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Les Salvadoriens savourent "la paix, la tranquilité, la liberté" retrouvées
Il règne à San Salvador une atmosphère inhabituellement légère avant l'ouverture des urnes dimanche. Les gangs mis au pas avec la "guerre" lancée depuis 2022 par le président Nayib Bukele et le spectre de la violence disparu, les Salvadoriens savourent "la paix, la tranquillité et la liberté" retrouvées.
La plupart des habitants de la capitale rencontrés par l'AFP disent sans détour qu'ils souhaitent voir réélire M. Bukele, qui selon eux a drastiquement transformé leur vie quotidienne.
"Plus que jamais, nous sommes en démocratie car nous avons un président qui pense aux Salvadoriens, qui gouverne pour les Salvadoriens", dit à l'AFP Alvaro Perez, un charpentier de 47 ans.
Il esquisse à la tombée du jour sur une place publique des pas de danse improvisés au son d'un groupe de musique, chose totalement impensable il y a deux ans à peine. "On appelle ça la paix, la tranquillité, la liberté... Je pensais que c'était quelque-chose que je ne verrai jamais de mes yeux", s'émeut-il.
Plus de 75.000 membres supposés de gangs ont été arrêtés dans le cadre de l'état d'urgence toujours en vigueur, mettant fin à l'extorsion et à la peur de se déplacer, surtout la nuit.
Si ces arrestations sans mandat judiciaire et le déploiement de l'armée dans les rues s'accompagnent d'allégations de violations généralisées des droits humains sous l'égide d'un président qui concentre désormais tous les pouvoirs, la réponse est invariable : la baisse drastique du taux de criminalité dans le pays.
Les meurtres imputables aux maras, les bandes criminelles, sont passés de plus de 800 en 2019, année de l'élection de M. Bukele, à plus de 400 en encore 2021, à 57 l'année dernière, selon l'ONG Armed Conflict Location and Event Data Project (Acled).
Nayib Bukele, 42 ans, est de loin le dirigeant le plus populaire d'Amérique latine (90% d’opinions favorables selon le Latinbarometro) et devrait l'emporter haut la main lors du premier tour de scrutin dimanche.
- "Si c'est ça un dictateur, bienvenue à lui" -
Alberto Serrano, chauffeur Uber de 40 ans, affirme que "tout a changé".
Ancien chauffeur de bus, il raconte avoir craint pour sa vie à une époque où les membres des gangs extorquaient de l'argent à tout un chacun et tuaient des gens simplement parce qu'ils entraient dans des quartiers contrôlés par des groupes rivaux.
"S'ils montaient dans votre minibus et vous disaient +donnez-moi un dollar+ et que vous refusiez, dans le meilleur des cas ils vous battaient, au pire, ils vous tuaient", dit-il.
Il est chauffeur à son compte depuis l'entrée en vigueur de l'état d'urgence, "parce que maintenant on peut se déplacer partout, librement et sans crainte".
Dans un rapport publié le mois dernier, le Fonds monétaire international a souligné qu'une "réduction sans précédent de la criminalité, ainsi que l'importance des envois de fonds (de la diaspora) et des recettes touristiques" ont contribué à une activité économique robuste en 2022, tirée par la demande intérieure.
L'année dernière, le pays autrefois l'un des plus dangereux du monde, a même accueilli le concours de Miss Univers, ce qui, selon M. Bukele, montre que le Salvador "a changé pour toujours".
Nelson Rivas, un sans-abri de 63 ans, remercie Bukele "un président qui a nettoyé la ville". "Quand je dors dans la rue, j'ai l'impression d'être dans un palais, il ne se passe rien, personne ne te touche".
La popularité de Nayib Bukele transparaît dans la capitale avec de nombreuses peintures murales à son image. Les vendeurs de rue écoulent T-shirts, tasses à café, casquettes, statuettes, porte-clés, montres, tirelires ou tabliers à l'effigie du président barbu.
"Même des touristes étrangers nous disent +prêtez-nous Bukele+", s'amuse Gloria de Echeverria, 53 ans, vendeuse sur un de ces étals.
"Si c'est ça un dictateur, bienvenue à lui", dit Oscar Martinez, 54 ans, un Salvadorien qui travaille aux Etats-Unis en train d'acheter un tee-shirt avec une photo de Bukele et l'inscription "le Salvador renaît". "Si c'est ça une dictature, tout le monde en voudrait une".
A.Gasser--BTB