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Vosges: la réintroduction du grand tétras a du plomb dans l'aile
L'expérimentation contestée de réintroduction du grand tétras dans les Vosges ne devrait pas être reconduite après 2029, a annoncé vendredi le ministère de la Transition écologique, un constat "d'échec" pour les opposants au programme.
Ancienne espèce endémique du massif des Vosges, d'où il a quasiment disparu, le grand tétras, plus grand oiseau sauvage d'Europe également appelé coq de bruyère, fait l'objet depuis 2024 d'un programme de réintroduction d'individus capturés en Norvège.
Des lâchers ont déjà eu lieu en 2024, 2025 et 2026, mais sur les 16 individus introduits lors des deux premières années de lâchers, seulement un ou deux étaient encore en vie en 2026. Dix-sept autres ont été introduits au printemps dernier.
"Le retour d'expérience dont nous disposons à ce stade sur la mortalité des individus déplacés, ainsi que les informations disponibles sur l'évolution de l'habitabilité du massif des Vosges à moyen et long terme" face au changement climatique "nous conduisent à prévoir l'achèvement du programme à l'issue de sa période de validité actuelle", a indiqué à l'AFP le ministère, confirmant une information du média écologiste Reporterre.
"Ces éléments nous amènent donc à ne pas envisager de nouvelles opérations de translocation au-delà de celles prévues dans le programme actuel", qui doit durer cinq ans entre 2024 et 2029.
- "Echec" -
"Les experts scientifiques sont très partagés sur la question de l'adaptation au changement climatique", a réagi auprès de l'AFP le Parc naturel régional (PNR) des Ballons des Vosges, qui pilote le programme.
"Concernant la mortalité des animaux déplacés, il paraît sage d'attendre l'issue des cinq années d'expérimentation", a-t-il ajouté.
Plusieurs scientifiques et associations environnementales contestent ce programme depuis sa genèse, jugeant que le massif des Vosges n'est plus adapté au grand tétras et que ces captures font peser un stress inutile aux oiseaux.
"Arrêter au bout de cinq ans, ça veut dire que de toute façon, le programme est un échec", a réagi auprès de l'AFP Dominique Humbert-Beretti, président de SOS Massif des Vosges, estimant que cette décision gouvernementale vient reconnaître ce que l'association soutient depuis le début, à savoir que "malheureusement, cette opération n'est pas viable". Et "ce n'est pas en deux ans qu'ils changeront la donne".
Ainsi, "allons au bout du constat. S'ils veulent arrêter le programme, qu'ils l'arrêtent maintenant", insiste M. Humbert-Beretti, plaidant pour que l'argent non utilisé serve à la "restauration des milieux, à la biodiversité".
- Naissances -
Bonne nouvelle néanmoins, le PNR a annoncé vendredi qu'une femelle introduite en 2024 avait donné naissance à quatre petits, pour la première fois depuis le début du programme.
Les jeunes oiseaux sont probablement nés mi-juin, a indiqué à l'AFP Fabien Diehl, technicien du PNR chargé du suivi de l'espèce.
Ils ont été observés le 4 août par un randonneur, qui est venu corroborer des photos, faites mi-juillet, de deux d'entre eux, un mâle et une femelle, a précisé le parc.
La poule qui leur a donné naissance a été introduite en 2024.
Elle avait déjà niché en 2025, mais ses oeufs avaient été détruits par des prédateurs.
"Ça montre qu'il y a un potentiel reproducteur chez ces oiseaux-là et que le milieu est favorable", a-t-il affirmé.
La dernière naissance répertoriée de grands tétras dans les Vosges remontait à 2019.
SOS Massif des Vosges se "félicite" des naissances des oisillons, "mais le bilan global est largement négatif", estime M. Humbert-Beretti. Il faudra aussi voir "quelle est leur durée de vie".
Le programme de réintroduction, dont le coût est estimé à 230.000 euros par an, permet la capture en Norvège d'un maximum de 50 oiseaux par an, et de 200 sur cinq ans.
Un comité de pilotage est prévu à l'automne.
F.Müller--BTB