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Les combats font rage entre Israël et le Hamas à Gaza avant un vote à l'ONU
Les combats entre Israël et le Hamas faisaient rage vendredi à Gaza, deux mois après l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien qui a déclenché une réplique sanglante ayant fait des milliers de victimes, avant un vote extraordinaire à l'Onu sur un cessez-le-feu.
Après une première phase concentrée dans le nord du petit territoire palestinien surpeuplé, l'armée israélienne a étendu cette semaine ses opérations jusque dans le sud, où sont acculés près de deux millions de civils réfugiés.
Des affrontements intenses au coeur et autour de plusieurs grandes villes ont encore alourdi le bilan des victimes palestiniennes, qui dépasse désormais 17.000 personnes dont 70% de femmes et de mineurs, d'après le ministère de la santé du Hamas.
A Deir el-Balah, dans le centre de la bande de Gaza où les combats font rage, les blessés continuent d'affluer dans les hôpitaux, dont de nombreux enfants. Rimah Mansi, une habitante de Gaza, a déclaré à l'AFP avoir perdu "tous les gens que nous aimions, tous".
Dans le nord de la grande ville de Khan Younès (sud), les bombardements de l'armée ont rasé le quartier d'al-Katiba, a constaté un journaliste de l'AFP.
L'armée israélienne a dit vendredi avoir "frappé 450 cibles" à Gaza lors d'opérations terrestres, aériennes et navales, tuant "de nombreux terroristes".
La veille, les affrontements ont été particulièrement féroces à Khan Younès, et plus au nord dans la ville de Gaza et le secteur voisin de Jabaliya.
Créant une vive émotion sur les réseaux sociaux, les chaînes de télévision israéliennes ont diffusé jeudi soir des vidéos montrant des dizaines de Palestiniens en sous-vêtements, les yeux bandés, sous la garde de soldats israéliens dans la bande de Gaza.
L'armée israélienne a dit "enquêter" pour "vérifier qui est lié au Hamas et qui ne l'est pas", en référence au mouvement islamiste palestinien considéré comme une organisation terroriste par Israël, l'Union européenne et les Etats-Unis, entre autres.
- Nécessité de protéger les civils -
Dans un entretien téléphonique avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président américain Joe Biden "a insisté sur la nécessité absolue de protéger les civils et de séparer la population civile du Hamas", selon la Maison Blanche.
Les Etats-Unis soutiennent fermement Israël depuis l'attaque sanglante du 7 octobre menée par le Hamas, au cours de laquelle 1.200 personnes ont été tuées selon les autorités israéliennes, et quelque 240 personnes prises en otage, mais Washington s'inquiète de plus en plus des pertes civiles.
Au total, 91 soldats israéliens ont été tués dans les combats à Gaza, y compris jeudi le fils de Gadi Eisenkot, ancien chef de l'état-major de l'armée et membre du Cabinet de guerre de Benjamin Netanyahu, selon l'armée.
Traumatisé par l'attaque du 7 octobre, Israël a commencé jeudi soir à célébrer Hanouka, la fête juive des Lumières. A Tel-Aviv, des familles et proches des otages ont participé à une veillée où ils ont allumé les bougies d'une menorah géante, ou chandelier, comptant symboliquement 138 branches, en hommage aux personnes toujours captives du Hamas ou de groupes affiliés.
Une poignée de nationalistes juifs ont par ailleurs tenté jeudi de se rendre à la porte de Damas, l'un des accès au quartier chrétien et musulman, avant d'être refoulé par le police israélienne, a constaté un journaliste de l'AFP.
- "Deux mois les plus durs" -
Des milliers de personnes se sont réfugiées autour de Rafah, à la frontière égyptienne, seul endroit où de l'aide humanitaire est encore distribuée, au compte-gouttes.
"Depuis deux mois, on bouge d'un endroit à un autre (...) Nous sommes très fatigués, nous dormons dans la rue", témoigne Abdullah Abou Daqqa, qui est parvenu à rejoindre la ville frontalière, évoquant "les deux mois les plus durs" de son existence.
Israël a imposé depuis le 9 octobre un siège total à la bande de Gaza, qui provoque de graves pénuries d'eau, de nourriture, de médicaments et d'électricité.
Le carburant, nécessaire au fonctionnement des générateurs dans les hôpitaux et aux équipements de dessalinisation de l'eau, manque aussi.
Jeudi soir, "69 camions transportant de l'aide humanitaire et 61.000 litres de carburant sont rentrés à Gaza en provenance d'Egypte", bien moins que pendant la trêve qui a eu lieu entre le 24 et le 30 novembre, a indiqué l'agence des Nations unies chargée de la coordination humanitaire (OCHA).
Selon l'ONU, 1,9 million de personnes, soit environ 85% de la population, ont été déplacées par la guerre dans la bande de Gaza où plus de la moitié des habitations sont détruites ou endommagées.
Face à une "situation catastrophique dans la bande de Gaza", le Conseil de sécurité de l'ONU doit se prononcer vendredi sur un appel à un "cessez-le-feu humanitaire immédiat", un vote à l'issue incertaine dans un contexte diplomatique tendu.
Dans une lettre adressée mercredi aux membres du Conseil, le chef de l'ONU, Antonio Guterres, a invoqué explicitement l'article 99 de la Charte des Nations unies qui permet au secrétaire général d'"attirer l'attention du Conseil" sur un dossier qui "pourrait mettre en danger le maintien de la paix et de la sécurité internationale". Une première depuis des décennies.
Depuis le début de la guerre, le Conseil a réussi à adopter une résolution qui appelait à des "pauses et couloirs humanitaires" à Gaza, mais pas à un "cessez-le-feu", auquel les Etats-Unis s'opposent à ce stade.
- Cisjordanie et Liban -
Hors de Gaza, les violences se poursuivent aussi en Cisjordanie occupée, où les forces israéliennes ont tué par balles vendredi six Palestiniens dans un camp de réfugiés, a rapporté le ministère de la Santé de l'Autorité palestinienne.
L'armée israélienne a par ailleurs mené une incursion jeudi soir dans les rues de Ramallah, des Palestiniens répliquant en lançant des pierres sur leurs blindés, a rapporté un journaliste de l'AFP.
Plusieurs soldats israéliens ont tiré des grenades pour tenter de les disperser. Des boutiques pour certaines endommagées ont été fouillées par les forces israéliennes.
Au moins 264 Palestiniens ont été tués par des forces ou des colons israéliens depuis le 7 octobre, selon l'Autorité palestinienne.
La guerre a aussi ravivé les tensions à la frontière entre Israël et le Liban, où les échanges de tirs sont quotidiens entre l'armée israélienne et le Hezbollah libanais, allié du Hamas.
Benjamin Netanyahu a lancé un nouvel avertissement au mouvement chiite libanais: "Si le Hezbollah choisit de déclencher une guerre totale, il transformera par sa faute Beyrouth et le sud du Liban, non loin d'ici, en Gaza et Khan Younès".
W.Lapointe--BTB