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Ukraine: 12 morts à Kramatorsk, Biden qualifie Poutine de "paria"
Le bilan de frappes russes qui ont détruit un restaurant de la ville ukrainienne de Kramatorsk est passé jeudi matin à douze morts et une soixantaine blessés, le président américain Joe Biden qualifiant de "paria" le chef du Kremlin Vladimir Poutine dont l'armée assure qu'elle ne vise aucune cible civile en Ukraine.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a dénoncé une attaque "terroriste", et annoncé l'arrestation sur place d'un individu qui avait "coordonné" les tirs russes, dans son allocution quotidienne mercredi soir.
Dans cette grande ville de l'est du pays sous contrôle ukrainien où les frappes russes ont touché aussi des habitations, des commerces, un bureau de poste et d'autres bâtiments, "les secours ont dégagé un autre corps" jeudi matin, portant à "douze" le nombre de morts, selon le ministre ukrainien des Affaires intérieures Igor Klymenko.
Quant aux blessés, les chiffres divergent, M. Klimenko en décomptant 65, les services d'urgence 60. Selon cette dernière source, trois enfants figurent parmi les douze morts, et un a été blessé. Onze personnes ont pu être sauvées, d'après les secours.
"J'étais juste dans le quartier. Mon équipe et moi-même vaquions à nos occupations. Nous étions dans un appartement et nous avons entendu une explosion. J'avais un sac à dos médical avec moi, nous l'avons sorti et nous sommes partis", a raconté Galyna, une femme médecin militaire.
Elle dit notamment avoir dû secourir une victime qui "souffre d'une blessure ouverte à la tête : sa boîte crânienne est entrée dans sa matière cérébrale".
"Je n'ai pas eu le temps de regarder, j'ai dû agir", ajoute-t-elle.
Le président russe est désormais "un paria à travers la planète", a déclaré Joe Biden à Washington. Interrogé sur un éventuel affaiblissement de Vladimir Poutine, le président américain a répondu : "C'est difficile à dire, mais il perd clairement la guerre."
Le ministère russe de la Défense a affirmé avoir frappé un "point de déploiement temporaire" de la 56e brigade d'infanterie mécanisée des forces armées ukrainiennes, et le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a assuré que la Russie "ne frappe pas des infrastructures civiles".
La frappe a détruit le restaurant Ria Pizza, un établissement du centre ville apprécié des journalistes, travailleurs humanitaires et des soldats. Des médias ukrainiens ont évoqué la présence d'instructeurs militaires étrangers en ville.
Trois personnalités colombiennes, le célèbre écrivain Hector Abad, l'homme politique Sergio Jaramillo et la journaliste Catalina Gomez, correspondante en Ukraine de France 24, ont été légèrement blessées alors qu'ils dînaient dans le restaurant avec l'écrivaine ukrainienne Victoria Amelina, selon un communiqué.
Cette dernière, une romancière de 37 ans, "est quant à elle dans un état critique", ajoute le texte.
- La Russie "viole" les lois de la guerre -
Le président colombien Gustavo Petro a accusé la Russie de "violer" les lois de la guerre.
Une journaliste de l'AFP sur les lieux de la frappe a vu des ambulances, la police, des soldats et le maire de la ville près de ce restaurant, devant lequel s'était rassemblée une foule d'habitants.
Un chef cuisinier à l'uniforme couvert de poussière, Rouslan, 32 ans, a expliqué qu'il "y avait pas mal de monde" au moment de la frappe.
Important noeud ferroviaire et abritant des sites militaires, Kramatorsk est très régulièrement visée par des bombardements russes.
Le plus meurtrier a été celui de la gare, frappée en avril 2022, qui avait fait 61 morts et plus de 160 blessés quelques semaines après le début de l'invasion russe et au moment où une foule de civils tentaient de quitter la ville.
- La contre-offensive suit son cours -
Dans le même temps, le commandant en chef des forces ukrainiennes Valery Zaloujny a assuré que cinq jours après la rébellion avortée du groupe paramilitaire Wagner contre Moscou, la contre-offensive de Kiev suivait son cours et enregistrait des "progrès".
"L'ennemi oppose une forte résistance, mais dans le même temps subit de lourdes pertes", a-t-il déclaré dans un message Telegram après un appel téléphonique avec son homologue américain Mark Milley, alors que les effets sur la situation militaire et sur le pouvoir russe des événements des derniers jours en Russie sont au centre de toutes les interrogations.
Quant aux effets déstabilisateurs de la rébellion de Wagner - dans le secret de laquelle était selon les sources du New York Times au moins un haut responsable militaire russe - "beaucoup de gens spéculent sur le fait que c'est terminé (ou pas), nous ne le savons pas non plus", a dit le chancelier allemand Olaf Scholz.
Il juge cependant que Vladimir Poutine, qui a affirmé mercredi n'avoir "pas douté" du soutien des Russes, sort "affaibli" de la crise.
Depuis Kiev où il se trouvait mercredi avec son homologue lituanien, le président polonais Andrzej Duda s'est lui inquiété du transfert, selon lui, au Bélarus de 8.000 combattants du groupe Wagner.
"Difficile pour nous d'exclure que la présence du groupe Wagner au Bélarus puisse constituer une menace", a-t-il déclaré.
Il a été rejoint par le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, qui a mis en garde contre toute "menace" qu'engendrerait la présence de Wagner au Bélarus, frontalier avec la Pologne, la Lituanie et la Lettonie, trois pays membres de l'Alliance.
Aux termes d'une négociation menée samedi par le président du Bélarus Alexandre Loukachenko, ce pays a proposé d'accueillir le patron de Wagner Evgueni Prigojine ainsi que des membres du groupe paramilitaire impliqués dans la rébellion.
M. Loukachenko a annoncé que le tempétueux patron de Wagner, qui s'était volatilisé depuis l'annonce de la fin de sa rébellion samedi soir, après 24 heures de chaos qui avaient vu ses hommes s'emparer de bases militaires et marcher sur Moscou avant de faire soudain volte-face, était arrivé mardi dans la république.
K.Brown--BTB