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De Berlin à Kiev, le train de l'élan humanitaire
Le convoi s'ébranle lentement depuis le coeur de Berlin, ses huit conteneurs arrimés à une locomotive rouge vif. Destination: l'Ukraine, grâce à un "pont ferroviaire" inédit établi pour livrer de l'aide humanitaire au pays en guerre.
Quatre jours de voyage, plus de mille kilomètres parcourus à travers les zones de conflit et au bout du chemin, des tonnes de denrées remises aux populations assiégées: l'opération de la Deustche Bahn (DB), la compagnie du rail allemand, résonne comme un écho lointain au célèbre "pont aérien" organisé durant la Guerre froide par les Occidentaux pour aider la ville de Berlin victime d'un blocus soviétique.
"Il n'a fallu que quatre jours" pour mettre en place cette coopération avec les chemins de fer polonais et ukrainien qui permet désormais à ce "pont ferroviaire" de fonctionner régulièrement, explique Sigrid Nikutta, patronne de DB Cargo, le service fret de l'entreprise publique.
Un soir sur deux, un convoi quitte la capitale allemande après avoir collecté dans tout le pays les dons des entreprises et des particuliers, dans des points dédiés ou directement auprès des fabricants et des chaînes de la grande distribution.
Palettes de nourriture pour bébés, cartons de produits hygiéniques, petits appareils électriques, matériel médical, matelas de sols, couvertures... l'élan de générosité est tel que les conteneurs se remplissent à toute allure.
"Chaque conteneur est un message aux Ukrainiens: nous ne vous laissons pas seuls !", assure la responsable de la DB.
Parmi le personnel des chemins de fer allemands, la motivation pour cette mission est "décuplée": les employés de Deutsche Bahn mènent le convoi jusqu'en Pologne où ils passent ensuite le relai aux conducteurs polonais. Les conteneurs doivent alors être déchargés et transférés car l'écartement des rails en Ukraine est différent.
Lorsque le train arrive dans le pays soumis depuis un mois à l'offensive militaire de Moscou, les chemins de fer ukrainiens prennent les opérations en main.
- Sécurité -
L'engagement sans faille des employés de la compagnie nationale ukrainienne pour transporter vivres et réfugiés d'un bout à l'autre du pays fait l'admiration de tous depuis le début du conflit.
"C'est vers eux que vont mon respect et ma crainte car nous savons tous que cela est dangereux", confie Mme Nikutta.
Pour le "pont ferroviaire", le risque est limité, estime Michael Schmidt, porte-parole de DB Cargo: "Nous ne transportons pas d'armes, pas de pétrole", souligne-t-il, observant que depuis le début de l'offensive, les attaques sur le réseau ferré ukrainien ont été rares car "les Russes ont besoin de garder cette infrastructure en bon état", selon lui.
Tous les convois, dirigés vers différentes localités ukrainiennes, sont jusqu'ici arrivés à bon port, assure Mme Nikutta.
Elle raconte avoir même reçu une photo de l'arrivée des conteneurs à Kiev, envoyée par le maire de la capitale, le charismatique Vitali Klitschko.
"Beaucoup d'Ukrainiens ressentent aujourd'hui, depuis 4 longues semaines de guerre, ce que les Berlinoises et les Berlinois ont ressenti à l'époque du blocus par les Soviétiques" en 1948-1949, observe l'ambassadeur d'Ukraine en Allemagne Andrij Melnyk, venu assister en fin de semaine au départ d'un convoi.
"Sans l'énorme effort des alliés à l'époque, que serait devenue cette belle ville", a-t-il lancé, comparant le pont ferroviaire au grand pont aérien des puissances occidentale.
"Nous avons maintenant besoin d'autres ponts solides, y compris politiques et le plus important serait une perspective d'adhésion à l'UE pour l'Ukraine", a observé l'ambassadeur donnant le top départ à la locomotive frappée du slogan "We stand with Ukraine".
J.Fankhauser--BTB