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Dans l'Oklahoma, mobiliser les électeurs amérindiens en vue de 2024 reste un défi
Près des tipis décoratifs, la présidentielle de 2024 dans le viseur, Codie Horse-Topetchy jubile. Elle a inscrit 50 personnes sur les listes électorales au deuxième jour de la foire de la nation Comanche à Lawton, dans l'Oklahoma. Un franc succès.
"Il y avait la queue ce matin", raconte à l'AFP l'étudiante, elle-même Comanche et Kiowa, coordinatrice de l'association Rock the Native Vote qui incite les membres de la communauté amérindienne à aller aux urnes.
Aidée de sa tante Carole, Codie a tenu toute la journée, sous un soleil de plomb, le stand rouge et bleu où sont disposés éventails, masques, pin's, friandises et même bouteilles d'eau au logo de l'organisation.
"A certains événements, plus petits, nous inscrivons parfois deux ou trois personnes seulement", pointe la jeune femme de 20 ans aux longs cheveux noirs.
Dans cette région verdoyante des Grandes plaines, les petites villes comme Lawton, aux maisons en briques et fermes au toit blanc, sont reliées entre elles par des axes routiers rectilignes, où circulent camions et pick-up.
Après l'Alaska, l'Oklahoma est l'Etat américain où vivent le plus de personnes amérindiennes en âge de voter, soit 12% de la population, d'après les statistiques du recensement national.
Si Rock The Native Vote a constaté une augmentation du nombre d'Amérindiens s'inscrivant sur les listes électorales depuis la présidentielle de 2020, la participation générale aux élections reste faible.
"Nous avons encore beaucoup de membres de la communauté amérindienne qui ne sont pas inscrits", déplore Roxanna Foster, 71 ans, directrice de l'association. Son tee-shirt bleu proclame "la démocratie est autochtone".
La participation électorale de la population d'origine amérindienne aux Etats-Unis pour l'élection présidentielle de 2020 a ainsi été près de 18% plus faible que la moyenne nationale, d'après un rapport de la Maison Blanche publié en mars 2022.
Robert Bearden, 26 ans, croisé entre les stands de grillades et d'artisanat amérindien à la foire de Lawton, est inscrit sur les listes électorales mais n'a jamais voté. Un choix délibéré.
"Je ne vois pas vraiment l'intérêt de voter. Cela n'a aucun impact sur ma vie", assure ce pompier navajo qui a grandi près d'une réserve au Nouveau-Mexique.
Pour Bernadette Richardson, enseignante comanche retraitée: "La plupart des gens sont juste indifférents". Elle observe les danses traditionnelles assise sur un banc en bois aux côtés de sa fille de 31 ans, qui ne vote pas.
"Une partie de notre travail consiste à expliquer (aux gens) à quel point leur voix compte", relate Roxanna Foster.
- Obstacles variés -
Au-delà d'une certaine désaffection, "l'un des plus gros obstacles est la distance physique par rapport à un bureau de vote", observe Gabriel Sanchez, expert en gouvernance à la Brookings Institution à Washington.
"Pour les membres de nations amérindiennes qui vivent dans des réserves ou des zones rurales, il peut n'y avoir qu'une seule urne à des kilomètres à la ronde", poursuit-il.
"On demande à une personne d'investir davantage de temps et d'énergie pour s'inscrire sur les listes électorales puis pour aller voter que la plupart des Américains".
Megan Holt, de la nation Choctaw du Mississippi, qui vit à Lawton, siège du gouvernement tribal comanche, explique avoir fait trois heures de queue pour voter en 2020.
En raison du temps d'attente, "j'ai vu tant de gens dire +bon d'accord+ et partir", affirme cette laborantine de 30 ans, à la jupe ornée de rubans.
Selon Megan, qui compte voter démocrate en 2024, une autre barrière au vote amérindien est la loi qui exige une adresse postale pour s'inscrire sur les listes électorales.
"Nous sommes beaucoup à avoir une boîte aux lettres mais pas d'adresse attachée à notre maison, et cela empêche beaucoup d'entre nous de voter", signale Mme Holt.
Pourtant, les électeurs amérindiens peuvent se révéler déterminants.
La victoire surprise de Joe Biden dans l'Etat clé de l'Arizona en 2020 a ainsi été attribuée à la mobilisation de l'électorat amérindien, d'après l'institut de sondage Latino Decisions.
"Nous avons 39 nations (amérindiennes) en Oklahoma, ce qui est plus qu'en Arizona. Donc je pense que nous pouvons faire la même chose ici, si nous nous y mettons vraiment", assène avec confiance Codie Horse-Topetchy.
Pour elle, la participation électorale des populations amérindiennes est d'autant plus importante que l'obtention de leurs droits civiques a été un combat de longue haleine.
"Mes ancêtres n'avaient pas le droit de vote alors qu'ils étaient les premiers à vivre sur ce territoire. Donc c'est important que nous l'exercions", souligne l'étudiante en sciences politiques.
Les membres des nations amérindiennes n'ont été reconnus comme citoyens des Etats-Unis qu'en 1924, et n'ont obtenu le droit de vote effectif dans tous les Etats qu'à la fin des années 1950.
Y.Bouchard--BTB