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Ukraine: fuir pour ne pas revivre l'occupation russe
Chargé de deux gros sacs, Serguiï quitte sa maison en briques grises et ferme la porte tandis que son chien aboie. Puis il monte dans une voiture pour être évacué.
Son village, Bogouslavka, dans l'Est de l'Ukraine, paraît paisible avec ses oies sur les étangs et ses vaches au pâturage. Mais Serguiï a finalement décidé d'en partir après des lourdes frappes russes sur la localité.
La région est devenue trop dangereuse alors que les soldats de Moscou tentent de reprendre la ville toute proche de Koupiansk, qu'ils avaient déjà occupée.
Les Russes ont obtenu quelques avancées au prix d'âpres combats, mais l'armée ukrainienne affirme contrôler la situation.
La prise de Koupiansk serait un coup d'éclat pour Moscou et une impression de déjà-vu pour les habitants, après avoir vécu sous occupation russe pendant plus de la moitié de 2022.
Face aux attaques de bombes aériennes guidées, les autorités ont ordonné l'évacuation de certaines parties de la ville et de villages voisins.
La Croix-Rouge conduit les habitants vers la grande ville de Kharkiv, plus proche et plus sûre.
Serguiï a longtemps refusé de partir. Il s'inquiète désormais pour ses animaux et ses volailles, qu'en principe un voisin viendra nourrir.
- "Tellement peur" -
A Kharkiv, il va rejoindre sa femme et verra aussi son petit-fils de 18 ans, qui vient d'entrer à l'université.
Il a les larmes aux yeux en évoquant son foyer. "J'ai tellement envie de rentrer chez moi", dit-il, avant de lâcher : "Je ne veux plus vivre !"
À Koupiansk, deux habitantes attendent Serguiï dans un minibus de la Croix-Rouge.
Tatiana, 72 ans, une bavarde aux cheveux blond platine et au rouge à lèvres rose vif, dit ne plus supporter le bruit de l'artillerie.
"J'ai tellement peur. Je tremble de partout", explique-t-elle, en souhaitant que les Russes "tombent raides morts".
Lyoudmila, 60 ans, affiche un grand sourire. Elle se rend chez une amie dans les environs de Kiev. Elle a déjà fui Koupiansk avant de revenir.
Aujourd'hui, c'est "plutôt effrayant", dit-elle, s'estimant chanceuse que la plupart des fenêtres de son appartement soient intactes.
"Je dis toujours que les gens devraient partir", déclare Klim -- un indicatif militaire --, commandant de l'unité d'intervention rapide de la Croix-Rouge ukrainienne pour la région de Kharkiv, qui dirige l'évacuation.
Les roquettes russes Grad "ne font pas de différence" entre civils et militaires, souligne-t-il.
Lui et un de ses collègues enfilent des gilets pare-balles pour se rendre à Koupiansk.
Dans le centre-ville, des magasins sont éventrés et des immeubles ont les fenêtres explosées.
Sur la porte ouverte d'un magasin, une note manuscrite prévient : "C'est vide: tout a déjà été volé".
Le silence est brisé par les bruits sourds et réguliers de l'artillerie provenant de l'autre côté de la rivière Oskil qui traverse la ville, où sont positionnés les Russes.
- "Soumis au fouet" -
Plus tôt dans la journée, le pont sur la rivière a été touché et les soldats ont érigé une barrière pour arrêter les véhicules.
Depuis les hauteurs de Koupiansk, on peut voir de la fumée s'élever sur la rive opposée.
"La ville est vide, une ville fantôme", dit Marina, 54 ans, accoudée au comptoir de l'épicerie de sa fille.
Elle dit avoir "la chair de poule" au sujet de l'occupation russe et ne pas vouloir la revivre.
"Ici, nous nous sentons libres, alors que (sous l'occupation), nous marchions comme si nous étions soumis à une sorte de fouet", raconte-t-elle.
Les soldats ukrainiens font partie des quelques clients des magasins et du petit marché, où les commerçants plient bagage bien avant le couvre-feu de 18 heures.
Assise là en pull et leggings, Lidia, médecin à la retraite, sourit en se souvenant de l'occupation. Avec une parole rare, elle exprime ouvertement son soutien à la Russie.
"Lorsque les Russes étaient ici, la vie était merveilleuse (...) Il n'y avait pas de pillages et l'ordre régnait", affirme-t-elle.
Discutant avec des amis à l'extérieur d'un magasin, Volodymyr, 55 ans, explique qu'il ne peut pas partir car il est chargé du réseau d'eau de la ville.
Il répare notamment les trous des canalisations dus aux bombardements.
"Ceux qui restent (à Koupiansk) sont les plus inébranlables (...) Ceux qu'ils (les Russes) ne peuvent pas vaincre", dit-il.
M.Odermatt--BTB