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Décès d'Elisa Pilarski: sursis requis contre Christophe Ellul, l'euthanasie contre son chien Curtis
Quatre ans de prison avec sursis ont été requis jeudi contre Christophe Ellul, jugé pour la mort de sa compagne Elisa Pilarski, tuée en 2019 par des morsures attribuées à son pitbull Curtis dont la procureure a requis l'euthanasie.
L'avocat du prévenu, Me Alexandre Novion, a pour sa part plaidé la relaxe, soulignant que son client est "un homme détruit", "une victime" qui a perdu sa femme et leur enfant à naître et qui a été "excommunié du banc des parties civiles".
"J'aimais Elisa plus que tout", a ensuite péniblement articulé, saisi d'une crise de larmes, Christophe Ellul, lorsqu'il s'est présenté une dernière fois à la barre. Il a assuré avoir mené pour elle ce "combat" pour la "vérité" qu'il a dit avoir cherchée dans ce procès.
"La vérité, je ne crois pas qu'on la connaîtra jamais", a pourtant regretté devant la presse son avocat. "Parce qu'à un moment donné, elle s'est égarée" au cours d'une longue instruction dont il a dénoncé pendant trois jours les zones d'ombre.
La décision, mise en délibéré, sera rendue le 11 juin à 14H00.
Christophe Ellul, 51 ans, était jugé depuis mardi à Soissons (Aisne) pour l'homicide involontaire d'Elisa Pilarski, 29 ans et enceinte de six mois, dont il avait découvert le 16 novembre 2019 le cadavre couvert de morsures canines dans une forêt de la région.
La jeune femme y promenait l'un des chiens de M. Ellul, Curtis, à qui l'enquête a attribué les morsures.
Aujourd'hui âgé de huit ans, l'animal vit en chenil depuis le drame. La procureure a estimé qu'il "aurait fallu (l'euthanasier) avant" plutôt que de le laisser vivre des années dans un box de 4 mètres carrés avec accès à une courette à peine plus grande.
L'association de protection animale Les amis de Sam, partie civile, s'est proposée pour l'accueillir et lui éviter l'euthanasie. L'association estime qu'il pourrait être rééduqué et ainsi cesser d'être dangereux.
L'enquête a établi qu'il s'agissait d'un American Pitbull Terrier importé illégalement en France, car non déclaré aux autorités.
- "Vous avez importé une arme" -
La procureure n'a en revanche "pas la certitude" que sa possession soit interdite en France, la législation étant floue concernant ce type de chiens.
M. Ellul est notamment accusé d'avoir dressé ses chiens, dont Curtis, "au mordant", pratique interdite en France.
En adoptant Curtis puis en l'entraînant ainsi, "vous avez importé une arme et vous l'avez chambrée", a souligné la procureure lors de ses réquisitions. Mais "je ne pense pas que vous étiez conscient de maltraiter" Curtis et de le dresser de manière dangereuse, a-t-elle ajouté.
Elle a en conséquence demandé d'écarter les circonstances aggravantes et de "prendre en compte l'ancienneté des faits", l'absence de casier judiciaire de Christophe Ellul, le fait qu'il soit "inséré socialement" et qu'il ait lui-même "énormément" souffert du décès d'Elisa Pilarski.
Elle n'a donc pas demandé de prison ferme, alors qu'il encourt cinq ans de prison en l'absence de circonstance aggravante et dix si au moins deux sont retenues.
Après plusieurs années à rejeter l'implication de son chien, M. Ellul a fini par reconnaître mercredi avoir eu "la preuve" avec l'analyse des morsures que son chien était "coupable".
Cette expertise a déterminé que les morsures exploitables correspondaient aux caractéristiques physiques de Curtis.
- Adopté à l'âge de trois mois -
Mais jeudi matin, le quinquagénaire a refusé de réitérer ses propos, estimant n'avoir "pas fait d'aveux" et chercher, depuis le début, "la vérité".
Tout au long du procès, il a assuré que Curtis, qui avait deux ans au moment du drame, n'avait "jamais" été agressif par le passé.
"Il est tout à fait possible que votre chien, la première fois qu'il ait mordu, ç'ait été pour tuer Elisa", lui a répondu la procureure lors des réquisitions.
M. Ellul avait, dès le début, défendu la thèse d'une possible implication d'une meute de chiens chassant à courre dans la zone, bien que diverses analyses au fil de l'instruction, notamment ADN, ont dirigé le faisceau d'indices vers le seul Curtis.
"Le petit pourcentage de doute que j'avais encore au fond de ma tête, je ne l'ai plus", a estimé la mère de la victime, Nathalie Labastarde. "Tout nous amène à penser que c'est Curtis qui a attaqué Elisa."
La mère et l'oncle de la victime, accompagnés de leur avocat, ont quitté le tribunal avant la dernière prise de parole de Christophe Ellul.
K.Brown--BTB