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Irak: des pisciculteurs privés de revenus après la mort de tonnes de poissons
Sur les rives du Tigre, en Irak, le pisciculteur Haidar Kazem a vu mourir en quelques heures ses 300 tonnes de poissons, décimés par un afflux d'eau polluée dans un pays déjà durement éprouvé par les crises environnementales.
"En seulement deux heures, tout mon projet s'est écroulé: les 300 tonnes de poissons que j'avais mis un an et demi à élever. Je dois repartir depuis zéro", raconte à l'AFP cet homme de 43 ans, installé dans le district d'al-Zoubaydiyah, dans la province de Wassit, au sud-est de Bagdad.
Début avril, après une nouvelle saison marquée par la sécheresse, de fortes pluies ont poussé les autorités à ouvrir les vannes du barrage stratégique de Hamrin. L'eau a alors afflué vers la rivière Diyala, un affluent du Tigre au sud de la capitale, déjà saturé d'eaux usées non traitées.
La crue a ensuite entraîné cette eau contaminée jusqu'au Tigre, à un niveau de pollution tel qu'elle était visible depuis l'espace. Des images satellites Copernicus Sentinel analysées par l'AFP montrent ainsi un courant nettement plus sombre s'écoulant de la rivière Diyala vers le Tigre entre le 28 mars et le 12 avril.
"Personne ne nous a prévenus que de l'eau polluée arrivait", regrette Haidar Kazem. Le 5 avril, le flot pollué atteint ses bassins et tue l'ensemble de ses poissons dans leurs cages, lui infligeant des pertes supérieures à un million de dollars, selon lui.
Il a dû enterrer ses poissons et depuis passe ses journées à nettoyer les cages. "Je ne connais aucun autre métier, et je n'ai pas les moyens de recommencer", l'élevage de carpes, dit-il en parlant de ce poisson qui, grillé, est un plat emblématique de la cuisine irakienne.
- 1.000 tonnes perdues -
Selon Arkan al-Chimari, responsable du département de l'agriculture dans la province de Wassit, la pollution a causé la mort de plus de 1.000 tonnes de poissons dans la région.
Plusieurs stations d'épuration rejettent en effet des eaux usées non traitées dans le Diyala, dont le débit, affaibli par des années de sécheresse, favorise l'accumulation de pollution et les odeurs nauséabondes, précisent les autorités.
L'expert en environnement Wim Zwijnenburg souligne que la rivière apparaît habituellement plus sombre que le Tigre, en raison de ces rejets, de sa faible profondeur et de courants limités.
Mais cette fois, les fortes pluies ont accéléré le flux, entraînant vers le Tigre une eau polluée moins diluée, "affectant ainsi les pêcheries en aval et potentiellement aussi les stations de traitement de l'eau".
Face à cette situation, les autorités ont restreint l'approvisionnement en eau dans plusieurs zones de Wassit. Une vingtaine de cas d'intoxication et d'irritations cutanées ont été signalés.
L'Irak, que les Nations unies classent parmi les pays les plus vulnérables au changement climatique, fait face à une crise hydrique aiguë.
La baisse des précipitations et la hausse des températures ont fait chuter les niveaux du Tigre et de l'Euphrate à des seuils alarmants, une situation que Bagdad impute aussi aux barrages construits en amont par la Turquie et l'Iran.
- Eau noire -
Après ce désastre, les autorités ont promis d'agir pour mieux traiter les eaux usées. Mais des décennies de conflits ont laissé des infrastructures délabrées et des systèmes de gestion de l'eau largement défaillants.
Selon un responsable à Bagdad cité par l'agence officielle INA, sept nouvelles stations d'épuration devraient bientôt être mises en service dans la capitale.
A al-Noumaniyah, autre localité touchée, le pisciculteur Mazen Mansour, 51 ans, regarde ses cages désormais vides, qui abritaient encore récemment 38.000 poissons destinés à la vente.
Il raconte n'avoir compris ce qui se passait qu'en voyant ses poissons mourir en fin de journée. Malgré ses efforts pour les sauver en oxygénant l'eau, il n'a rien pu faire.
"L'eau était noire et remplie d'eaux usées", dit-il. "Tout notre travail a été anéanti en une nuit".
Père de quatre enfants, il n'a désormais plus qu'un espoir: obtenir une indemnisation. "Nous demandons aux autorités de nous indemniser et de demander des comptes aux responsables".
G.Schulte--BTB