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A Gaza, professeur déplacé, école délocalisée mais élèves appliqués
Il a installé des chaises, trouvé des ardoises et prévu la leçon du jour: comment dit-on en anglais "j'aime la Palestine"? Dans la cour d'une école devenue camp de déplacés dans la bande de Gaza, Tareq al-Ennabi veut redonner à ses élèves un goût de normalité.
Le 7 octobre, le Hamas, qui a pris le pouvoir à Gaza en 2007, a lancé une attaque sans précédent en Israël qui a fait environ 1.200 morts, en majorité des civils, selon les autorités israéliennes.
Le lendemain, un dimanche, premier jour de la semaine dans la bande de Gaza, les petits Palestiniens ont cessé de prendre le chemin de l'école.
Leurs établissements étaient sous les bombes israéliennes, lancées en représailles à l'attaque du Hamas. Ils ont été transformés en abri de fortune pour les milliers de déplacés qui commençaient à fuir ou désertés par enseignants et élèves eux-mêmes forcés de partir.
Le professeur Ennabi, diplômé de littérature anglaise et âgé de 25 ans, a lui-même abandonné son école --al-Hourriya, la liberté en arabe, tenue par l'ONU-- dans la ville de Gaza, assiégée par les chars israéliens au pic des combats.
Après 48 jours de bombardements, plus de 15.000 morts selon le gouvernement du Hamas et plus de 1,7 million de déplacés, il a décidé, au premier jour le 24 novembre d'une trêve dont la prolongation est chaque soir incertaine, de ramener sur les bancs de l'école les petits déplacés à Rafah.
- Dormir à l'école -
Dans les salles de classe, des familles dorment sur des matelas jetés sous des bureaux d'écoliers. Dans les couloirs, d'autres s'entassent, pour tenter de s'abriter du froid mordant.
Alors, il fait classe dans la cour devant une quarantaine de garçons et de filles de tous les niveaux du primaire. Les fournitures --des craies, des éponges et des ardoises-- ont été achetées grâce à de petits dons glanés ici et là parmi les déplacés.
Barbe noire bien taillée, jeans et pull beige, le professeur surveille les pleins et les déliés de ses petits élèves qui s'appliquent à écrire en arabe et en anglais "I love Palestine".
Layan, dix ans, s'attelle à reproduire toutes les lettres avec soin. Elle accepte de s'interrompre un moment pour raconter son histoire: "on est partis de la ville de Gaza parce que l'occupant (israélien) avait bombardé notre maison, donc maintenant on dort dans cette école", affirme la fillette, engoncée dans un manteau gris décoré de papillons roses.
"Tonton Tareq nous apprend l'anglais. Moi, plus tard, je voudrais être professeure d'anglais aussi", poursuit-elle gaiement.
Safa, elle, s'essaye à une autre phrase: "My name is Safa", mon nom est Safa en anglais, sous le regard de Tareq al-Ennabi.
- Parler "au monde" -
Pour lui, enseigner l'anglais en pleine guerre est un acte militant.
D'abord, dit-il à l'AFP, "on redonne le sourire aux enfants et on leur permet de retrouver leurs cahiers". Et, ajoute-t-il, "on les aide à parler anglais, comme ça, ils pourront se faire entendre dans le monde".
Pour le moment, il donne cours seul, à 40 élèves le matin et 40 autres l'après-midi, mais dit espérer rallier d'autres collègues volontaires à sa cause.
Dans la bande de Gaza, petit territoire surpeuplé, ravagé par la pauvreté --81,5% des habitants sont pauvres et 46,6% sont au chômage--, près de la moitié de la population a moins de 15 ans, selon l'ONU.
Mais après 17 années de blocus israélien, notamment sur les matériaux de construction, et des guerres à répétition qui ont détruit nombre d'écoles, ces enfants et ces adolescents manquent de classes.
Déjà, en temps de paix, l'ONU, qui y gère plus de 180 écoles, organise des plannings compliqués: dans certains établissements, le temps de cours est divisé en trois plages horaires, accueillant chacun des enfants différents pour que tous puissent bénéficier de quelques heures d'enseignement par jour.
Dans la guerre actuelle, assure le gouvernement du Hamas, 266 écoles ont été en partie détruites et 67 rendues entièrement hors d'usage.
K.Brown--BTB