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Les émeutes de Dublin révèlent la montée du sentiment anti-migrants en Irlande
Les émeutes de Dublin cette semaine témoignent de tensions sociales croissantes en Irlande où les autorités accusent des éléments d'extrême droite d'utiliser la montée de l'immigration pour attiser la peur.
L'Irlande, historiquement terre d'émigration, a vu le nombre de demandeurs d'asile et de réfugiés augmenter de façon spectaculaire ces dernières années, conséquence notamment de la guerre en Ukraine.
Le manque de logements abordables et la crise du coût de la vie ont alimenté un ressentiment à l'encontre des nouveaux arrivants, nourri et amplifié par l'extrême droite sur les réseaux sociaux.
Cette tension qui couvait a explosé jeudi, lorsqu'une foule d'environ 500 personnes a incendié des véhicules, pillé et saccagé des commerces, et affronté la police dans le centre de Dublin après une attaque au couteau à la sortie d'une école qui a fait quatre blessés dont trois enfants.
Les autorités, qui ont imputé les violences à des agitateurs d'extrême droite, ont dénoncé des rumeurs sur les réseaux sociaux. Certaines affirmaient que l'attaquant était un "immigré illégal" ou un "ressortissant algérien". Les autorités n'ont donné aucun détail sauf son âge, une cinquantaine d'années.
Pour certains, cette explosion de colère n'était pas une surprise. "Ca fait deux ans qu'on le sent monter, je ne suis pas choqué", a déclaré à l'AFP Fergal McSkane, travailleur social dans une région rurale en périphérie de Dublin.
Cet homme de 40 ans, qui a travaillé avec des réfugiés dans le passé, affirme qu'il y a énormément de désinformation au sujet des aides sociales que reçoivent les immigrés.
- Crise sans précédent -
Le Premier ministre Leo Varadkar a jugé que les émeutiers faisaient "honte à l'Irlande" et que cette violence "ne reflétait pas" les valeurs du pays.
"Nous devons nous réapproprier l'Irlande, la reprendre aux lâches qui se cachent derrière des masques et essaient de nous terrifier avec leur violence", a-t-il souligné vendredi.
Face à un afflux sans précédent de nouveaux arrivants, le dirigeant irlandais avait toutefois reconnu en juin que le pays traversait "une crise des réfugiés (...) jamais connue auparavant et que nous n'avions jamais imaginée".
Près de 100.000 Ukrainiens ont demandé la protection de l'Irlande depuis le début de l'année dernière dans le cadre d'un programme d'aide aux réfugiés, parallèlement à un nombre record de 13.651 demandes d'asile en provenance d'autres pays en 2022.
Selon des chiffres officiels, les demandes d'asile ont été multipliées par plus de 5 en 2022 par rapport à 2021, dans un pays qui compte cinq millions d'habitants.
L'hébergement des demandeurs d'asile et des réfugiés est devenu un sujet particulièrement sensible. De nombreuses manifestations à l'initiative de l'extrême droite ont eu lieu près d'un camp de fortune à Dublin, où des dizaines de nouveaux arrivants ont installé des tentes faute d'autre solution disponible.
Un autre camp a été attaqué, avec des tentes brûlées, et d'autres protestations ont eu lieu dans des zones rurales où de nouveaux sites d'hébergement doivent être bâtis.
- "Échec" des autorités -
"La majorité des Irlandais accueillent favorablement les immigrés et ce qu'ils apportent à l'économie et à la société", a assuré à l'AFP Anne Holohan, professeure associée au Trinity College de Dublin, qui ne perçoit pas de "résistance populaire massive" à l'immigration dans le pays.
"Mais depuis deux ou trois ans, un mouvement d'extrême droite qui utilise les réseaux sociaux pour répandre la désinformation et la peur à leur sujet a émergé, et attise activement les tensions", ajoute-t-elle.
Pour Aoife Gallagher, de l'Institute for Strategic Dialogue à Londres, ces émeutes ne sont "pas si surprenantes si l'on a prêté attention à la montée en puissance du sentiment anti-immigré" ces derniers mois.
Cet institut a publié lundi une étude détaillant l'influence croissante de l'extrême droite en Irlande, qui s'empare de tout évènement associant migrants et criminalité pour diffuser des "mensonges et de la haine".
Selon Aoife Gallagher, les émeutes de jeudi démontrent également l'"échec" de la police "à prendre au sérieux la menace de l'extrême droite", et l'incapacité du gouvernement "à faire face à la crise du logement" qui affecte les Irlandais.
H.Seidel--BTB