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Deux-Sèvres: des milliers d'opposants pour "reboucher" une réserve d'eau, malgré l'interdiction
La sécheresse historique les conforte dans leur opposition: plusieurs milliers de manifestants s'apprêtent samedi à tenter de déjouer l'interdiction de la préfecture des Deux-Sèvres et un imposant dispositif de gendarmerie pour atteindre le chantier d'une réserve d'eau qu'ils comptent bien "reboucher".
"Sainte-Soline, c'est 720.000 mètres cubes d'eau sur plus de 10 hectares, 18 kilomètres de tuyaux pour des agriculteurs, dont pas un n'a renoncé aux pesticides. On ne veut pas que ça se fasse ici, on ne veut pas que ça se fasse ailleurs", a déclaré samedi Melissa Gingreau, porte-parole du collectif "Bassines Non Merci", qui rassemble des associations environnementales, organisations syndicales et groupes anticapitalistes.
Des milliers de manifestants, pour la plupart arrivés à pied pour contourner les restrictions de circulation, étaient rassemblés samedi midi dans un champ prêté par un paysan, constellé de barnums et d'un chapiteau jaune portant l'inscription "Maïs pour tous, justice nulle part".
L'objectif des organisateurs? "Réussir à atteindre la bassine, à enlever toutes les grilles qui protègent le chantier, à reboucher le début du trou, empêcher la reprise des travaux", selon un tract diffusé sur place avant le départ des cortèges prévu à 14h.
"Nous ne laisserons pas un cortège revendicatif, ou des groupes d'individus, s'approcher du chantier de la réserve de substitution", a-t-elle ajouté. Environ 1.500 gendarmes sont mobilisés et au moins deux hélicoptères sillonnent la zone.
"Aujourd'hui, ça va bien se passer, les forces de l'ordre n'auront pas d'autre choix que de reculer et nous allons danser dans ce cratère", assure pour sa part Julien Le Guet, autre porte-parole de "Bassines Non Merci".
- 260 piscines olympiques -
Les réserves de substitution sont des cratères à ciel ouvert, recouverts d'une bâche en plastique et remplis grâce au pompage de l'eau des nappes phréatiques superficielles l'hiver. Ils peuvent stocker jusqu'à 650.000 m3 (soit 260 piscines olympiques) d'eau pour irriguer l'été, quand les précipitations se font plus rares.
Celle de Sainte-Soline est la deuxième d'un projet de 16 élaboré par un groupement de 400 agriculteurs réunis dans la Coop de l'eau, pour "baisser de 70% les prélèvements en été", dans cette région encore soumise à des restrictions d'irrigation après une sécheresse estivale hors norme.
"On est le 29 octobre, c'est sec partout, c'est aberrant d'accaparer toute l'eau disponible pour quelques cultivateurs de maïs", a dénoncé l'eurodéputé Yannick Jadot, présent sur place comme d'autres élus écologistes, dont la députée Sandrine Rousseau.
Le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, s'est dit d'accord avec les opposants sur "la nécessité qu'on diminue collectivement (...) nos usages d'eau", mais a souligné sur France inter que le "projet n'avait pas de conséquences négatives pour les nappes" phréatiques, selon un rapport récent.
Selon cette étude du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), le projet pourrait, par rapport à la période 2000-2011, augmenter "de 5% à 6%" le débit des cours d'eau l'été, contre une baisse de 1% l'hiver, sans prendre en compte l'évaporation potentielle des futures réserves, ni la menace de sécheresses récurrentes liée au réchauffement climatique.
M. Béchu a également rappelé que le "plan signé par tout le monde il y a quatre ans" après une longue concertation entre agriculteurs, élus, autorités et associations, conditionnait l'accès à l'eau à des changements de pratiques (réduction des pesticides, plantation de haies, conversion à l'agroécologie).
Mais aucun des dix agriculteurs utilisant la première retenue "n'a souscrit de réduction de pesticides", selon Vincent Bretagnolle, membre du comité scientifique et technique de suivi (CST) du projet, et depuis la signature, plusieurs associations se sont retirées du protocole.
Denis Mousseau, président de la FNSEA 79 qui défend ce projet de stockage, a rappelé jeudi à l'AFP "la forte inquiétude" des agriculteurs locaux face à ce rassemblement.
"On ne lutte pas contre les agriculteurs, on lutte contre les outils de l'agro-industrie qui fait disparaître les paysans", a déclaré Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne. "En 30 ans, le nombre de paysans a été divisé par trois".
T.Bondarenko--BTB