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La Centrafrique a voté sur un projet de nouvelle Constitution
Les Centrafricains se sont prononcés dimanche par référendum sur un projet de nouvelle Constitution qui devrait permettre au président Faustin Archange Touadéra de briguer un troisième mandat dans un pays dévasté par plusieurs coups d'Etat.
Le chef de l'Etat, qui est âgé de 66 ans, est désormais accusé par ses adversaires de vouloir rester "président à vie" d'un des pays les plus pauvres de la planète, le tout sous la protection des mercenaires de la société de sécurité privée russe Wagner déployés dans le pays depuis 2018.
L'autorité nationale des élections (ANE) a confirmé à l'AFP après 17H00 (16h00GMT) que tous les bureaux de vote ont fermé.
Les résultats provisoires doivent être publiés sous huit jours et la Cour constitutionnelle proclamera les résultats définitifs le 27 août.
- Appels au boycott -
L'affluence était faible dans les bureaux de vote du Lycée Barthélémy Boganda, situé dans le centre-ville de Bangui, la capitale, où le président Faustin Archange Touadéra est venu déposer son bulletin dans la matinée, ont constaté des journalistes de l'AFP.
"Je souhaite que le gouvernement réalise tout ce qui est écrit dans la nouvelle Constitution et que le oui (le) remporte à 99 %", assure Albin Gérard Nzoni-Gba, fonctionnaire.
Le projet de nouvelle Constitution prévoit notamment d'allonger la durée du mandat présidentiel de cinq à sept ans, et supprime la limite de mandat.
Aucune enquête d'opinion crédible ne permet de prédire l'issue du vote, mais la victoire du "oui" fait peu de doute.
"Nous savons que le oui va l’emporter, mais nous mettons l’accent sur la participation", a déclaré à l'AFP Evariste Ngamana, vice-président de l’Assemblée nationale et porte-parole de la majorité présidentielle.
Les principaux partis d’opposition et organisations de la société civile, ainsi que les groupes armés rebelles, ont appelé à boycotter le scrutin.
"Ça ne sert à rien parce que de toute façon les résultats seront truqués, donc le mieux est de rester chez moi", estime Euloge Ngarisso, employé d'une société de téléphonie.
Les électeurs étaient invités à choisir entre un bulletin blanc pour le "oui" et "rouge" pour le non.
Plusieurs d'entre eux ont rapporté à des journalistes de l'AFP avoir été incités à choisir le bulletin du "oui" par des agents électoraux.
"Dès qu'on enregistre l'électeur, on lui dit de prendre le bulletin blanc au lieu de lui donner les deux bulletins, je trouve que ce n'est pas normal", affirme Richard Nganakwa, habitant de Bangui.
De tels incidents ont été rapportés dans plusieurs bureaux de vote.
"J'observe ce vote, et cela me fait mal de voir les chefs de quartiers, les observateurs (…) et les agents électoraux de l'ANE n'indiquer que les bulletins du oui aux électeurs", accuse Joseph Bendounga, opposant célèbre et adversaire farouche du projet de réforme.
- Vote dans le calme -
Le vote s'est déroulé sans incident sécuritaire notable, sur un vaste territoire où les groupes armés mènent des actions de guérilla.
M. Touadéra avait annoncé que la Russie et le Rwanda, deux Etats dont l’influence s’est considérablement accrue depuis quelques années en Centrafrique, allaient "appuyer " la sécurisation du scrutin.
Un organe lié au groupe Wagner a assuré en juillet que plusieurs centaines de ses combattants étaient arrivés sur le territoire pour assurer cette mission.
Selon Human Rights Watch (HRW), des responsables de l'ambassade de Russie en Centrafrique ont rendu visite à l'ancienne présidente de la Cour constitutionnelle pour demander des conseils sur la manière de modifier la Constitution.
En septembre 2022, la Cour constitutionnelle avait infligé un revers juridique au pouvoir en annulant la mise en place d’un Comité chargé de rédiger une nouvelle Constitution.
Le pouvoir avait ensuite mis la présidente de cette cour, Mme Darlan, à la retraite d'office en janvier 2023.
Des responsables gouvernementaux centrafricains ont menacé et harcelé des adversaires du référendum, d'après HRW, et les autorités ont interdit une manifestation de l’opposition dans la capitale.
Des centaines de mercenaires de Wagner ainsi que des soldats rwandais ont été déployés en décembre 2020 pour sauver le régime de Bangui d'une offensive menée par une alliance des plus puissants groupes rebelles, qu'ils ont repoussés dans les zones rurales.
M.Furrer--BTB