire à des mots: je vous demande de regarder les actes", exhorte M. Lecornu dans sa lettre. Mais l'opération déminage s'annonce délicate, et pour l'heure, les syndicats jugent tous "insuffisantes" les promesses faites.
Dans un communiqué, la FNSEA dénonce une "absence de vision (...) mortifère" et estime qu'aucune des annonces contenues dans la lettre de M. Lecornu "ne permettent d'apporter les réponses concrètes aux problématiques de revenus des agriculteurs".
Le syndicat réclame "une loi d'exception agricole" permettant de s'exempter de certains "verrous réglementaires", notamment pour "relancer la production" agricole et "mettre fin aux contrôles absurdes".
Après une accalmie relative pendant les fêtes de fin d'année, tous les syndicats ont annoncé une reprise massive de la mobilisation en janvier.
Unanimes dans leur opposition à l'accord de libre-échange UE-Mercosur, qui devrait être signé le 12 janvier, ils divergent cependant dans leur appréciation de la gestion de la dermatose.
La Coordination rurale (2e syndicat, adepte des opérations coups de poing et anti-écologiste) et la Confédération paysanne (3e syndicat, classé à gauche) sont en pointe de la contestation, occupant autoroutes, ronds-points ou abords de fermes touchées: ils réclament la vaccination généralisée du cheptel (près de 16 millions de bovins) et l'arrêt de l'abattage intégral dès le premier cas.
Côté CR, la volonté d'en découdre reste palpable dans les fiefs sudistes du syndicat. "Si ça se passe mal, il faudra monter à Paris, en tracteurs, en voitures...", a déclaré à l'AFP José Pérez, président de la CR47, fer de lance des manifestations les plus spectaculaires dans le Sud-Ouest.
bur-nal-are-sb/abb/vmt/lpa
K.Thomson--BTB