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Féroces combats dans la plus grande ville du sud de Gaza, encerclée par Israël
L'armée israélienne a mené de nouvelles frappes meurtrières mercredi sur la grande ville assiégée de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, où les habitants tentent de s'abriter des bombardements et des combats parmi les plus intenses en deux mois de guerre contre le Hamas.
Les Palestiniens de Gaza vivent "dans l'horreur la plus totale", a déclaré le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker Türk, deux mois après le début de la guerre déclenchée par l'attaque sanglante du mouvement islamiste palestinien contre Israël le 7 octobre.
Engagée depuis le 27 octobre dans une offensive terrestre contre le Hamas dans le nord de Gaza, en parallèle à sa campagne de frappes, l'armée israélienne a étendu ses opérations au sol à l'ensemble du territoire et annoncé mardi avoir encerclé Khan Younès, la plus grande ville du sud.
Des centaines de milliers de civils s'entassent à Khan Younès et dans ses environs, pour beaucoup déjà déplacés par la guerre, confrontés à une situation humanitaire catastrophique et acculés dans un périmètre de plus en plus exigu près de la frontière fermée avec l'Egypte.
Des milliers d'entre eux continuent à fuir vers le sud et la ville voisine de Rafah, répondant aux injonctions de l'armée israélienne.
"Toute la ville subit des destructions et des bombardements incessants. Beaucoup de gens arrivent du nord dans des conditions désastreuses, sans abri, à la recherche de leurs enfants", a raconté à l'AFP Hassan Al-Qadi, un habitant de Khan Younès déplacé à Rafah.
"Nous voulons comprendre. S'ils veulent nous tuer, qu'ils nous encerclent dans un seul endroit et nous éliminent tous ensemble. Mais nous pousser à nous déplacer d'un endroit à l'autre, ce n'est pas juste. Nous ne sommes pas de simples chiffres. Nous sommes des êtres humains", a-t-il ajouté.
- Un "considérable" dépôt d'armes -
Mercredi, l'armée a continué à pilonner l'ensemble du territoire palestinien et annoncé la découverte dans le nord, "au coeur de la population civile", près d'une clinique et d'une école, "d'un des plus considérables dépôts d'armes" de toute la bande de Gaza.
Ce dépôt renfermait des centaines de lance-roquettes, des dizaines de missiles antichars et d'engins explosifs, des missiles de longue portée pouvant atteindre le centre d'Israël, des dizaines de grenades et de drones, selon l'armée.
"C'est une preuve supplémentaire de l'utilisation cynique par le Hamas des habitants de la bande de Gaza comme boucliers humains", a assuré l'armée.
Elle a affirmé par ailleurs avoir tué à ce jour "la moitié des commandants des brigades" du Hamas.
En Israël, l'attaque menée ce jour-là par des commandos du Hamas infiltrés depuis Gaza a fait 1.200 morts, en majorité des civils, selon les autorités.
Au total, 83 soldats israéliens ont été tués à Gaza depuis le début de l'offensive terrestre, selon l'armée.
Des sources du Hamas et du Jihad islamique ont indiqué mercredi à l'AFP que leurs combattants affrontaient les troupes israéliennes dans le but de les empêcher d'entrer dans Khan Younès et les secteurs situés à l'est de la ville, ainsi que dans les camps de réfugiés à proximité.
Selon le gouvernement du Hamas, des tirs d'artillerie ont fait "des dizaines de morts et de blessés" dans la nuit de mardi à mercredi dans plusieurs villages à l'est de Khan Younès.
Le ministère de la Santé du Hamas a affirmé que d'autres frappes meurtrières avaient visé notamment le camp de Nousseirat, dans le centre de la bande de Gaza, et celui de Jabalia, dans le nord, tandis que 73 corps ont été transportés en 24 heures à l'hôpital Al-Aqsa de Deir al-Balah, dans le centre.
Des sirènes d'alerte ont retenti à Eilat, à la pointe sud d'Israël, signalant un tir de missile sol-sol vers Israël, qui a été intercepté par la défense anti-aérienne, selon l'armée.
Le porte-parole du gouvernement, Eylon Levy, a affirmé que plus de 11.500 roquettes avaient été tirées en direction d'Israël depuis le début de la guerre, dont 2.000 ont fait l'objet d'une erreur de tir.
- Aide coupée -
Selon le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (Ocha), Rafah est désormais le seul endroit du territoire palestinien, placé depuis le 9 octobre par Israël en état de siège total, où de l'aide humanitaire est encore distribuée, en quantité limitée.
L'aide n'arrive pratiquement plus à Khan Younès, et l'accès aux zones situées plus au nord est coupé.
Mais l'ONU, qui a calculé que 28% du territoire de Gaza tombait désormais sous le coup de ces ordres d'évacuation, a jugé "impossible" de mettre en place des zones sécurisées pour accueillir les civils.
"Aucun endroit n'est sûr à Gaza. Ni les hôpitaux ni les abris ni les camps de réfugiés. Personne n'est en sécurité. Ni les enfants. Ni les travailleurs de la santé. Ni les humanitaires. Ce mépris flagrant des bases de l'humanité doit cesser", a affirmé le coordinateur de l'aide d'urgence de l'ONU, Martin Griffiths.
Dans une rue de Khan Younès, des hommes, des femmes et des enfants hébétés fouillaient mercredi les ruines. "Un missile a frappé et détruit toute la zone. Plus rien n'est intact, ni portes, ni fenêtres", a raconté à l'AFP un survivant, Abou Ahmad Abou Ouda.
- "Dévastés" -
"Nous avons besoin de quelqu'un à nos côtés. Nous avons besoin que quelqu'un nous trouve une solution pour sortir de cette situation. Nous sommes dévastés, mentalement dépassés", ajoutait Amal Mahdi, une femme rescapée elle aussi.
Selon l'ONU, 1,9 million de personnes, soit environ de 85% la population, ont été déplacées par la guerre dans la bande de Gaza où plus de la moitié des habitations sont détruites ou endommagées.
En représailles à l'attaque du Hamas, Israël a promis de détruire le mouvement islamiste au pouvoir à Gaza depuis 2007, classé organisation terroriste par les Etats-Unis, l'Union européenne et Israël.
D'après le gouvernement israélien, 138 otages enlevés en Israël le 7 octobre sont toujours retenus à Gaza, après la libération pendant la trêve de 105 otages, dont 80 en échange de 240 prisonniers palestiniens détenus par Israël.
L'armée a réclamé mercredi que le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) puisse avoir accès à ces otages.
La directrice de l'Unicef a par ailleurs condamné mercredi les "violences sexuelles" commises contre des Israéliennes le 7 octobre, une condamnation qu'Israël a jugée tardive et insuffisante car ne mentionnant pas, selon lui, leurs auteurs, les hommes armés du Hamas.
"Il y a des récits de témoins et des preuves médicolégales de viols avec violences, de viols collectifs, de pédophilie et même de nécrophilie (...) Il est impardonnable que certains choisissent encore de nier ou de minimiser les crimes" du Hamas, a déclaré Eylon Levy.
J.Fankhauser--BTB