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A Belgorod, des Russes fuyant les bombardements reçoivent de l'aide humanitaire
Savon, lessive, mouchoirs, jouets et vêtements pour enfants : Irina Bourlakova vient de recevoir de l'aide humanitaire après avoir fui Chebekino, une ville russe frontalière de l'Ukraine soumise cette semaine à un déluge de tirs meurtriers.
Des milliers d'habitants de Chebekino se sont réfugiés à Belgorod, la capitale régionale située à une trentaine de kilomètres au nord-ouest. Sur place, des bénévoles s'organisent pour leur fournir des produits de première nécessité.
"Évidemment, on est dans un état terrible. Mais on tient, on essaye d'être forts, parce qu'on a des enfants, ça donne l'envie de vivre. Mais qu'est-ce qui va se passer ensuite ? Bien sûr, on n'en sait rien", dit Irina Bourlakova.
Cette femme de 30 ans a quitté Chebekino avec son mari et son fils. Ils vivaient dans le centre de la ville touché ces derniers jours par des tirs d'artillerie d'une intensité inédite depuis le début de l'offensive russe en Ukraine. Selon les autorités, ces tirs ont fait au moins sept morts dans la région vendredi et samedi.
Irina a reçu de l'aide humanitaire dans le "Centre pour les initiatives de la jeunesse" à Belgorod, géré par les autorités locales. Samedi, des dizaines de déplacés et de bénévoles s'y affairaient autour de grands cartons remplis de produits.
"Faut comprendre que ça peut arriver à chacun de nous, faut faire preuve d'un peu de bonté", affirme Oleg Tcherkachine, 37 ans, un habitant de Belgorod venu donner des produits pouvant servir aux déplacés.
"Je veux aider les gens qui sont dans une situation difficile, on manque vraiment de bras", note Victoria Kovaleva, une bénévole de 26 ans aidant à récolter et distribuer l'aide humanitaire.
A l'entrée du Centre, un grand drapeau russe est accroché. Il y a aussi une imposante affiche montrant un soldat russe cagoulé, dessiné comme un personnage de bande dessinée, avec derrière lui les inscriptions "Belgorod" et "Gloire à la défense antiaérienne !".
- "Ressentiment" -
Depuis plusieurs mois, la région de Belgorod et sa capitale sont frappées par des attaques de drones et des tirs imputés à l'Ukraine. Mais jamais les frappes n'avaient été aussi fortes que ces derniers jours.
Jeudi, Moscou a aussi affirmé avoir repoussé une tentative d'attaque au sol venant d'Ukraine contre la région, déjà secouée la semaine dernière par une spectaculaire incursion armée ayant montré la vulnérabilité des frontières russes.
A Belgorod, les déplacés interrogés par l'AFP se disent satisfaits de leur prise en charge et remercient les autorités. Le gouverneur, Viatcheslav Gladkov, a indiqué dimanche que plus de 4.000 personnes étaient hébergées temporairement dans des centres d'accueil d'urgence ouverts dans la ville.
Les soeurs de charité du couvent Marfo-Mariinski, à Belgorod, fournissent aussi aux déplacés des produits de première nécessité. Avant cela, ce couvent avait déjà aidé les réfugiés ukrainiens arrivés en Russie lors des premiers mois du conflit.
"Nous ne pouvons pas rester à l'écart quand nos concitoyens sont à leur tour contraints de quitter leurs maisons", affirme Elena Khimtchenko, 44 ans, une religieuse responsable de la distribution d'aide humanitaire au couvent et portant une coiffe blanche marquée d'une croix rouge.
Tatiana Kojeleva, une retraitée de 64 ans, a fui Chebekino. Le balcon de son appartement a été touché par des éclats d'obus. Alors qu'elle reçoit de l'aide au couvent Marfo-Mariinski, elle est la seule personne interrogée samedi par l'AFP à se demander à haute voix qui est responsable de ses malheurs.
"Notre ville de Chebekino a été très durement bombardée", déplore-t-elle, en comparant sa cité à celle de Donetsk, une grande ville de l'est de l'Ukraine occupée par l'armée russe et soumise à des bombardements ukrainiens depuis 2014.
"Il y a un peu de ressentiment, pour notre région de Belgorod, c'est blessant de voir qu'on ne nous défend pas. C'est ça, le plus vexant, on nous frappe, et nous, on rigole", dit-elle avec un étrange sourire.
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R.Adler--BTB