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Gaza: l'armée israélienne dans l'hôpital al-Chifa, "très vive préoccupation" pour les civils
L'armée israélienne mène mercredi dans le plus grand hôpital de Gaza une opération contre ce qu'elle présente comme une base du Hamas palestinien, qui suscite de vives inquiétudes à l'international sur le sort de milliers des patients et des civils pris au piège.
L'hôpital al-Chifa, un immense complexe depuis plusieurs jours au coeur des combats, représente un objectif majeur pour Israël, qui a juré "d'anéantir" le Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, depuis l'attaque sanglante lancée par le mouvement islamiste sur son sol le 7 octobre.
Tôt mercredi, des dizaines de soldats israéliens, certains encagoulés et tirant en l'air, ont fait irruption dans cet hôpital de l'ouest de la ville de Gaza, selon un journaliste collaborant avec l'AFP sur place.
"Tous les hommes de 16 ans et plus, levez les mains en l'air et sortez des bâtiments vers la cour intérieure pour vous rendre", ont-ils crié en arabe.
L'armée israélienne a pris d'assaut l'hôpital, qu'elle accuse le Hamas d'utiliser comme une base militaire et stratégique, une affirmation soutenue par son allié américain. Le mouvement palestinien dément.
- "Missions sacrées" -
De son côté, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a averti qu'il n'y aurait "aucun endroit à Gaza" qu'Israël "n'atteindra pas, aucune cachette, aucun refuge".
"Nous atteindrons et éliminerons le Hamas et nous ramènerons les otages", deux "missions sacrées", a-t-il dit.
A la mi-journée, un haut responsable israélien de la Défense a assuré qu'une zone spécifique de l'hôpital al-Chifa était concernée par cette "opération précise et ciblée". Les troupes progressaient "lentement", sur la base de renseignements et étaient en "lien direct avec les autorités médicales de l'hôpital".
Sous couvert d'anonymat, il a assuré qu'il n'y avait pas eu d'échange de tirs à l'intérieur du complexe hospitalier, ni d'opérations dans les bâtiments où l'armée savait que se trouvaient les patients et les équipes médicales.
Les hôpitaux du nord de la bande de Gaza, transformés en camps pour des milliers de Palestiniens fuyant les combats, ne fonctionnent plus pour la plupart, privés d'électricité et faute de carburant pour alimenter les générateurs.
Malgré une première livraison d'essence mercredi via l'Egypte, l'ONU a averti que ses opérations d'aide à Gaza étaient "au bord de l'effondrement" et le chef des Affaires humanitaires des Nations unies a exhorté mercredi que cesse "le carnage à Gaza".
Au milieu des décombres de sa maison frappée mardi soir à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, Alia Abu Jazar, lance un cri de désespoir:
"J'ai 18 ans, je suis une lycéenne avec des rêves. Je rêvais de devenir avocate, mais ils ont détruit toute notre maison. Mes livres et tout mon rêve ont été détruits. Pourquoi, Dieu ? Pourquoi ?"
La guerre a été déclenchée le 7 octobre par une attaque du Hamas sur le sol israélien, d'une ampleur et d'une violence jamais vues depuis la création d'Israël en 1948.
Environ 1.200 personnes ont été tuées dans cette attaque, en grande majorité des civils le 7 octobre, selon les autorités israéliennes.
En représailles, Israël pilonne sans relâche le petit territoire palestinien assiégé et a lancé une opération terrestre le 27 octobre contre le Hamas.
Dans la bande de Gaza, les bombardements israéliens ont tué 11.320 personnes, majoritairement des civils, parmi lesquels 4.650 enfants, selon le ministère de la Santé du Hamas.
- "Guerre contre l'existence des Palestiniens" -
A al-Chifa, des soldats ont mené des interrogatoires, de patients et de médecins notamment, fouillant aussi des femmes et des enfants en pleurs, d'après le journaliste sur place. Des chars israéliens encerclent le complexe, d'autres sont à l'intérieur du site, postés devant différents services dont celui des urgences.
Dans les couloirs, les soldats tiraient en l'air en allant de pièce en pièce, recherchant visiblement des combattants du Hamas.
Israël a précisé avoir envoyé "des équipes médicales parlant arabe et entraînées", afin "qu'aucun tort ne soit causé aux civils utilisés par le Hamas comme boucliers humains".
L'armée a diffusé des images montrant des soldats débarquant d'un blindé ce qu'elle présente comme de l'aide médicale pour la livrer à l'intérieur de l'hôpital.
L'ONU et la communauté internationale doivent intervenir "immédiatement" pour mettre fin à cette opération, a lancé le vice-ministre de la Santé du gouvernement du Hamas, Youssef Abou Rich, présent dans al-Chifa.
La guerre à Gaza est "une guerre contre l'existence des Palestiniens", a tonné le président palestinien Mahmoud Abbas.
Environ 2.300 personnes selon l'ONU, dont des patients, des soignants et des déplacés de guerre sont massés à l'intérieur d'al-Chifa. Les médecins et des ONG internationales affirment que ces civils ne peuvent pas sortir, piégés par les combats qui font rage aux alentours.
Le directeur d'al-Chifa, le docteur Mohammed Abou Salmiya, avait raconté mardi à l'AFP que "des corps jonchaient les allées du complexe hospitalier".
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a rappelé que "les patients, le personnel médical et les civils doivent être protégés à tout moment".
- "Feu vert" à Israël -
La Maison Blanche a elle aussi assuré mardi que le Hamas et le Jihad islamique, tous deux classés "terroristes" par les Etats-Unis, l'Union européenne et Israël, avaient "un centre de commandement et de contrôle depuis l'hôpital al-Chifa", sur la base de leurs propres renseignements.
Le Hamas a rejeté ces accusations, les qualifiant de "feu vert" à Israël "pour commettre de nouveaux massacres".
La pression s'accentue sur le gouvernement israélien pour qu'il obtienne la libération des otages emmenés par le Hamas le 7 octobre.
Le Forum des familles d'otages et disparus a réclamé que le gouvernement approuve un accord "pour ramener à la maison tous les otages de Gaza", pendant qu'une centaine de proches d'otages entamaient mardi une marche depuis Tel-Aviv vers le bureau du Premier ministre à Jérusalem.
- Coupure des communications -
Dans le centre de la bande de Gaza, une nouvelle frappe a visé mercredi un bâtiment à Deir al-Balah.
"Nous avons entendu une forte explosion, nous nous sommes précipités et nous n'avons trouvé que des restes de femmes et d'enfants", a raconté à l'AFP un habitant de la ville, Awni al-Douggi.
Dans le territoire, soumis depuis le 9 octobre par Israël à un siège total, la population est privée de livraisons d'eau, d'électricité, de nourriture et de médicaments.
L'aide internationale y arrive au compte-gouttes depuis l'Egypte. Mercredi, un peu plus de 23.000 litres de carburant sont entrés depuis l'Egypte, pour la première fois depuis le début de la guerre.
A la demande d'Israël, ce carburant servira "seulement pour le transport de l'aide" et non "pour faire fonctionner l'approvisionnement en eau ou les hôpitaux", selon l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa).
Ce carburant n'est "pas du tout suffisant", précise l'Unrwa, estimant qu'il en faudrait 160.000 litres par jour pour ses opérations humanitaires de base.
Par ailleurs, la compagnie palestinienne des télécommunications Paltel a annoncé "une suspension de tous les services de télécommunications sous quelques heures", faute de carburant.
Depuis le 5 novembre, environ 200.000 Palestiniens, selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha), ont fui le nord de la bande de Gaza, transformé en champ de ruines, après l'ouverture par Israël de "couloirs" d'évacuation.
D'après l'Ocha, 1,65 des 2,4 millions d'habitants du territoire ont été déplacés par la guerre. Une grande partie d'entre eux se sont réfugiés dans le sud, près de la frontière égyptienne, mais plusieurs centaines de milliers d'autres sont restés au milieu des combats dans le nord.
E.Schubert--BTB