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À Dresde, l'allemand Infineon muscle l’industrie européenne des puces
Trois mois plus tôt que prévu, le géant allemand des semi-conducteurs Infineon a inauguré jeudi une usine de puces à Dresde (est), symbole des ambitions européennes de souveraineté technologique face à l'Asie et les Etats-Unis.
Démarrée en mai 2023, la construction de cette nouvelle fabrique hautement automatisée a coûté cinq milliards d'euros -le plus gros investissement dans l'histoire d'Infineon- dont un milliard subventionné par l'UE.
"L'importance de cette inauguration est considérable. Pour Infineon, pour la Saxe en tant que site industriel, et pour l’avenir industriel de tout notre pays, voire de l’Europe tout entière", s'est félicité le chancelier allemand.
Retenu à Berlin par des discussions au sein de son gouvernement sur un vaste programme de réformes, Friedrich Merz qui devait à l'origine être présent à la cérémonie s'est exprimé par vidéo.
"Nous voulons faire de l'Europe un pôle toujours plus fort dans le domaine des semi-conducteurs. Et la souveraineté technologique ne se construit pas avec des mots, mais avec des usines comme celle-ci", a affirmé Jochen Hanebeck, président du directoire d'Infineon, lors de la cérémonie.
L'usine s'insère dans le plan "Chips Act" européen qui vise à réduire les dépendances extérieures de l'UE et à doubler la part de l'Europe dans la production mondiale de semi-conducteurs, de 10% à 20% d'ici 2030.
Baptisée "Smart Power Fab", elle produit des puces dédiées à la gestion intelligente de l'énergie.
- Eoliennes et intelligence artificielle -
On les retrouve aussi bien dans les voitures électriques, les éoliennes et panneaux solaires que dans les centres de données, grands consommateurs d'électricité et cruciaux pour l'intelligence artificielle.
L'usine de Dresde illustre ainsi aussi le virage pris par Infineon, qui s'est libéré de sa forte dépendance à l'industrie automobile en se tournant de manière accélérée vers l'IA pour profiter du boom de cette technologie.
En 2024, deux projets d'usines de puces avaient échoué précisément en raison de la crise de secteur automobile: celui porté par l'américain Wolfseed et l'allemand ZF, ainsi que le projet de l'américain Intel, qui invoquait une faible demande.
L'inauguration de l'usine de Dresde intervient dans un contexte de fortes secousses boursières sur les valeurs liées à l'intelligence artificielle sur fond de craintes croissantes sur les difficultés à rentabiliser ces investissements monstrueux.
Employeur de quelque 57.000 personnes dans le monde entier, Infineon crée 1.000 nouveaux emplois sur son site de Dresde qui en comptait déjà 4.100.
Parmi les 1.000 nouveaux salariés, environ 10 à 20% est d'origine étrangère.
"Nous avons 50 nations représentées, parmi lesquelles, des Indiens, Vietnamiens, Tchèques, Polonais, et Ukrainiens", a commenté Alexander Gorski, directeur des opérations d'Infineon Technologies.
- Combinaison, masque et cagoule -
Située au cœur de la "Silicon Saxony", l'un des clusters technologiques les plus dynamiques d'Europe dans le domaine des puces électroniques, l'usine de Dresde peut aussi puiser dans le vivier de personnel de la région dont la spécialisation dans ce secteur remonte à l'ancienne RDA communiste.
"Une puce sur trois produite en Europe est fabriquée en Saxe", a rappelé lors de l'inauguration le ministre allemand du Numérique, Karsten Wildberger.
Avec ses neuf universités, la ville saxone dispose de nombreux ingénieurs formés mais également très recherchés par les quelque 2.500 entreprises travaillant dans ce secteur.
Si la construction de la "Smart Power Fab" représente un coût élevé, le coût de production unitaire des puces est ensuite minime.
"L'industrie des puces est une activité où les économies d'échelle sont extrêmes", explique à l'AFP Wolfgang Weber, directeur de la fédération allemande de l’électronique ZVEI: "la première puce coûte extrêmement cher, car il faut d'abord construire une usine — ce qui peut représenter plusieurs milliards d'euros d'investissement. Une fois la production mise en place, les coûts unitaires chutent très fortement".
L'usine va être ouverte 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Ces salariés font les trois-huit et travaillent six jours d'affilée.
Dans les "salles blanches ou clean rooms", hautement robotisées, où sont fabriquées les puces, les salariés doivent porter une tenue spéciale (combinaison en polyester, cagoule, masque, gants en latex et bottes). L'air y est filtré en permanence, pour éliminer presque toute contamination par des particules de poussière, nuisibles à la production.
W.Lapointe--BTB