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Ukraine: dans un village libéré, le drapeau ukrainien et des cadavres russes
Jaune et bleu, le drapeau ukrainien flotte au-dessus de la porte du centre culturel du village de Blagodatné dans le sud-est du pays, libéré récemment par les forces de Kiev. A l'intérieur, les soldats morts sont russes.
Une semaine après le lancement de sa contre-offensive contre les troupes d'occupation russes, l'armée ukrainienne a repris plusieurs localités sur la rivière Mokri Ialy.
Les forces de Kiev avancent, et même l'armée russe a confirmé que ses positions à Ourojaïné, deux kilomètres au sud de Blagodatné, avaient été attaquées.
Menée par la 68e brigade dite de "chasseurs", la poussée vers le sud dans cette vallée est le signe le plus concret des progrès ukrainiens depuis le début de la contre-offensive longuement attendue.
Les autorités ukrainiennes ont fait état d'une "puissante résistance" des troupes russes, bien que les forces de Kiev n'aient pas encore atteint la principale ligne de défense fortifiée russe.
"Quand j'arriverai au centre de Donetsk, je dirai que notre mission est en partie accomplie", dit à l'AFP un officier supérieur du 68e, nom de guerre "Lermontov", comme le poète romantique russe du XIXème siècle.
"Je rêve de Donetsk depuis 2014, c'est le cœur du Donbass", ajoute-t-il en jonglant avec un talkie-walkie et un smartphone pour passer les commandes.
- Portrait d'un poète -
Blagodatné, une petite communauté agricole, se trouve à 90 kilomètres à l'ouest de Donetsk, "capitale" du Donbass, vaste région houillère partiellement détenue depuis 2014 par les séparatistes prorusses et les forces de Moscou qui les soutiennent.
L'offensive ukrainienne vise à reprendre tous les territoires saisis par la Russie tant en 2014 que depuis l'invasion lancée en février 2022, mais elle ne fait que commencer.
L'Ukraine a hissé son drapeau à Blagodatné le 11 juin, mais des soldats sur place ont dit à l'AFP que supprimer les dernières poches de résistance avait pris deux jours de plus.
Certaines zones n'ont pas encore été déminées et il reste des cadavres de soldats russes et d'un petit nombre de civils ukrainiens.
Au moins quatre soldats russes sont morts à l'intérieur du centre culturel, marqué par des tirs d'artillerie.
Ils sont allongés là où ils sont tombés, parmi des éclats de verre brisé et des douilles de kalachnikov.
L'un des morts a le crâne détruit de bas en haut, comme s'il avait reçu une balle sous la mâchoire, peut-être un suicide dans les dernières phases désespérées de la bataille.
Un autre corps gît dans une bibliothèque endommagée par les obus, sous un portrait du poète et artiste ukrainien du XIXe siècle Taras Chevtchenko, symbole du réveil national.
Dans le hall central se trouve une caisse à moitié vide de cartouches inutilisées de 5,45 mm.
Si les Russes ne sont pas morts il y a longtemps, le centre semble abandonné de longue date. Dans la salle de concert au toit arraché, des hirondelles nichent dans la charpente et volent à travers les fenêtres brisées.
- Chasser et détruire -
La 68e brigade ne fait pas partie des nouvelles unités qui ont reçu une formation occidentale et un armement complet de l'OTAN en prévision de la contre-offensive ukrainienne.
Créée en avril 2022, peu après le début de l'invasion russe, pour se spécialiser dans les combats en forêt et dans les zones humides, l'unité a cependant reçu des véhicules blindés MRAP de fabrication américaine.
Equipés de puissantes mitrailleuses de calibre 12,7 millimètres dans la tourelle de toit, ces véhicules MaxxPro déjà marqués par les combats peuvent transporter des soldats vers le front malgré la poursuite des bombardements russes.
Pour l'infirmier militaire au nom du guerre "Vinni" c'est ce qui a poussé son unité au combat.
"Nous n'y serions pas arrivés si nous n'avions eu que nos vieux véhicules", a-t-il dit à l'AFP.
"Quelle que soit la façon dont vous la regardez, cette contre-offensive est nécessaire. Si ce n'est pas nous, alors qui la fera ?" a-t-il poursuivi avant d'ajouter: "Nous devons les détruire et les chasser de notre terre".
N.Fournier--BTB