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A Gaza-ville, maintenant qu'il "n'y a plus rien", tous veulent partir à tout prix
Tirs en rafale, explosions et ronflement incessant des drones: dans la ville de Gaza, les combats entre l'armée israélienne et le Hamas palestinien ne cessent de gagner en intensité alors que grossissent les colonnes de familles fuyant vers le sud, poussées par la faim et la peur.
Ici, tout n'est plus que ruines. Dans l'obscurité de la nuit qui tombe dès la fin d'après-midi, une tâche de lumière se distingue: l'immense complexe de l'hôpital al-Shifa, le plus grand de la bande de Gaza, petite langue de terre de 365 kilomètres carrés où s'entassent 2,4 millions d'habitants assiégés, coincés entre Israël, l'Egypte et la Méditerranée.
"La situation est très dure dans la ville de Gaza. Il y a des bombardements partout, il y a beaucoup de combats et d'incursions israéliennes", dit à l'AFP le journaliste Waël al-Dahdouh, visage de la chaîne qatarie Al-Jazeera à Gaza.
Lui vient tout juste de sortir de la ville, que des centaines de milliers d'habitants ont déjà quittée, pliant aux ordres de l'armée israélienne qui déploie désormais ses chars dans le nord de la bande de Gaza et, dit-elle, jusqu'au "coeur de la ville de Gaza". Et aux portes de ses hôpitaux, rapportent soignants et organisations internationales.
- "Tragédie" -
Auparavant, dans la ville qui comptait 600.000 habitants avant la guerre déclenchée le 7 octobre par une attaque sanglante du Hamas, toutes les rues bruissaient en permanence.
La corniche accueillait familles en goguette et joggeurs souhaitant garder la forme. Les restaurants et les cafés fleurissaient et les écoles de l'ONU assuraient chaque jour deux ou trois roulements pour accueillir tous les enfants, provoquant à la sortie de chaque classe des embouteillages sur les avenues où voitures et carrioles tirées par des chevaux se bousculaient.
Aujourd'hui, après cinq semaines de combats d'une violence inédite dans le territoire --pourtant secoué par quatre guerres entre 2008 et 2021--, près de la moitié des maisons ont été endommagées et détruites selon les Nations unies, et les morts se comptent par milliers, parfois fauchés dans des écoles de l'ONU ou des hôpitaux où ils pensaient être en sécurité.
Le ministère de la Santé du gouvernement du Hamas recense depuis le 7 octobre plus de 11.000 morts, pour plus des deux tiers des femmes et des enfants, et plus de 27.000 blessés.
Alors aujourd'hui, ils sont de nouveau des milliers à prendre à pied la route du sud.
Jawad Harrouda a fini par accepter de quitter Chati, l'immense camp de réfugiés sur la côte nord, quand les bombardements s'y sont rapprochés jeudi soir. Une "tragédie", dit-il. "Vu l'intensité des bombardements et des tirs, je n'avais aucun espoir de m'en sortir vivant avec mes enfants", raconte-t-il à l'AFP.
Mounir al-Raï, vient lui aussi de Chati, où ses parents ont trouvé refuge après la "Nakba", la "catastrophe" qu'a constitué pour les Palestiniens la création d'Israël en 1948, poussant plus de 760.000 d'entre eux à l'exil ou au déplacement, selon l'ONU.
- "Plus rien du tout" -
A Chati, dit-il à l'AFP, l'armée israélienne frappe "de façon indiscriminée".
"Des maisons s'écroulent sur leurs habitants, les femmes et les enfants ne sont pas épargnés et il ne reste d'eux que des lambeaux humains", raconte-t-il, un enfant en bas âge sur les épaules.
Israël, qui compte environ 1.200 morts depuis le début de la guerre, selon un nouveau bilan des autorités, s'est engagé dans une guérilla urbaine pour "liquider" le Hamas qu'il accuse de se cacher dans des tunnels sous des maisons de civils et jusque dans les hôpitaux.
Mais au-delà des balles qui sifflent et des raids aériens qui n'en finissent jamais, ce sont les pénuries qui ont poussé de nombreuses personnes à partir.
"Il n'y a plus rien du tout" à Gaza, raconte Mohammed al-Talbani, son bébé dans les bras et un sac avec toutes ses affaires dans le dos. "Plus d'eau et de nourriture. Dans les magasins, on ne trouve plus ni couches ni lait pour les enfants", affirme-t-il, avant de poursuivre son chemin, au milieu de cohortes de familles exténuées.
Jeudi, le bureau des affaires humanitaires de l'ONU annonçait que plus aucune boulangerie ne fonctionnait dans le nord de la bande de Gaza. La plus grande d'entre elles dans la ville de Gaza s'était arrêtée mardi quand un bombardement israélien avait emporté les panneaux solaires qui l'alimentaient en électricité.
Des habitants affamés s'étaient alors rués sur ses stocks de farine, car, rapporte l'ONU, des Gazaouis survivent aujourd'hui en ne mangeant que des oignons crus.
Y.Bouchard--BTB