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RDC: le Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la paix, candidat à la présidentielle
Le docteur Denis Mukwege, prix Nobel de la paix en 2018 pour son action en faveur des femmes violées, a annoncé lundi à Kinshasa sa candidature à la présidentielle du 20 décembre prochain en République démocratique du Congo.
"L'homme qui répare les femmes", surnom hérité d'un documentaire qui lui a été consacré, rejoint une liste déjà longue de candidats qui comptent affronter le chef de l'Etat sortant, Félix Tshisekedi, au pouvoir depuis janvier 2019 et candidat à sa réélection.
"J'accepte d'être votre candidat à la présidence de la République", a lancé le célèbre gynécologue de 68 ans, devant des centaines de personnes enthousiastes rassemblées dans une salle de conférence de Kinshasa.
"Notre pays va très mal", a-t-il dit dans son discours, avec des mots très durs pour décrire "la crise" en RDC, sur les plans sécuritaire, politique ou des droits de l'Homme, avec de récentes arrestations d'opposants et journalistes.
Depuis des années, en RDC comme lors de ses déplacements à l'étranger, Denis Mukwege déplore l'impunité, réclame un tribunal international et plaide pour une "justice transitionnelle" pour panser les plaies des populations de l'est de la RDC, meurtries depuis près de 30 ans par les violences de groupes armés et rébellions.
"Nous ne pouvons pas attendre pour agir (...), demain ce sera tard, c'est aujourd'hui, c'est pourquoi je suis prêt et que j'y vais maintenant", a-t-il martelé lundi, en se décrivant comme "un citoyen révolté".
"Le Dr Mukwege représente la crème de notre société", se réjouissait dans la foule François Risasi, militant de 56 ans. Selon lui, "il représente aussi la majorité silencieuse qui travaille mais qui ne voit pas de résultats, à cause d'un conglomérat d'aventuriers qui se partagent les richesses du pays".
L'annonce du docteur intervient après des mois de conjectures sur ses intentions.
Depuis l'année dernière, ses soutiens, dont beaucoup d'intellectuels congolais, le poussaient à se lancer dans la bataille politique, un terrain sur lequel il ne s'était pas encore aventuré, même si sa voix est depuis longtemps très critique à l'égard du pouvoir.
Le 16 septembre, depuis sa ville de Bukavu, dans l'est de la RDC, il avait annoncé avoir reçu de ses partisans les 100.000 dollars de caution requis par la commission électorale pour tout dépôt de candidature à la présidentielle.
"Quand le peuple décide de prendre le pouvoir, aucun système ne peut s'y opposer", leur avait-il alors dit, sans dévoiler ses intentions.
Sur le terrain, deux structures appuient sa candidature: un "Appel patriotique", issu de la société civile, et une plateforme politique, l'ACRN (Alliance des Congolais pour la refondation de la nation).
- Ordre dispersé -
Parmi les autres opposants en lice pour la présidentielle figure Martin Fayulu, candidat malheureux à l'élection de décembre 2018, qui a confirmé samedi sa candidature. Également sur les rangs, l'ancien gouverneur du Katanga (Sud-Est) et riche homme d'affaires Moïse Katumbi.
En fin de semaine dernière, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) disait en avoir reçu six, dont celles des anciens Premiers ministres de l'ex-président Joseph Kabila Augustin Matata (2012-2016) et Adolphe Muzito (2008-2012).
La présidentielle sera couplée avec les élections législatives, provinciales et locales. C'est un scrutin à un seul tour, pour lequel, sauf alliances et ralliements d'ici là, l'opposition se prépare donc en ordre dispersé. Malgré son aura, rien ne dit que le Dr Mukwege, sans base bien ancrée dans les provinces ni expérience politique, sera en mesure de la rassembler.
Sa candidature "est un choix du peuple, nous sommes sûrs que c'est le début de la fin des souffrances que nous endurons depuis des années", voulait croire Nabintu Aristide, 57 ans, mère de cinq enfants, interrogée par l'AFP à Bukavu, où le discours de Denis Mukwege a été retransmis en direct.
C'est là que depuis 1999, dans sa clinique du quartier périphérique de Panzi, le docteur et son équipe prennent en charge des femmes victimes de viols utilisés comme arme de guerre dans l'est de la RDC.
Cette "guerre sur le corps des femmes" continue encore aujourd'hui et s'étend de plus en plus souvent aux enfants, voire aux nourrissons, constatait-t-il récemment.
C.Kovalenko--BTB