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Une mère israélienne d'enfants otages à Gaza se permet de rêver
"J'ai été tellement secouée par l'accord que je me suis bloqué le dos, mais ça va passer". Maayan Zin, dont les deux filles ont été kidnappées par le Hamas, se déplace difficilement, visiblement épuisée.
Quelques heures après l'annonce d'un accord pour la libération d'otages retenus dans la bande de Gaza, la mère d'Ela et Dafna Elyakim, 8 ans et 15 ans, enlevées le 7 octobre, esquisse un sourire timide.
L'accord entre Israël et le Hamas prévoit la libération de 50 otages retenus dans la bande de Gaza en échange de 150 Palestiniens détenus dans les prisons israéliennes et d'une trêve de quatre jours dans le territoire palestinien.
Depuis son annonce, dans la nuit de mardi à mercredi, elle se permet "prudemment" de rêver à l'après.
Au programme, dans ses "rêves les plus optimistes", des siestes avec Ela et des virées shopping pour des "crop-tops, mini-jupes, chaussures à talons, et faux ongles jaunes clinquants" avec son adolescente Dafna, confie-t-elle à l'AFP dans son appartement de la périphérie de Tel-Aviv.
Elle a aussi prévu d'acheter un nouvel anneau nasal à sa grande fille.
Sur une unique preuve de vie de ses enfants remontant au 8 octobre, une photo diffusée par le Hamas sur Télégram, Dafna est assise sur un matelas, ses vêtements d'adolescente branchée remplacés par un ample pyjama avec en commentaire "En vêtements de prière, ce serait mieux".
Son anneau nasal a disparu.
"Avant-hier, hier, je n'avais rien. J'étais dans les ténèbres totales. Maintenant, il y a un petit rayon de lumière, qui me réchauffe. J'attends", explique Maayan Zin.
Ela et Dafna ont été enlevées le 7 octobre au kibboutz Nahal Oz, frontalier de la bande de Gaza, alors qu'elles passaient la fin des vacances de Souccot (fête religieuse juive) chez leur père, Noam, ex-mari de Maayan.
Ce dernier, ainsi que sa nouvelle compagne Dikla et le fils de cette dernière, Tomer, ont été abattus, leurs corps retrouvés criblés de balles sur un terrain vague.
- "Peur d'être déçue" -
Environ 240 personnes ont été enlevées le jour de l'attaque des commandos du Hamas et au moins 1.200 personnes ont été tuées en Israël, en majorité des civils, selon les autorités israéliennes.
En représailles, l'Etat israélien a déclaré une guerre pour "anéantir" le Hamas, bombardant sans répit la bande de Gaza où le mouvement islamiste palestinien a pris le pouvoir en 2007.
Plus de 14.100 personnes ont été tuées dans le territoire palestinien, en majorité des civils, selon le gouvernement du Hamas.
Même si l'accord de libération de 50 otages lui a rendu espoir, la mère de famille veut rester prudente. Les noms des personnes libérées - des femmes et des enfants - ne sont pas connus, pas plus que leur date de libération qui s'effectuera en plusieurs groupes dans les jours qui viennent.
"J'ai peur d'être déçue (...) Je ne veux pas me préparer pour (leur libération) jeudi et découvrir finalement que ce sont d'autres qui rentreront", avoue-t-elle.
"Et je ne veux pas non plus être déçue que d'autres gens rentrent. Je veux être capable d'être contente pour eux". Alors, "optimiste oui, mais prudemment".
Elle dit ne prêter attention qu'aux informations qui lui sont directement fournies par les autorités israéliennes: "si je suis tous les détails dans les médias, je risque de m'écrouler".
Elle est aussi inquiète de l'état dans lequel elle retrouvera Ela et Dafna.
Peut-être qu'elles feront "plein de cauchemars, qu'elles seront en état traumatique, qu'elles ne réussiront pas à prononcer une seule parole", craint-elle. Ou au contraire qu'elles rentreront "plus matures".
Et elle se demande quoi leur dire à leur retour.
"Quelles questions poser, comment les poser, combien de fois poser ces questions, ou ne pas en poser du tout?", se demande-t-elle à voix haute. Avec, en filigrane, une angoisse: "je ne sais pas ce qui s'est passé pendant leur captivité".
L.Janezki--BTB