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L'administration Trump approuve des pesticides, des PFAS dangeureux selon chercheurs et ONG
L'approbation récente par le gouvernement américain de plusieurs nouveaux pesticides inquiète scientifiques et associations environnementales, qui estiment que ces substances sont en réalité des PFAS, surnommés polluants éternels, à l'usage de plus en plus restreint en Europe.
Les PFAS sont des substances chimiques synthétiques inventées par l'homme, présent des vestes de pluie aux poêles antiadhésives au téflon, jusqu'aux pesticides pour l'agriculture. Mais il existe un débat sur la définition de ce qui constitue un PFAS.
Les cinq substances récemment autorisées ne rentrent pas dans la définition des PFAS adoptée par les autorités fédérales américaines. Pour de nombreux experts, ces produits sont pourtant bien des polluants éternels et ils alertent sur la dangerosité de ces nouveaux pesticides pour l'environnement. L'AFP fait le point sur ce débat.
- Question de classification -
Les PFAS se caractérisent par leur structure chimique: ils contiennent des liaisons carbone-fluor très stables. Leur résistance à la corrosion, à la lumière ou aux fortes chaleurs en font d'excellent isolants, anti-adhérents ou imperméabilisants.
Une définition de ce que constitue un PFAS, basée sur leur structure chimique et adoptée par l'OCDE en 2021, a été suivie par environ la moitié des Etats américain, le Congrès et le Pentagone, de même que par un groupe de 150 scientifiques dans un consensus annoncé en 2024.
Mais en 2023, l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) a choisi sa propre définition, plus restrictive.
Sous le mandat de Joe Biden, quand cette définition a été adoptée, un seul pesticide a été approuvé, contre cinq depuis le retour de Donald Trump au pouvoir.
L'EPA souligne aujourd'hui que ces pesticides sont autorisés dans d'autres pays et sont indispensables pour la sécurité alimentaire.
- Partie émergée de l'iceberg -
Mais pour des scientifiques et des militants environnementaux, les nouvelles substances autorisées en raison de cette classification restrictive présentent tout de même des dangers pour l'homme et l'environnement.
Il existe des "preuves qui suggèrent un potentiel cancérigène", a elle-même reconnu l'EPA dans son évaluation d'un des herbicides nouvellement autorisé, le trifludimoxazin.
Et ces nouvelles autorisations ne représentent que la partie émergée de l'iceberg: une analyse menée en 2024 sur les substances déjà autorisées aux Etats-Unis et au Canada a conclu que 66 d'entre elles étaient des PFAS, selon la définition de l'OCDE.
"C'est un problème qui a été mis sous le tapis par les gouvernements successifs", dénonce Nathan Donley de l'association environnementale Center for Biological Diversity. "Mais ça devient pire aujourd'hui."
Sur dix pêches achetées dans le commerce aux Etats-Unis, "il y a de bonnes chances que neuf aient des résidus de PFAS très toxiques", alerte Varun Subramaniam, qui a mené des analyses pour l'ONG Environmental Working Group.
Nombre de ces pesticides se dégradent en TFA, un polluant omniprésent dans l'eau.
L'Autorité européenne de sécurité des aliments a durci fin juillet ses recommandations sur les doses admissibles de cette substance extrêmement persistante que l'on retrouve dans les sols, les nappes phréatiques, les cultures agricoles, et in fine, dans l'eau potable et l'alimentation humaine.
- Lobbyistes -
Les ONG ont critiqué des liens forts entre l'industrie et les régulateurs américains.
Le chef de l'EPA, Lee Zeldin, a fait modifier en novembre la page web sur les PFAS et les pesticides du site de l'agence pour en retirer toute mention d'une plus large définition des polluants éternels, selon des documents publics obtenus par le Center for Biological Diversity.
Le même jour, le lobby de l'industrie américaine des pesticides, CropLife America, publiait un argumentaire anti-régulation qui citait la page nouvellement révisée. Le lobby a affirmé à l'AFP qu'il n'y a eu aucune coordination.
Un débat qui rappelle à Cindy Hu, une chercheuse en science de l'environnement à l'Université George Washington, des épisodes précédents. Quand la première génération des PFAS a été progressivement retirée au début des années 2000, l'industrie les a remplacés par d'autres molécules vendues comme plus sûres.
Mais l'une d'entre-elles a depuis provoqué d'importantes contaminations dans l'eau potable en Caroline du Nord.
"C'est une nouvelle version de la même histoire", se désole-t-elle, défendant un principe de précaution selon lequel ces substances chimiques devraient être considérées dangereuses, à moins de la preuve du contraire.
K.Thomson--BTB