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Les talibans interdisent aux femmes de travailler pour les ONG en Afghanistan
Les autorités talibanes ont ordonné samedi aux ONG locales et étrangères de ne plus travailler avec des femmes après "des plaintes sérieuses" concernant leur façon de s'habiller, quatre jours après une interdiction d'étudier à l'université décrétée pour les mêmes raisons.
"Le ministère de l'Economie (...) ordonne à toutes les organisations de cesser le travail des femmes jusqu'à nouvel ordre", indique le ministère, chargé d'approuver les licences des ONG opérant en Afghanistan, dans une lettre obtenue par l'AFP. "Il y a eu des plaintes sérieuses concernant le non-respect du hijab islamique et d'autres règles et règlements relatifs au travail des femmes dans les organisations nationales et internationales".
"En cas de négligence de la directive (...) la licence de l'organisation qui a été délivrée par ce ministère sera annulée", précise le courrier adressé aux ONG nationales et internationales.
"Nous suspendons toutes nos activités à partir de dimanche", a déclaré à l'AFP, sous couvert d'anonymat, un haut responsable d'une organisation internationale impliquée dans l'action humanitaire. "Nous aurons bientôt une réunion des hauts responsables de toutes les ONG pour décider de la manière de gérer cette question".
Le coordonnateur humanitaire de l'ONU pour l'Afghanistan, Ramiz Alakbarov, a dénoncé dans un tweet une "violation manifeste des principes humanitaires". "L'Union européenne condamne fermement la décision récente des talibans d'interdire aux femmes de travailler dans les ONG nationales et internationales", a affirmé dans un communiqué transmis à l'AFP une porte-parole du chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.
- "Personnel essentiel" -
Cette décision est "une nouvelle tentative déplorable d'effacer les femmes des espaces politiques, sociaux et économiques", a fustigé Amnesty international, tandis que l'ONG International Rescue Committee (IRC), qui compte plus de 3.000 femmes dans son personnel en Afghanistan affirmait être "consternée". "Notre personnel féminin est essentiel à l'acheminement de l'aide humanitaire en Afghanistan", a-t-elle ajouté sur Twitter.
Des dizaines d'ONG nationales et internationales travaillent dans les zones reculées de l'Afghanistan, et beaucoup de leurs employés sont des femmes.
Cette annonce intervient quatre jours seulement après la décision du gouvernement taliban d'interdire aux femmes afghanes de suivre des cours dans les universités publiques et privées du pays pour une durée indéterminée.
Le ministre de l'Enseignement supérieur, Neda Mohammad Nadeem, a expliqué avoir pris cette décision car les "étudiantes qui se rendaient à l'université (...) ne respectaient pas les instructions sur le hijab". "Le hijab est obligatoire dans l'islam", a-t-il insisté, faisant référence à l'obligation faite aux femmes en Afghanistan de se couvrir le visage et entièrement le corps.
- Rare manifestation d'hommes -
Une employée d'une ONG afghane ne cachait pas sa détresse. "Comment vont faire les femmes qui n'ont pas d'homme pour soutenir leur famille et travaillent dans ces ONG?", a-t-elle demandé sous couvert d'anonymat. "C'est ce seul salaire qui nous empêchait de tomber dans la misère".
Un dirigeant d'une ONG étrangère se demandait comment continuer à aider les femmes afghanes. "Nous avons du personnel féminin surtout pour s'occuper des problématiques d'aide humanitaire aux femmes afghanes", a-t-il expliqué. "Comment allons-nous nous occuper d'elles maintenant?"
Samedi, quelque 400 étudiants de Kandahar, berceau du mouvement taliban, ont boycotté leur examen en solidarité avec leurs homologues femmes et manifesté dans la rue. La manifestation a été dispersée par les forces talibanes qui ont tiré en l'air, a déclaré à l'AFP, sous couvert d'anonymat, un professeur de l'université Mirwais Neeka. Les manifestations d'hommes sont extrêmement rares en Afghanistan.
En dépit de leurs promesses de se montrer plus souples, les talibans, qui ont repris le pouvoir en août 2021 après 20 ans de guerre contre les Etats-Unis et les forces de l'Otan, sont revenus à l'interprétation ultra-rigoriste de l'islam qui avait marqué leur premier passage au pouvoir (1996-2001).
Depuis 16 mois, les mesures liberticides se sont multipliées, en particulier à l'encontre des femmes qui ont été progressivement écartées de la vie publique et exclues des écoles secondaires.
Divers membres du pouvoir avaient déclaré qu'il n'y avait pas assez d'enseignants ou d'argent, mais aussi que les écoles rouvriraient une fois qu'un programme d'enseignement islamique aurait été élaboré.
En plus d'être privées d'étudier, les femmes sont également bannies de la plupart des emplois publics ou payées une misère pour rester à la maison.
Elles n'ont pas le droit non plus de voyager sans être accompagnées d'un parent masculin et doivent se couvrir d'une burqa ou d'un hijab lorsqu'elles sortent de chez elles. Les talibans leur ont aussi interdit d'entrer dans les parcs, jardins, salles de sport et bains publics.
L.Dubois--BTB