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Deux-Sèvres: les opposants aux "bassines" prêts à braver l'interdiction
En pleine sécheresse historique, plusieurs milliers de manifestants s'apprêtent samedi à braver l'interdiction de la préfecture des Deux-Sèvres pour crier leur opposition aux "bassines" près du chantier d'une nouvelle réserve d'eau destinée à l'irrigation agricole.
Plus de 2.000 personnes, sur les 10.000 attendues par les organisateurs, étaient déjà arrivées vendredi soir, selon Julien Le Guet, porte-parole du collectif "Bassines Non Merci", qui rassemble des associations environnementales, organisations syndicales et groupes anticapitalistes opposés à cet "accaparement de l'eau" destiné à l'"agro-industrie".
La plupart des manifestants sont arrivés à pied pour contourner les restrictions de circulation dans la zone et ont posé leur tente dans le campement installé depuis mardi dans un champ prêté par un paysan près du chantier.
"Maïs pour tous, justice nulle part", peut-on lire sur l'immense chapiteau jaune qui trône au milieu de ce camp constellé de barnums montés par différentes organisations déterminées à se rendre à partir de la mi-journée près du chantier de la "bassine", malgré l'interdiction de "toute manifestation" dans plusieurs communes dont Sainte-Soline prononcée lundi par la préfecture.
Environ 1.500 gendarmes sont mobilisés, a ajouté Mme Dubée qui prévoit "5.000" manifestants autour de ce village d'environ 350 habitants devenu le nouvel épicentre d'un conflit sur l'usage de l'eau qui se raréfie avec le réchauffement climatique.
- 260 piscines olympiques -
Environ 200 élus, avocats ou professeurs ont dénoncé un manquement à "la liberté fondamentale de manifester" dans une tribune publiée par Libération. Parmi les signataires, des élus insoumis ou écologistes comme Mathilde Panot, Clémentine Autain, Alexis Corbière ou Yannick Jadot, annoncé sur les lieux samedi.
Sandrine Rousseau était également sur place samedi matin, a constaté une journaliste de l'AFP.
La réserve de Sainte-Soline est la deuxième de 16 réserves de substitution, au coeur d'un projet élaboré par un groupement de 400 agriculteurs réunis dans la Coop de l'eau, pour "baisser de 70% les prélèvements en été", dans cette région qui connaît encore des restrictions d'irrigation après une sécheresse estivale hors norme.
Ces cratères à ciel ouvert, recouverts d'une bâche en plastique, sont remplis grâce au pompage de l'eau des nappes phréatiques superficielles l'hiver et peuvent stocker jusqu'à 650.000 m3 (soit 260 piscines olympiques). Cette eau est utilisée pour l'irrigation l'été, quand les précipitations se font plus rares.
Les opposants dénoncent des "mégabassines" réservées à de grandes exploitations céréalières tournées vers l'exportation et défendent la mise en place d'autres mesures pour mieux partager et préserver l'eau - agroécologie, changement de cultures, retour des prairies...
Le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, a estimé samedi sur France Inter que les opposants "dénoncent quelque chose de juste, la nécessité qu'on diminue collectivement, et les agriculteurs aussi, nos usages d'eau", mais a souligné qu'une étudé publiée en juillet était "venue dire à quel point le projet n'avait pas de conséquences négatives pour les nappes" phréatiques.
Selon cette étude du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), le projet pourrait, par rapport à la période 2000-2011, augmenter "de 5% à 6%" le débit des cours d'eau l'été, contre une baisse de 1% l'hiver, sans prendre en compte l'évaporation potentielle des futures réserves, ni la menace de sécheresses récurrentes liée au réchauffement climatique.
M. Béchu a également rappelé que le "plan signé par tout le monde il y a quatre ans" après une longue concertation entre agriculteurs, élus, autorités et associations, conditionnait l'accès à l'eau à des changements de pratiques (réduction des pesticides, plantation de haies, conversion à l'agroécologie).
Mais sur dix agriculteurs utilisant la première retenue, "aucun n'a souscrit de réduction de pesticides", selon Vincent Bretagnolle, spécialiste d'agroécologie au CNRS à Chizé (Deux-Sèvres) et membre du comité scientifique et technique de suivi (CST) du projet, et depuis la signature, plusieurs associations se sont retirées du protocole.
Denis Mousseau, président de la FNSEA 79 qui défend ce projet de stockage, a rappelé jeudi à l'AFP "la forte inquiétude" des agriculteurs locaux face à l'appel d'organisations à "la désobéissance civile".
J.Fankhauser--BTB