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Au procès Bygmalion en appel, Sarkozy dénonce des "fables" et conteste "toute responsabilité pénale"
Rejugé pour les dépenses excessives de sa campagne présidentielle perdue de 2012, Nicolas Sarkozy a contesté "vigoureusement toute responsabilité pénale" vendredi, dénonçant "fables" et "mensonges" et accusant la société Bygmalion de s'être enrichie dans son dos.
"Je conteste vigoureusement toute responsabilité pénale", a déclaré l'ex-président de la République (2007-2012) au début de son interrogatoire devant la cour d'appel de Paris, démentant "avoir jamais eu connaissance d'une fraude, avoir jamais demandé une fraude ou avoir même bénéficié d'une fraude".
"Si je n'ai rien demandé, si je n'étais pas au courant, où est le délit intentionnel?", s'est interrogé M. Sarkozy, 68 ans, en costume sombre, répétant avoir été "à mille lieues d'imaginer qu'il y avait un système de fausses factures".
Rejugé depuis le 8 novembre aux côtés de neuf autres personnes qui ont fait appel, de façon partielle ou en totalité, de leur condamnation en septembre 2021, Nicolas Sarkozy n'était apparu jusqu'ici qu'au premier jour du procès.
Mais il a été condamné en première instance à un an d'emprisonnement ferme pour avoir dépassé ce plafond légal.
Le tribunal correctionnel avait souligné dans son jugement que l'ancien locataire de l'Elysée avait "poursuivi l'organisation de meetings" électoraux, "demandant un meeting par jour", alors même qu'il "avait été averti par écrit" du risque de dépassement légal, puis du dépassement effectif.
- "Roi Soleil" -
S'animant au fur et à mesure de l'interrogatoire, Nicolas Sarkozy rejoue certains dialogues à la barre, multiplie les hochements de tête et les haussements d'épaule.
Sa campagne de 2012 aurait été "mirobolante"? "Qu'est-ce que c'est que cette fable? (...) Visuellement je n'ai pas eu le sentiment que (...) j'ai été traité comme le Roi Soleil", balaie-t-il.
Pugnace face aux questions de la présidente, l'ex-chef de l'Etat ne masque parfois pas son agacement, comme lorsqu'il assure avoir fait autant de meetings en 2012 que lors de sa campagne victorieuse de 2007, et que la présidente lui fait remarquer qu'il est "difficile de la prendre comme point de comparaison étant donné qu'elle fait l'objet de poursuites", allusion aux soupçons de financement libyen; pour lesquels il sera jugé en 2025.
Comme lors du premier procès, Nicolas Sarkozy accuse des proches de Jean-François Copé - Jérôme Lavrilleux, qui était directeur adjoint de l'équipe de campagne, et l'agence de communication Bygmalion - de s'être enrichis.
Avec un débit de mitraillette et de grands gestes, il dénonce "le mensonge d'une +campagne qui devient folle+", d'un "emballement". "C'est la seule explication que les prévenus ont trouvée pour expliquer le déferlement d'argent dans leur société et dans leur poche", estime-t-il.
"C'est une absurdité, une reconstruction a posteriori pour expliquer comment l'argent a pu fuir de tous les côtés", insiste-t-il, décochant plusieurs flèches pour Jean-François Copé.
S'il n'avait "pas été secrétaire général" de l'UMP, "jamais l'équipe d'Event ou de Bygmalion ne serait entrée dans la campagne", lâche-t-il.
Lors des interrogatoires précédents, l'ex-directeur général de Bygmalion, Guy Alves, a estimé que Nicolas Sarkozy avait été au final le "seul bénéficiaire" du système de fausses factures, un avis partagé par M. Lavrilleux, qui a dit jeudi que tout avait été fait "au profit du candidat".
Interrogé sur les deux notes d'alerte d'un expert-comptable pendant la campagne sur les risques de dépassement des dépenses, Nicolas Sarkozy se défend: "mon directeur de cabinet me dit +on respecte scrupuleusement les mesures+" d'économie alors préconisées.
"Est-ce que j'ai le moyen de savoir que rien ne va et que je vais être dans les ennuis pendant 11 ans?"
Cette affaire s'ajoute à d'autres ennuis judiciaires pour Nicolas Sarkozy: il a été condamné en mai dernier dans l'affaire des écoutes à trois ans d'emprisonnement dont un ferme, une décision contre laquelle il s'est pourvu en cassation.
L'ex-chef de l'Etat comparaîtra en 2025 pour les soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. Il a par ailleurs été mis en examen, début octobre, dans le volet de cette affaire lié à la rétractation de l'intermédiaire Ziad Takieddine.
O.Lorenz--BTB