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A New York, des familles de migrants doivent faire leurs valises pour retrouver un toit
Sally, 12 ans, est en larmes: elle ne peut plus accéder à l'hôtel de New York où elle était hébergée avec sa famille, des demandeurs d'asile colombiens. Sa mère Karol et son compagnon, Sebastian, visés comme des milliers d'autres par une politique d'accueil plus restrictive de la ville, doivent entreprendre de nouvelles démarches pour retrouver un toit.
Eprouvée, la jeune fille est inconsolable. Elle manquera son rendez-vous avec son groupe de "Girls Scouts", l'un de ses repères depuis qu'elle est arrivée dans la mégapole américaine il y a un an.
"On devait quitter l'hôtel à 11h, le cours est à 18h et elle ne peut plus entrer" dans l'hôtel où se retrouve le mouvement de jeunesse, explique mercredi sa mère, Karol Hernandez, au milieu de leurs valises et avec son autre enfant d'un an et demi.
"Tout est transitoire, c'est difficile. Nous avions une carrière professionnelle (dans la gestion financière), et ici nous n'avons rien, nous devons tout recommencer", déplore son compagnon Sebastian Arango, 24 ans, devant le "Row Nyc".
- 60 jours -
L'hôtel branché tout proche de la célèbre place de Times Square, actuellement fermé aux touristes, est l'un des quelque 200 sites ouverts par la mairie démocrate de New York pour héberger dans l'urgence les quelque 160.000 demandeurs d'asile qui ont atterri depuis le printemps 2022 dans la mégapole de 8,5 millions d'habitants. Quelque 68.000 sont toujours logés par la ville.
Avec des milliers de migrants qui arrivent chaque jour à la frontière mexicaine pour fuir la misère, l'instabilité politique ou les violences qui secouent les pays d'Amérique latine comme le Venezuela, la Colombie ou l'Equateur, le sujet est politiquement brûlant aux Etats-Unis. Les républicains, Donald Trump en tête, mais aussi des maires démocrates comme celui de New York, Eric Adams, ont pris pour cible, avec des arguments différents, le président Joe Biden.
De son côté, le gouverneur républicain du Texas, frontalier du Mexique, Greg Abbott, a affrété des centaines de bus depuis 2022 pour envoyer des milliers de migrants dans des villes démocrates comme New York.
Pour décourager les arrivées et soulager le système d'hébergement, la mairie de New York a restreint la durée d'hébergement: au bout de 60 jours, les familles doivent quitter leur hôtel, pour aller ailleurs ou repartir à zéro et demander une nouvelle place.
- Hiver -
Valises et poussettes en main, les premières familles ont dû lever le camp depuis mardi. Direction, pour celles qui n'ont pas d'autre solutions, le "Roosevelt Hotel", un établissement emblématique de 1.000 chambres, proche de la gare Grand Central, mais qui a fermé en 2020 et que la ville a réaffecté comme point d'arrivée pour les démarches administratives.
En plein hiver, les nouvelles mesures font polémique.
"L'expulsion des familles de migrants est l'une des choses les plus cruelles accomplie par la ville depuis des générations", a dénoncé le contrôleur financier de New York, Brad Lander, un élu de gauche.
Le maire Eric Adams, attaqué aussi sur sa droite pour son supposé laxisme dans la gestion des migrants, a garanti que personne ne se retrouverait à la rue et que tout serait fait pour ne pas perturber les scolarités des enfants migrants malgré les déménagements. La ville doit souvent parer au plus pressé: mardi soir, près de 2.000 migrants hébergés dans un gigantesque campement de Brooklyn qui risquait d'être inondé à cause des intempéries, ont été évacués et ont trouvé refuge dans un lycée, dont les élèves ont dû faire cours par visio mercredi.
Devant le "Roosevelt", Angelo Chirino, Vénézuélien de 22 ans, accompagné de sa femme, 23 ans, et leur bébé d'un an, a pris les devants. Les 60 jours au "Gatsby Hotel" se terminent "le 13", samedi. La famille est arrivée en novembre en bus du Texas après un voyage risqué et éprouvant de trois mois depuis le Venezuela, à travers huit pays et la dangereuse jungle du Darien, où l'on risque d'être enlevé par des criminels.
"60 jours", dit-il, "c'est très court pour une personne qui arrive dans la ville, car les procédures prennent beaucoup plus de temps, qu'il s'agisse d'un permis de travail ou de l'obtention du statut de protection temporaire" (TPS) des Etats-Unis, explique Angelo.
Il ne demande qu'une chose: travailler. "S'il faut faire le ménage, je ferai le ménage, s'il faut laver des voitures, je laverai des voitures". Mais dans l'immédiat, "ils m'ont dit de revenir le 13" pour un nouvel hébergement.
F.Müller--BTB