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Les Etats-Unis vont livrer des armes à sous-munitions à l'Ukraine
Les Etats-Unis ont franchi vendredi un pas supplémentaire dans la guerre en Ukraine, en décidant de livrer à Kiev des armes à sous-munitions qui tuent à l'aveugle et sont interdites dans nombre de pays notamment européens.
"Cela a été une décision très difficile pour moi", a confié le président Joe Biden à la chaîne CNN, en précisant en avoir discuté au préalable avec les pays alliés et le Congrès américain.
"Cela m'a pris du temps avant d'être convaincu de le faire", a encore dit le président américain, en justifiant sa décision par le fait que l'Ukraine était "à court de munitions".
Cette décision intervient au moment où Kiev est engagé dans une vaste contre-offensive contre les forces russes, qui progresse lentement de l'aveu du président ukrainien Volodymyr Zelensky.
Mais Washington estime que cette livraison représente "la bonne chose à faire" au vu des développements sur le terrain, outrepassant les réticences aux Etats-Unis comme à l'étranger sur l'utilisation de telles armes très controversées.
Le conseiller à la Sécurité nationale, Jake Sullivan, a affirmé que le président Biden avait pris la décision après une "recommandation unanime" de son administration.
Il a encore assuré que les Ukrainiens avaient fourni des garanties "par écrit" sur l'usage qu'ils feraient de ces armes pour minimiser "les risques posés aux civils".
Les Etats-Unis ont annoncé vendredi une nouveau aide militaire à l'Ukraine d'un montant de 800 millions de dollars, portant ainsi son assistance à plus de 41 milliards de dollars depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022.
Ces armes dites à sous-munitions dispersent ou libèrent des petites charges explosive conçues pour exploser avant, à, ou après l'impact. Selon le type d'arme utilisé, le nombre de sous-munitions dispersées peut aller de quelques dizaines à plus de 600.
Nombre de pays en ont interdit l'utilisation et la production dans le cadre de la Convention d'Oslo de 2008 dont ni les Etats-Unis ni l'Ukraine ne sont parties prenantes.
M. Sullivan s'est longuement justifié sur cette décision, dénoncée par les ONG, arguant que "l'artillerie est au coeur de ce conflit" et que la Russie recourait à ce type d'armes depuis le début de la guerre.
Il y a un "risque massif encouru par les civils si les troupes et les chars russes déboulent sur les positions ukrainiennes et reprennent plus de territoire parce que l'Ukraine n'a pas assez d'artillerie" pour se défendre, a-t-il dit.
Selon le Pentagone, ces nouvelles armes à double usage sont capables d'être utilisées aussi bien pour pénétrer des blindages que contre des troupes au sol et pourront être "clairement utiles pour tout type d'opérations offensives".
Les Américains entendent fournir des modèles plus récents avec des "taux d'échec" faibles, contrairement aux Russes, a-t-on assuré de même source.
- Embarras européen -
Du côté des Européens, l'annonce de Washington suscite un certain embarras.
A Berlin, le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Hebestreit, s'est dit vendredi "certain que nos amis américains n'ont pas pris à la légère la décision de livrer les munitions en question".
Même son de cloche à Paris où le ministère des Affaires étrangères a rappelé que la France respecterait pour sa part ses engagements pris dans le cadre de la convention d'Oslo. Mais "nous comprenons l'arbitrage auquel les Etats-Unis sont parvenus dans leur souhait d'aider l'Ukraine dans l'exercice de sa légitime défense face à l'agression illégale déclenchée par la Russie", a précisé le Quai d'Orsay.
De son côté, le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, a relevé que la Russie et l'Ukraine utilisent ces armes mais que Moscou s'en sert "dans sa guerre brutale contre l'Ukraine alors que l'Ukraine s'en sert pour se défendre".
Reste qu'au-delà des motivations de chacun, la présence de ces armes risque de poser un danger à long terme en raison notamment des charges non explosées, provoquant la colère des ONG.
L'organisation Human Rights Watch estime que cette décision "va inévitablement provoquer des souffrances à long terme et saper les efforts internationaux pour éradiquer leur utilisation".
L'administration Biden "doit comprendre que toute décision visant à permettre un usage accru de ces armes à sous-munitions dans cette guerre aura une conséquence claire: plus de morts civils", a prévenu pour sa part Amnesty International.
E.Schubert--BTB