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Vent de panique à Wall Street: simple correction ou déprime prolongée ?
Un petit vent de panique a soufflé sur Wall Street cette semaine après la vive chute du Nasdaq, les investisseurs se demandant si le marché va s'en tenir à une correction ou si on aborde une déprime prolongée, risquée pour l'économie et l'administration Biden.
Depuis son dernier record mi-novembre, l'indice Nasdaq, à forte dominante technologique, a lâché plus de 15%, ce qui l'ancre nettement en zone de correction, avec son pire mois depuis octobre 2008, en pleine crise financière.
L'indice élargi S&P 500, plus représentatif du marché américain dans son ensemble, a lui cédé 8,3% depuis son dernier sommet, au début de l'année.
La spectaculaire chute de l'action Netflix (-21,79% vendredi), pourtant une des coqueluches de Wall Street ayant atteint presque 700 dollars en novembre pour tomber autour de 400 dollars, faisait froid dans le dos et commençait à inquiéter les petits porteurs et leur plan d'épargne retraite (401k) investi en Bourse.
"Votre 401(k) est probablement de 40% inférieur à ce qu'il était il y a trois mois. J'ai 65 ans et je n'ai pas le temps de me refaire. Merci Joe Biden", se plaignait un internaute.
"Les gens sont en train de perdre beaucoup sur leur 401(k). C'est le portefeuille qui décide des élections alors attendez-vous à ce que les démocrates soient complètement défaits", ajoutait un autre.
Le président Joe Biden, déjà à un creux de popularité à cause de l'économie, doit faire face à l'automne à des élections législatives de mi-mandat difficiles.
C'est la perspective d'une hausse des taux d'intérêt par la Réserve fédérale américaine (Fed), pour juguler une inflation au plus haut depuis une génération qui fait trembler Wall Street.
On s'attend à ce que les taux, maintenus à zéro ou presque depuis le début de la pandémie de Covid-19, remontent d'un point de pourcentage environ cette année. Beaucoup pensent aussi que la Fed a manqué le virage de l'inflation et qu'elle pourrait opérer un tour de vis plus sévère.
- Du taureau à l'ours -
Mais la question est de savoir à quel point une correction peut se transformer en "bear market" ou "marché de l'ours", c'est-à-dire en baisse prolongée, par opposition à un "marché de taureau" ou "bull market", au contraire optimiste.
"Il est vrai que le marché agit sans rime ni raison, sauf pour le Nasdaq", a reconnu Peter Cardillo, analyste pour Spartan Capital, évoquant le vent de panique. Mais il pense que la saison des résultats d'entreprises, plutôt positifs, va changer la dynamique.
Pour Gregori Volokhine, gestionnaire de portefeuille chez Meeschaert Financial Services, "on est encore loin du +bear market+ mais si on commence à anticiper un ralentissement de l'économie avec la hausse des taux, alors on continuera à vendre ce qui pourrait nous faire passer d'une simple correction à un +bear market+".
L'économie américaine est censée encore croître vigoureusement en 2022 se remettant de l'impact de la pandémie mais les prévisionnistes ont déjà élagué leurs projections.
Un marché boursier qui cale, pourrait-il encore affecter la croissance? "Cela pourrait ralentir la reprise mais pas nous jeter en récession", assure à l'AFP Sam Stovall de CFRA. "Nous venons de réduire notre prévision de croissance du PIB de 4,6% en 2022 à 4,2% mais cela a plus à voir avec la durée de l'inflation et avec les attentes selon lesquelles la Fed va relever les taux chaque trimestre cette année", ajoute l'expert.
Pour d'autres, la correction, si elle ne se prolonge pas trop, est une mesure saine dans un marché parfois surévalué.
Un indicateur clé de la valorisation des actions, le ratio P/E qui compare le prix d'une action au résultat financier par action de l'entreprise, se situe actuellement à 21,2 pour les sociétés du S&P 500. Cela revient à dire qu'on paye plus de 21 fois le montant du bénéfice par action de la société pour être actionnaire.
Selon les calculs de Sam Stovall, les statistiques historiques montrent que ce ratio pourrait descendre au mieux à 19,7 dans un environnement de taux à 10 ans entre 1,75% et 2,25%. "Cela correspond à une chute de 15% du S&P 500, on est donc au milieu d'une correction", indique l'expert.
"Et l'histoire nous dit qu'on pourrait descendre du double, à -30%" si le fameux ratio descend à 16,2, sa moyenne historique dans un environnement de taux similaire.
Mais l'histoire apporte un autre réconfort: "Wall Street est une opportuniste", affirme Sam Stovall. "Après une correction, les investisseurs reviennent en force et en moyenne, il ne faut pas plus de 4 mois pour revenir à l'équilibre", ajoute-t-il.
F.Müller--BTB