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Crise de l'Essequibo: rencontre de haut niveau entre Venezuela et Guyana au Brésil
Les ministres des Affaires étrangères du Guyana et du Venezuela se sont retrouvés jeudi au Brésil pour évoquer la crise de l'Essequibo, en plein bras de fer sur ce territoire riche en pétrole sous administration du Guyana et revendiqué par Caracas.
Le ministre vénézuélien Yvan Gil et son homologue guyanien Hugh Hilton Todd ont commencé dans la matinée cette réunion, qui fait suite à une rencontre en décembre entre les présidents vénézuélien Nicolas Maduro et guyanien Irfaan Ali. Lors d'un sommet de crise à Saint-Vincent-et-les-Grenadines, ils avaient écarté tout "recours à la force", alors que les tensions ont fait craindre un conflit dans la région.
Aucun des deux chefs de la diplomatie n'a fait de déclaration à leur arrivée au ministère des Affaires étrangères à Brasilia. Le ministre brésilien Mauro Vieira participe à la réunion, a constaté l'AFP.
Le Brésil, qui a des frontières communes avec les deux pays et se pose en médiateur de la crise, avait estimé que la réunion devait "consolider la région comme zone de paix, de coopération et de soliarité".
Arrivé mercredi soir à Brasilia, Yvan Gil a promis avant la réunion "une nouvelle étape de dialogue direct".
"Le fait de réactiver ce dialogue direct (...) est un succès (...) parce qu'il élimine toute possibilité de conflit au-delà de la controverse territoriale que nous avons", a-t-il dit à la télévision publique vénézuélienne.
Le président Irfaan Ali avait tenu un discours similaire auprès de l'AFP: "Cette réunion est une étape très importante" avec "la mise en place d'une commission chargée d'examiner toutes les questions importantes (...) afin que la conversation entre les deux pays puisse se poursuivre".
Ivan Rojas, professeur vénézuélien spécialiste des relations internationales, souligne que la réunion permet de "maintenir ouvert le dialogue".
Selon lui, il ne faut toutefois pas s'attendre à des négociations de fond: "Il est probable qu'elles (les discussions) se concentrent simplement sur l'assurance mutuelle et le maintien de la paix. En d'autres termes, cet accord existe pour qu'il y ait une communication constante entre les parties pendant une période de tension. Rien de plus, rien de moins".
- Agendas différents -
Le différend de longue date entre Caracas et Georgetown a refait surface après le lancement en septembre 2023 d'appels d'offres pétroliers par le Guyana, puis le référendum organisé en réaction le 3 décembre au Venezuela sur un rattachement de l'Essequibo.
Depuis lors, les deux pays campent sur leurs positions.
D'un côté, Georgetown répète qu'il est souverain sur "l'intégralité" de son territoire et que tout doit passer par la Cour internationale de Justice (CIJ) à La Haye.
Le Guyana argue que la frontière, datant de l'époque coloniale anglaise, a été entérinée en 1899 par une cour d'arbitrage à Paris.
De l'autre, Caracas continue à scander le slogan "Le soleil du Venezuela se lève sur l'Essequibo" et réclame des négociations hors de la CIJ dont elle ne reconnait pas la compétence.
Caracas estime que l'accord de Genève signé en 1966 - avant l'indépendance du Guyana - jette les bases d'un règlement négocié qui doit se poursuivre et soutient que le fleuve Essequibo doit être la frontière naturelle, comme en 1777 à l'époque de l'empire espagnol.
M. Gil a insisté sur le fait qu'il voulait "recentrer toutes les discussions dans le cadre de cet accord de (Genève). Revoir (...) en particulier les zones maritimes qui n'ont pas été délimitées. Travailler pour éviter que des puissances tierces ou des puissances impériales ou militaires de grande envergure ne s'immiscent dans le conflit".
Depuis le sommet de décembre, la tension était montée avec l'arrivée d'un bateau de guerre britannique dans les eaux guyaniennes et des exercices militaires vénézuéliens en réplique.
"Nous traversons un moment de turbulence. Parce que le Guyana n'agit pas en tant que République coopérative du Guyana, mais en tant que +Guyana britannique+", a même affirmé M. Maduro. Il a aussi accusé l'ex-colonie britannique d'agir "sous le mandat des gringos" après la visite au Guyana d'un haut responsable américain de la Défense.
Territoire de 160.000 km2 riche en pétrole et ressources naturelles, l'Essequibo compte quelque 125.000 personnes, soit un cinquième de la population du Guyana, et représente les deux tiers de la superficie du pays.
burs-mis/tmo/sk
K.Brown--BTB