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Le Premier ministre chinois reçu par Scholz, test pour les relations entre Pékin et Berlin
Le chancelier Olaf Scholz reçoit mardi le Premier ministre chinois Li Qiang pour des entretiens délicats au moment où l'Allemagne revoit sa politique envers la Chine, sans couper les ponts avec son premier partenaire commercial.
Le responsable chinois, nommé en mars, a choisi l'Allemagne pour sa première visite officielle à l'étranger, qui s'est ouverte lundi par une rencontre avec le chef de l'Etat Frank-Walter Steinmeier.
Le président allemand a donné le ton des échanges, soulignant que "la Chine est un partenaire pour l'Allemagne et l'Europe, mais aussi de plus en plus un concurrent et un rival sur la scène politique".
Olaf Scholz va devoir incarner cette évolution lors des consultations gouvernementales sino-allemandes qu'il dirige mardi, entouré des principaux ministres en charge de la coopération entre les deux pays.
C'est "un test pour savoir si un véritable partenariat entre Berlin et Pékin est encore possible", estime pour l'AFP Thorsten Benner, directeur de l'Institut global des politiques publiques (GPPI).
Exercice presque routinier sous les mandats d'Angela Merkel, jusque fin 2021, ces consultations bilatérales prennent une dimension nouvelle, Olaf Scholz souhaitant rompre avec l'approche pragmatique de l'ex-chancelière, essentiellement axé sur le commerce.
- "Tourbillon de division" -
Sur le plan économique, Berlin mise sur une diversification de ses partenaires pour "réduire les risques" liés à sa trop grande dépendance au géant asiatique dans les secteurs stratégiques.
Côté diplomatie, les menaces chinoises visant Taïwan, les accusations de persécutions contre les Ouïghours, l'absence de condamnation par Xi Jinping de l'invasion russe de l'Ukraine ont creusé le fossé avec Pékin.
Témoin de ce réajustement, la publication la semaine dernière par Berlin d'un document qui décrit la Chine comme une force hostile.
La Chine agit "à l'encontre de nos intérêts et valeurs", accuse notamment le gouvernement allemand dans sa "Stratégie de sécurité nationale".
Mais il souligne aussi la nécessité de continuer à traiter le pays en "partenaire" et d'obtenir la coopération de Pékin sur des enjeux internationaux comme la lutte contre le changement climatique.
Pékin s'est insurgé contre le fait d'être qualifié de "partenaire, concurrent et rival systémique" dans le texte, affirmant que de tels qualificatifs ne feraient que "pousser notre monde vers un tourbillon de division et de confrontation".
Lors de sa rencontre avec le président allemand, Li Qiang a assuré que la Chine était prête à travailler avec l'Allemagne pour contribuer à "la stabilité et la prospérité mondiales".
Le développement de la Chine est une opportunité plutôt qu'un défi ou une menace pour l'Allemagne, a assuré lundi le ministre chinois des Affaires étrangères, Qin Gang lors d'une conversation téléphonique avec son homologue allemande, Annalena Baerbock, selon le média d'Etat Xinhua.
- Equilibre difficile -
En pleine période de tensions entre les Etats-Unis et la Chine, l'Allemagne est un interlocuteur privilégié pour Pékin. A plus forte raison au moment où les moteurs de la croissance du pays peinent à retrouver de l'élan après la pandémie de Covid.
"La Chine pourrait chercher à obtenir le soutien de Berlin pour tenter de maintenir le libre-échange entre la Chine et l'UE", note Gregor Sebastian, économiste à l'institut Mercator d'études sur la Chine (Merics) à Berlin.
"Pékin veut montrer que le dialogue avec l'un de ses principaux partenaires commerciaux se poursuit", note Mikko Huotari, un autre chercheur de Merics.
D'autant que de Siemens à BASF, en passant par les constructeurs automobiles, les grands industriels allemands continuent d'investir massivement sur le marché chinois, crucial pour leur activité.
Pour le magazine Spiegel, "il est presque impossible de trouver la bonne façon de traiter avec la Chine". Les tensions géopolitiques, économiques, sur les droits de l'homme s'accumulent, note l'hebdomadaire, mais il est "important de continuer à avoir une relation de confiance" avec Pékin.
Et l'hebdomadaire de conclure: "gérer cet équilibre sans souffrir d'une hernie est un véritable défi, non seulement lors des négociations de mardi, mais aussi dans les années et les décennies à venir".
L.Janezki--BTB