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Kevin McCarthy, l'ambitieux républicain déchu du perchoir
Kevin McCarthy, parvenu au sommet de la politique américaine à l'aide d'une ambition habile et d'un pragmatisme à toute épreuve, est tombé mardi de son perchoir de chef de la Chambre des représentants, victime de son aile droite.
Dans les minutes suivant sa destitution, débâcle politique inédite dans l'histoire des Etats-Unis, cet homme de 58 ans s'est pourtant affiché souriant, comme pour conjurer le sort.
"Speaker" de la Chambre des représentants depuis janvier, Kevin McCarthy était en réalité assis sur un siège éjectable -- un péril devenu réalité en une poignée de jours.
La semaine passée, le même groupe d'élu trumpistes qui jouent les trouble-fêtes depuis le début de son mandat a refusé de voter le budget. M. McCarthy s'allie alors avec les démocrates pour éviter, samedi, une paralysie de l'Etat fédéral.
Un seul élu, Matt Gaetz, appuie alors sur le bouton, appelant lundi à un vote sur sa destitution. Il a suffi qu'une petite dizaine d'élus républicains votent mardi contre lui pour le destituer de l'acmé de sa carrière politique.
- Calvaire -
Parti d'un stand de sandwich dans les grandes plaines de sa Californie natale, l'homme au teint hâlé et à la mèche grise impeccable a gravi petit à petit les échelons de la politique américaine, préférant les opportunités à la constance idéologique.
En novembre 2022, les républicains récupèrent la majorité à la Chambre, mais elle ne tient qu'à un fil: une poignée d'élus de la droite dure, fidèles à Donald Trump, disposent d'un veto de fait.
En janvier, son chemin vers le perchoir est un calvaire: ces derniers font monter les enchères pendant quatre jours pour obtenir leur soutien. Il l'obtiendra finalement après 15 tours de scrutin et une terrible concession: tout élu pourra désormais, seul, convoquer un vote pour le destituer.
- Salons dorés -
Ce n'était pas la première fois que cet homme pragmatique avalait des couleuvres.
Parti d'un positionnement républicain classique, axé sur la défense du marché et la réussite individuelle, Kevin McCarthy a pleinement endossé le glissement à droite de sa formation politique sur l'immigration, la criminalité ou contre les droits des personnes transgenres.
Face aux allégations de fraude électorale martelées sans preuve par Donald Trump et à l'assaut du Capitole, il a opéré un pas de deux plus ambigu.
Partisan du milliardaire républicain, Kevin McCarthy avait initialement soutenu sa croisade contre le résultat des élections de 2020.
Secoué par l'attaque contre le siège du Congrès le 6 janvier 2021, il avait ensuite déclaré que Donald Trump "portait une responsabilité" dans ces violences. Mais une semaine plus tard, il se faisait photographier tout sourire à ses côtés dans les salons dorés de Mar-a-Lago, la résidence de Floride du magnat de l'immobilier.
- Sandwichs -
Né en 1965 à Bakersfield, un bastion républicain au coeur de l'Etat démocrate de Californie, Kevin McCarthy est le fils d'un pompier et d'une femme au foyer démocrates.
Sur son site internet, il met en avant ses origines populaires et promet de "défendre le rêve américain pour ceux qui travaillent dur". Il raconte aussi comment il a ouvert à 21 ans un petit commerce de sandwichs et découvert les tracas de la bureaucratie.
Il a cependant vite repris des études universitaires et est devenu assistant parlementaire, puis élu local, jusqu'à faire son entrée à la Chambre des représentants en 2006.
Homme de réseaux, il est passé maître dans l'art des levées de fonds et des poignées de mains. Il prend la tête du groupe républicain en 2014 avant son ascension au poste de "Speaker" en 2023.
Un leadership qu'il quitte mardi en faisant savoir qu'il ne se représenterait pas pour diriger ses pairs à Washington.
J.Horn--BTB