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Au coeur des combats, les hôpitaux du nord de Gaza "hors service" selon le Hamas
Les hôpitaux du nord de Gaza, pris au piège des combats entre l'armée israélienne et le Hamas, sont désormais "hors service", a annoncé lundi le mouvement islamiste palestinien, affirmant que des bébés et des malades étaient déjà morts à cause du manque d'électricité.
Plusieurs centaines de malades se trouvent toujours dans l'hôpital al-Chifa, le plus grand de la bande de Gaza, qui abrite aussi des milliers de civils venus y chercher refuge. La situation y est "grave et dangereuse" après "trois jours sans électricité, sans eau", selon le patron de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Israël affirme que le mouvement islamiste, au pouvoir dans la bande de Gaza, a installé ses infrastructures dans un réseau de tunnels sous l'hôpital, transformé en zone de guerre tandis que les médecins et les organisations humanitaires ne cessent de sonner l'alarme sur le sort des civils et des malades.
Le vice-ministre de la Santé du gouvernement du Hamas, Youssef Abou Rich, a déclaré lundi à l'AFP que "six bébés prématurés" et "neuf patients en soins intensifs" étaient morts en raison du manque d'électricité à l'hôpital al-Chifa, un immense complexe situé au coeur de la ville de Gaza.
"Les chars (israéliens) assiègent complètement" cet hôpital où se trouvent "650 patients, une quarantaine d'enfants en couveuse, tous menacés de mort", avait-il affirmé la veille.
Le vice-ministre a ajouté lundi que "tous les hôpitaux" du nord de la bande de Gaza étaient désormais "hors service". Pris dans les combats, les hôpitaux manquent aussi du carburant nécessaire au fonctionnement des générateurs, dans le territoire assiégé par Israël et privé notamment d'électricité.
Le Bureau de coordination humanitaire de l'ONU (Ocha) avait indiqué que 20 des 36 hôpitaux de la bande de Gaza ne fonctionnaient plus ces derniers jours.
- "Intenses combats" -
Israël frappe sans répit la bande de Gaza depuis l'attaque meurtrière menée sur son sol par le Hamas le 7 octobre, et mène en parallèle depuis le 27 octobre une opération terrestre dans le but "d'anéantir" le Hamas.
Du côté israélien, au moins 1.200 personnes ont été tuées depuis le début de la guerre, selon les autorités, en grande majorité des civils tués le jour de l'attaque, d'une ampleur et d'une violence jamais vues depuis la création d'Israël en 1948.
L'armée israélienne qui a annoncé lundi un nouveau bilan de 44 soldats israéliens tués à Gaza depuis le début de la guerre, estime que quelque 240 personnes ont été emmenées en otages dans la bande de Gaza au cours de l'attaque du 7 octobre.
Dimanche, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a évoqué sur la chaîne américaine NBC l'éventualité d'un accord pour libérer certains des otages, une condition selon lui à tout cessez-le-feu.
Dans la bande de Gaza, les bombardements israéliens incessants ont tué depuis le 7 octobre 11.180 personnes, majoritairement des civils, parmi lesquels 4.609 enfants, selon le ministère de la santé du Hamas.
Les combats se concentrent au cœur de la ville de Gaza, dans le nord du territoire, notamment autour de plusieurs hôpitaux soupçonnés par l'armée israélienne d'abriter des infrastructures stratégiques du Hamas, qui se sert selon elle de la population comme de "boucliers humains".
Israël a annoncé qu'un "couloir" d'évacuation resterait en place lundi pour permettre aux civils de quitter l'hôpital, tout en admettant que ce secteur était en proie à "d'intenses combats".
Selon les chiffres du Hamas et de l'Ocha, environ 15.000 personnes s'entassent sur ce site.
Lundi, l'armée israélienne a annoncé que ses soldats "continuaient à mener des raids, visant des infrastructures terroristes installées dans des bâtiments gouvernementaux, au coeur de la population civile, y compris dans des écoles, des universités, des mosquées".
Les soldats sont entrés dans la mosquée Abu Bakr où ils ont trouvé "un grand nombre d'explosifs" ainsi que des armes, de l'équipement militaire et des plans opérationnels du Hamas, a ajouté l'armée.
Une autre opération terrestre a été menée "dans la résidence d'un haut responsable du Jihad islamique", un mouvement palestinien allié du Hamas, "où une grande quantité d'armes a été trouvée dans une chambre d'enfants", selon l'armée.
- "Scènes de mort" -
L'Union européenne a appelé dimanche Israël à une "retenue maximale" pour protéger les civils, condamnant "l'utilisation par le Hamas d'hôpitaux et de civils comme boucliers humains".
Lundi, les drapeaux étaient en berne sur les bâtiments des Nations Unies à travers le monde, où une minute de silence a été observée en mémoire du personnel de l'ONU tué depuis le début de la guerre.
Outre al-Chifa, la situation reste compliquée dans d'autres hôpitaux, selon Mohammed Zaqout, le directeur des hôpitaux de Gaza. Des malades "sont dans les rues sans soins", a-t-il dit, après les "évacuations forcées" de deux hôpitaux pédiatriques, al-Nasr et al-Rantissi.
Un autre hôpital de la ville de Gaza, al-Quds, a cessé de fonctionner dimanche en raison du manque de carburant et d'électricité, selon le Croissant-Rouge palestinien.
"L'armée israélienne nous a ordonné de sortir de l'hôpital al-Quds ce matin", a raconté dimanche à l'AFP Islam Chamallah, après avoir fait une douzaine de kilomètres à pied avec sa fille dans les bras, son mari et leurs trois autres enfants qui avancent avec peine.
Le territoire palestinien, où environ 1,6 des 2,4 millions d'habitants ont été déplacés par la guerre selon l'ONU, est soumis à un siège total imposé par Israël depuis le 9 octobre, qui prive la population d'eau, d'électricité, de nourriture et de médicaments.
La bande de Gaza était déjà soumise à un blocus israélien terrestre, aérien et maritime depuis que le Hamas, classé organisation terroriste par les Etats-Unis, l'Union européenne et Israël, y a pris le pouvoir en 2007.
Près de 200.000 Palestiniens ont fui en trois jours le nord du territoire via des "couloirs" ouverts quotidiennement, pour se réfugier dans le sud, a affirmé samedi soir l'armée israélienne.
Dans le sud de la bande de Gaza, près de la frontière avec l'Egypte, des centaines de milliers de déplacés s'entassent dans des conditions humanitaires désastreuses, alors que l'aide internationale arrive lentement.
F.Pavlenko--BTB