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Obsèques "écologiques": vers un tournant dans le très traditionnel secteur du funéraire ?
Mains sur le guidon et yeux sur la route: Isabelle Plumereau transporte à vélo... un corbillard. La fondatrice de la société Le Ciel & la Terre a choisi d'encourager des obsèques écologiques, un mode de funérailles encore marginal mais dont la demande augmente petit à petit.
Ce type de corbillards d'un genre nouveau existe déjà dans d'autres pays, comme en Suisse, mais leur utilisation en France reste limitée aux obsèques qui ont lieu dans un rayon restreint, où la mise en bière, la cérémonie et l'inhumation ou la crémation sont organisées dans la même ville.
"Il y a une limite de poids. Évidemment, j'inviterais les personnes qui choisiront ce mode de déplacement à se diriger vers des cercueils plutôt sobres donc plutôt légers", conseille Isabelle Plumereau qui précise qu'"avec une +Corbicyclette+ on ne peut pas parcourir une distance énorme", au maximum une quarantaine de kilomètres.
"C'est peut-être possible à Paris, mais en province ça n'arrive quasiment jamais", assure à l'AFP Gautier Caton, directeur d'un réseau de pompes funèbres d'une quarantaine d'agences à Paris, en région Centre et en Bourgogne.
Et pour Charles Simpson, fondateur du comparateur Meilleures Pompes Funèbres, une évolution de la loi pour élargir l'utilisation de ces véhicules est peu probable: "Imaginez qu'il y ait un accident entre le vélo et une voiture... Le législateur ne va pas prendre le risque d'avoir un cercueil sur la voie publique".
Cela n'empêche pas les professionnels des pompes funèbres de développer d'autres solutions pour des funérailles plus écologiques, face à une demande grandissante de la part des familles.
"On voit qu'ils font des efforts", constate Sarah Dumont, fondatrice de Happy End, un annuaire en ligne des services funéraires. "Les coopératives funéraires ont ouvert la voie, en informant les familles sur les soins de conservation par exemple, qui utilisent souvent des produits chimiques polluants, ce qui a réduit significativement le recours à cette méthode. Certaines, comme à Dijon, proposent aussi de louer des fleurs artificielles pour la crémation, plutôt que de les acheter et qu'elles finissent à la poubelle", ajoute-t-elle.
- Humusation, aquamation et promession -
Les Pompes Funèbres Caton proposent aussi un document aux familles leur suggérant des actions simples pour réduire l'impact des obsèques (en choisissant des fleurs de saison par exemple ou des vêtements qui se dégradent plus facilement pour la mise en bière) et demandent à leurs fournisseurs d'utiliser des vernis moins polluants sur les cercueils ou des capitons biodégradables.
"Des familles nous demandent aussi des cercueils en carton, qu'on leur commande. Mais il faudrait mesurer l'impact global du carton par rapport au bois car en France on a une filière très responsable pour les cercueils et le bois peut permettre de consommer moins de gaz lors d'une crémation", estime Gautier Caton.
Ce type de demande reste néanmoins marginal dans les dernières volontés des défunts. "Pour la génération qui est en train de décéder, la notion d'écologie est encore trop récente. Mais dans les contrats obsèques qui sont rédigés en ce moment, on voit que la proportion est plus importante", note M. Simpson.
D'autres modes de funérailles pourraient aussi être envisagés pour éviter la consommation de gaz d'une crémation ou la pollution liée aux inhumations: c'est par exemple le cas de l'humusation, qui consiste à transformer le corps en compost, de l'aquamation, aussi appelée "crémation par l'eau", ou de la promession, qui consiste en une congélation à basse température suivie d'une réduction en poudre et qui utilise de l'azote liquide. Mais ils ne sont pas autorisés en France.
"Il faut garder en tête que le secteur funéraire est très traditionnel car il touche notamment aux croyances", soutient M. Simpson, "les associations et les pouvoirs publics s'intéressent au sujet de façon prudente".
Pour Mme Dumont, une véritable "évolution" du secteur est en tout cas en cours, même si elle est "encore fragile". "La première chose, c'est d'informer les familles sur leurs possibilités, car beaucoup ne connaissent pas encore ces options écologiques", renchérit-elle.
N.Fournier--BTB