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Baiser forcé : le patron du foot espagnol Luis Rubiales s'accroche à son poste
Poussé à la démission depuis qu'il a embrassé de force sur la bouche la joueuse Jenni Hermoso après la victoire de l'Espagne au Mondial, le grand patron du foot espagnol, Luis Rubiales, a refusé de quitter son poste. Un scandale déjà surnommé "le #MeToo du football espagnol".
"Je ne démissionnerai pas! Je ne démissionnerai pas!", a lancé M. Rubiales dans un discours de combat devant l'assemblée générale extraordinaire de la Fédération royale espagnole de football (RFEF) réunie près de Madrid, à laquelle étaient convoquées quelque 140 personnes.
M. Rubiales, qui est en poste depuis 2018, a dénoncé le "faux féminisme" qui "ne cherche pas la vérité" et a fustigé une "tentative d'assassinat social" lors de ce discours d'environ une demi-heure, applaudi à plusieurs reprises.
Sa décision de rester a pris de court tout le monde dans ce qui est déjà considéré comme le "#Me Too du football espagnol", selon les propos vendredi du secrétaire d'Etat espagnol aux Sports, Victor Francos.
Luis Rubiales a répété que le baiser était, selon lui, "réciproque" et "consenti" et qu'il avait obtenu la permission de le faire.
S'en prenant à plusieurs ministres et personnalités de la gauche espagnole qui avaient fustigé son geste dès les premières heures et parlé de "violence sexuelle sans consentement", il a affirmé qu'il allait "se défendre" contre "ces gens qui tentent de (l)'assassiner publiquement".
- "Ca suffit !" -
"Mon Dieu, que vont penser les femmes qui ont vraiment subi des agressions sexuelles ?", a-t-il encore lancé.
En Espagne, embrasser quelqu'un sans son consentement est considéré comme une agression sexuelle et constitue un délit qui tombe sous le coup de la loi.
Père de trois filles, M. Rubiales a en revanche demandé "pardon à la reine" Letizia pour son geste sur le balcon du stade de Sydney, lorsqu'il avait empoigné ses parties génitales, alors qu'il se trouvait à moins de deux mètres d'elle.
"Ce que nous avons vu aujourd'hui à l'Assemblée de la fédération est inacceptable (...). C'en est fini de l'impunité des actes machistes. Rubiales ne peut rester à son poste", a réagi immédiatement Mme Díaz sur X, anciennement Twitter, exigeant des "mesures urgentes" du gouvernement.
Depuis cette annonce fracassante, de nombreuses voix s'élèvent pour condamner l'attitude de M. Rubiales, à l'instar de la footballeuse du FC Barcelone Alexia Putellas, double Ballon d'Or.
"C'est inacceptable. Finissons-en. Je suis avec toi chère Jenni Hermoso", a-t-elle déclaré sur X.
- Mondial 2030 -
D'autres joueuses espagnoles sont sorties du silence, dénonçant un comportement "intolérable" et apportant leur soutien à Hermoso, tandis que le hashtag "#SeAcabo" (C'est terminé) commençait à émerger sur les réseaux.
"Par respect pour le football. Ca suffit ! Il est temps que ça change pour de bon", a écrit sur X la ligue de football professionnelle féminine.
Pour sa part, l'ancien gardien du Real Madrid et de la "Roja" Iker Casillas a parlé de "honte totale" à propos de Rubiales tandis que l'attaquant du Betis Borja Iglesias a annoncé qu'il ne porterait plus le maillot de l'équipe nationale.
Même certains clubs se sont indignés, comme l'Espanyol Barcelone qui a dit attendre "des mesures" de la part de la fédération ou encore le Séville FC qui estime "ne pas se sentir représenté" par le patron du foot espagnol et demande sa démission.
Le Barça, ancien club d'Hermoso, a lancé une condamnation en demi-teinte, déplorant des "faits regrettables" et injustifiables. Le club catalan note cependant que "M. Rubiales lui-même a reconnu une erreur et s'en est excusé".
L'affaire a éclaté alors que l'Espagne est candidate, avec le Portugal et le Maroc, à l'organisation du Mondial masculin de 2030, qui sera attribuée à la fin de l'année prochaine.
- Tribunal administratif-
M. Rubiales avait été filmé pendant la célébration de la victoire de la "Roja" féminine sur l'Angleterre lors de la finale du Mondial, embrassant sur la bouche par surprise Jenni Hermoso.
Il avait présenté lundi des excuses, expliquant qu'il s'agissait d'un geste "sans aucune mauvaise intention".
Mais les condamnations de la classe politique espagnole, dont le Premier ministre Pedro Sánchez, et des milieux du football, dont la célèbre joueuse américaine Megan Rapinoe, n'ont fait que s'amplifier.
L'affaire est finalement remontée jusqu'à la Fifa, qui a lancé jeudi une procédure disciplinaire à l'encontre de M. Rubiales.
Le président de LaLiga, Javier Tebas, a sévèrement attaqué son homologue vendredi: "La liste des femmes et des hommes offensés ces dernières années par Luis Rubiales est trop longue, cela doit cesser".
Le Conseil supérieur des Sports, un organisme gouvernemental, a annoncé qu'il allait porter l'affaire devant le Tribunal administratif des Sports dans les prochains jours.
Si le tribunal concluait que ce baiser est une faute, selon le code du sport professionnel, le Conseil supérieur des sports, un organisme d'Etat, pourrait alors suspendre M. Rubiales de ses fonctions, ce qu'il n'est pas habilité à faire sans cela.
K.Brown--BTB