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Après le Brexit, déception et colère à Grimsby, ville de pêche en déclin
A Grimsby, bastion de pêche anglais en déclin, 70% des habitants ont voté pour le Brexit. Sept ans après, ceux qui en espéraient des merveilles déchantent, ceux qui le redoutaient ne décolèrent pas.
Il est sept heures du matin, les enchères commencent au marché aux poissons de gros, au coeur des vastes docks de cette ville du nord-est de l'Angleterre. "Voilà du maquereau, 1,5 livre le kilo. Qui le veut pour 1,7 livre? 1,8?", lance le vendeur à la criée.
La pêche représente environ 0,03% de l'économie britannique, mais déchaîne toujours les passions.
En 2019, Boris Johnson en campagne pour se faire élire Premier ministre et "réaliser le Brexit" est venu à Grimsby promettre, sur le marché de gros, que la sortie de l'UE apporterait un "coup de fouet massif" à l'industrie locale de la pêche.
Dans ce hangar éclairé aux néons, beaucoup de marchands ont voté "Leave", pour quitter l'UE.
"Nous devrions contrôler nos mers, et vous" les Européens, "vous devriez en être jetés dehors. Mais il est probable que ça n'arrivera jamais", fulmine Patrick Salmon, propriétaire d'une fumerie artisanale de saumon et haddock.
Sa PME est peu affectée par le Brexit pour l'instant, car il fait venir son poisson d'Ecosse ou d'Islande, et non de l'UE, mais il aimerait exporter en France, en Belgique...
Il sait qu'il devra alors faire face à des formalités beaucoup plus lourdes qu'avant la sortie de l'UE, votée en 2016, mais devenue effective début 2021.
- Disparition de la flotte -
Le directeur du marché aux poissons, Martyn Boyers, a voté "Leave". "On doit être auto-suffisants, avoir la main sur notre sort - mais on ne le fait pas très bien", déplore-t-il.
Il a conscience qu'à Grimsby, qui était au milieu du XXe siècle l'un des principaux ports de pêche du monde, beaucoup espéraient que le Brexit ramènerait les navires.
Espoirs "insensés", selon lui, alors que la flotte a commencé à disparaître dès les années 70, pour de multiples raisons: la "guerre du cabillaud" avec l'Islande, puis les quotas de l'UE qui ont réduit les zones de pêche pour les navires anglais.
S'y est ajoutée la disparition progressive d'une génération de marins, dont les enfants ont choisi un métier plus sédentaire, le réchauffement climatique qui a fait migrer les poissons au nord, et la surpêche. C'est maintenant Peterhead, au nord de l'Ecosse, le principal port de pêche britannique.
Subsistent à Grimsby quelques bateaux spécialisés dans les fruits de mer, un vaste réseau de marchands et des usines de transformation. Plus de 5.000 emplois sur une ville de quelque 86.000 habitants, frappée par un chômage élevé.
Martyn Boyers estime que l'impact du Brexit sur le marché aux poissons a été minime mais admet quelques contrats de préparation du poisson perdus car "les Islandais, pour éviter les complications, ont commencé à aller directement en France, sans plus passer par le Royaume-Uni".
- Amers -
Mais certains marchands qui voulaient rester dans l'UE, comme Nathan Goldley, sont amers.
"Le Brexit a rendu plus difficile d'importer et d'exporter du poisson depuis l'Europe. Avant, il suffisait d'un clic d'ordinateur", explique ce propriétaire d'une PME, Premier Seafood, qui ne se voit pas vendre ou acheter "uniquement du poisson britannique".
Entre les montagnes de formulaires et les livraisons retardées de denrées hautement périssables, Nathan Godley a vu sa rentabilité écornée, et il a dû renoncer à un fournisseur de crevettes en France.
Dans le centre ville un peu peu décrépi, Emily Jennins, serveuse de 20 ans, est attablée dans un salon de thé. Elle se lamente elle aussi de la sortie de l'UE, d'autant que "les gens de mon âge n'ont pas pu voter" à l'époque.
Les politiciens "avaient dit que ce serait bien pour les PME, résultat beaucoup ont fermé", déplore-t-elle.
Les sondages montrent que de plus en plus de Britanniques estiment que le Brexit a été un échec.
Philip Jackson, conseiller municipal conservateur de l'agglomération de Grimsby, fait toutefois valoir des millions en subventions du gouvernement pour revitaliser le centre ville et les docks, et remplacer celles de l'Union européenne.
Il regarde vers l'avenir: "les énergies renouvelables sont maintenant une part importante de notre économie locale", avec les navires de services aux champs d'éoliennes qui remplacent peu à peu les chalutiers.
M.Odermatt--BTB