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Dans le sud du Liban, les déplacés de la guerre perdent espoir
Quand elle a fui les bombardements israéliens sur son village du sud du Liban, Ines Tehini, mère de trois enfants, pensait que c'était une affaire de quelques jours.
Mais cela fait près de quatre mois qu'elle vit dans une salle de classe et l'espoir d'un retour s'amenuise, surtout que l'immeuble familial où elle vivait a été touché par une frappe israélienne.
"L'appartement de mon frère, qui vit dans l'étage au-dessus de nous, a complètement brûlé et le nôtre a été endommagé", se désole cette femme de 37 ans, pendant que son bébé joue sur les matelas placés à même le sol.
Ines Tehini fait partie des plus 86.000 Libanais contraints de fuir leurs foyers depuis le début de la guerre le 7 octobre entre Israël et le Hamas à Gaza. Le puissant Hezbollah libanais lance des attaques quotidiennes contre Israël pour soutenir son allié palestinien.
Les violences ont fait plus de 216 morts du côté libanais, en majorité des combattants du mouvement islamiste Hezbollah, et 15 du côté israélien.
Retenant ses larmes, Ines Tehini raconte que son immeuble dans le village frontalier d'Aïta al-Chaab avait déjà été détruit lors de la dernière guerre entre Israël et le Hezbollah, en 2006.
La famille doit survivre avec le salaire de son mari, un soldat de l'armée libanaise, qui atteint à peine les 150 dollars par mois en raison de l'effondrement économique du pays.
"Nous n'avons pas les moyens de louer un appartement, je ne sais pas ce qui va advenir de nous", ajoute la mère de famille, installée dans une école transformée en centre d'accueil pour déplacés dans la ville côtière de Tyr.
Beaucoup de déplacés ont affirmé à l'AFP avoir perdu leur gagne-pain et leurs maisons dans les villages frontaliers désertés.
- Etat en faillite -
Dans une salle de classe voisine, Hafez Mostafa, un agriculteur père de dix enfants, affirme avoir perdu tout son bétail et ne plus avoir accès à ses oliveraies en raison des bombardements.
"Mes deux filles ont dû arrêter leurs études à l'université, car il nous manquait 400 dollars pour payer les frais", explique l'homme de 47 ans, originaire du village frontalier de Beit Lif.
L'une des fermes dont il était copropriétaire a été bombardée, et le bétail a été tué ou a fui, raconte-t-il. Il a dû vendre le bétail de sa deuxième ferme car il n'arrivait plus à nourrir ses 17 vaches.
"J'ai perdu mon gagne-pain", se désole-t-il, le front creusé de profondes rides: "Nous sommes fatigués, cette guerre a trop duré".
La région de Tyr abrite le plus grand nombre de déplacés, avec plus de 27.000 personnes, selon l'ONU, dont plus de 700 sont logées dans des centres d'accueil de fortune.
"Nous sommes incapables de subvenir aux besoins les plus élémentaires", avoue Mortada Mhanna, qui dirige l'unité de gestion des catastrophes, un organisme gouvernemental.
Autour de lui, volontaires et fonctionnaires s'activent sans relâche. Des écrans et des tableaux d'affichage tapissent les murs de la petite salle, contenant des centaines de numéros de téléphone griffonnés à côté des noms des responsables des localités frontalières.
- Privés d'aide -
Le Liban est en plein effondrement économique depuis plus de quatre ans et l'Etat en faillite ne peut plus subvenir aux besoins de déplacés, qui dépendent des dons d'ONG locales et internationales.
A Tyr, les familles de déplacés n'ont reçu qu'une seule fois une aide alimentaire en quatre mois, se désole Mortada Mhanna.
"Ce sont des familles ayant perdu leurs biens et leurs emplois, elles ne peuvent pas se débrouiller seules", ajoute-t-il.
Même les déplacés plus aisés sont aujourd'hui dans le besoin.
Dans le village de Srifa, à une quinzaine de km de la frontière avec Israël et à une demi-heure de Tyr, Abbas Fakih, 40 ans, s'estime chanceux.
Il s'est installé avec sa famille dans une maison de Srifa sans avoir à payer de loyer, les propriétaires ayant voulu montrer leur solidarité.
Ce père de quatre enfants qui a fui son village frontalier de Rab Tlatin a réussi à sauver son bétail, mais a commencé à vendre les bêtes pour vivre.
"J'avais 250 chèvres, j'en ai vendu une soixantaine (...) pour pouvoir acheter à manger et nourrir le reste du troupeau", relate-t-il, assis sur une chaise en plastique dans sa nouvelle maison, entouré de ses enfants et leurs cousins.
La plupart des chevreaux n'ont pas survécu à l'hiver dans la nouvelle étable mal chauffée, raconte-t-il, et il n'a pas accès à ses terres pour semer des lentilles et du blé pour la nouvelle saison.
"Tout ce que nous faisons, c'est attendre impatiemment les nouvelles, en espérant une trêve", dit-il.
M.Odermatt--BTB