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A Gaza, où la faim tenaille, ruée sur les rations alimentaires
Lorsque Bakr al-Naji se rend compte que les repas qu'il prépare pour une association caritative dans la bande de Gaza ne suffisent pas à remplir le ventre des enfants, son coeur se serre d'impuissance, chaque jour davantage.
A la pointe sud de Gaza, dans la ville de Rafah, "des milliers de personnes font la queue" pour un peu de nourriture à une antenne des Tkiyeh, version locale des "Restos du coeur", raconte M. al-Naji, 28 ans.
Ce déplacé originaire de la ville de Gaza cuisine bénévolement pour venir en aide aux autres Palestiniens qui connaissent les mêmes difficultés que lui.
"Le moment le plus difficile, pour moi, c'est quand on distribue les repas", dit-il à l'AFP.
"Je ressens un pincement au coeur quand il n'y a plus de nourriture et que les enfants se plaignent et disent qu'ils n'ont pas assez mangé", se désole-t-il.
Alors, la plupart des bénévoles sacrifient leurs propres gamelles.
D'après le Programme alimentaire mondial (PAM), 92% de la population de Gaza a atteint des niveaux d'insécurité alimentaire aiguë voire plus.
L'aide humanitaire arrive au compte-gouttes dans le territoire palestinien, pilonné par l'armée israélienne qui entend "anéantir" le Hamas au pouvoir après l'attaque sanglante de ses commandos sur le sol israélien le 7 octobre.
Cette attaque a fait environ 1.140 morts en Israël, selon un décompte de l'AFP, en se basant sur les informations des autorités locales. L'offensive israélienne de représailles a fait au moins 20.258 morts, d'après le dernier bilan du gouvernement du Hamas.
Au cours des six prochaines semaines, les habitants sont confrontés à des risques élevés de famine, d'après un rapport du système de surveillance de la faim de l'ONU.
A Rafah, on se presse contre une barrière qui sépare la foule de grandes marmites fumantes. Des adultes mais surtout beaucoup d'enfants attendent avec leur écuelle de plastique ou leur petite casserole à la main.
"Les lentilles et le boulghour ont disparu des marchés, comme les pois et les haricots blancs", note Khaled Cheikh al-Eid, responsable du réfectoire, qui accueille environ 10.000 personnes chaque jour.
Son centre vit grâce aux dons et aux bénévoles et doit sans cesse jongler avec les denrées disponibles.
- "Mourir de faim" -
"La boîte de fèves est passé de un (0,25 euros) à six shekels (1,50 euros)", précise Bakr al-Naji.
"Les gens étaient pauvres avant la guerre, même ceux qui travaillaient avaient à peine de quoi nourrir leurs enfants, comment peuvent-ils faire maintenant?", s'interroge-t-il. "J'ai peur que les gens meurent de faim".
Dès le matin, Salam Haidar, 36 ans, fait le pied de grue devant le centre.
"On me dit que c'est trop tôt mais je veux être sure d'avoir quelque chose", dit la mère de trois enfants en bas âge. "Mon fils pleure quand il voit un autre enfant tenir un bout de pain. Il a essayé de piquer des bonbons à un autre enfant, je lui ai dit que c'était très mal".
Nour Barbakh, enceinte de cinq mois, attend elle aussi pendant de longues heures avant l'ouverture du centre de distribution des repas à Rafah.
Patienter debout et dans la foule est un supplice.
"Parfois j'envoie mon fils aîné de 12 ans, mais il se fait brutaliser. Il revient en pleurant, les mains vides", relate Mme Barbakh, originaire de Khan Younès et déplacée avec huit membres de sa famille dans une école de l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa).
"S'il n'y avait pas ce réfectoire, nous n'aurions rien du tout", dit-elle, en tenant trois tomates et deux shekels dans la main. "Je ne trouve pas de pain".
"Mes enfants ont perdu beaucoup de poids, la faim les réveille la nuit. Je pleure quand il me demande à manger le soir", ajoute-t-elle, disant réfléchir à l'option de rentrer chez elle à Khan Younès, pourtant au centre de combats entre le Hamas et Israël.
"Mieux vaut mourir chez soi en martyr que de mourir de faim".
E.Schubert--BTB