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"Beaucoup de larmes" et "peu de mots" à la libération des deux otages israéliens
"Beaucoup de larmes" et "peu de mots": les proches de deux otages libérés dans la nuit par les forces israéliennes dans la bande de Gaza ont confié leur indicible joie, mais aussi leur détermination à obtenir la libération des autres otages.
Fernando Marman, 60 ans, et Luis Har, 70 ans, détenus depuis 128 jours, ont été libérés à Rafah lors d'une vaste opération incluant des bombardements qui ont fait une centaine de morts palestiniens selon le Hamas. Ils ont été exfiltrés au milieu des tirs par un commando qui a pris d'assaut l'immeuble où les retenait le mouvement islamiste palestinien.
Les deux Israélo-Argentins, kidnappés par le Hamas lors de l'attaque du 7 octobre au kibboutz Nir Yitzhak, dans le sud d'Israël, ont été héliportés à l'hôpital Sheba de Ramat Gan, près de Tel Aviv.
"Vers 3H00 nous avons reçu un appel des autorités israéliennes nous disant: +Fernando et Luis sont entre nos mains, venez les voir à l'hôpital+. Nous étions sous le choc. Nous ne nous attendions pas à ça", confie Idan Bejerano, le gendre de Luis Har, devant des journalistes à l'hôpital.
"Ils sont sous surveillance médicale, alités. Ils semblent +ok+, si je puis dire. Ils passent une batterie de tests, entourés de médecins et d'infirmières. Plus important encore, leur famille les entoure", ajoute cet homme, âgé de 48 ans.
"Aujourd'hui c'est mon anniversaire, et il (Luis) ne l'a pas oublié! Il m'a dit +hey Idan, tu as ton anniversaire aujourd'hui+, il s'en souvient!"
"Quand nous les avons vus, le coeur battait à 200 battements par minute, peut-être davantage. Il y avait beaucoup de pleurs, des embrassades, mais peu de mots (...) Nous sommes heureux aujourd'hui mais nous n'avons pas gagné. Ce n'est qu'une étape de plus vers le retour à la maison" des otages encore détenus à Gaza, a-t-il souligné.
Ces quatre derniers mois, "on se couchait épuisé, on se réveillait fatigué. Il y avait des rumeurs, des vidéos (sur des otages), cela a été très très difficile", poursuit-il.
Pour le directeur de l'hôpital, Arnon Afek, "le moment le plus émouvant a été les embrassades en silence" lors des retrouvailles. "Je me souviendrai de ce moment toute ma vie", dit-il à l'AFP.
- "C'est un miracle" -
L'hôpital Sheba avait déjà reçu une trentaine d'otages libérés à la faveur d'une trêve fin novembre.
"Ce que nous avons appris, c'est qu'outre l'aspect purement physique, il y a l'aspect psychologique. Il faut de la patience. Apprendre la façon dont ils ont été traités prendra du temps", glisse Arnon Afek.
A l'hôpital, la nièce de Fernando Marman, Gefen Sigal Ilan, ne cesse de trembler depuis l'annonce de la libération de son oncle. Je suis "sous le choc", "lorsque je l'ai vu, je n'arrivais pas à croire que c'était vrai", dit à l'AFP cette jeune femme de 36 ans, visiblement marquée. Elle décrit les deux hommes comme "très maigres, très pâles".
Elle aussi assure que la "lutte" n'est pas finie: manquent encore à l'appel 130 otages.
L'état des "deux hommes" est stable, a indiqué lundi soir une porte-parole de l'hôpital. "Mais les signes d'une captivité prolongée et le manque de soins médicaux sont évidents", a-t-elle dit.
Le 7 octobre, Luis, qui vit dans le kibboutz Urim, se trouvait chez sa conjointe Clara, à Nir Yithzak, avec trois autres membres de la famille élargie - Fernando Marman, Gabriela Leimberg et Mia Leimberg - lorsqu'un commando du Hamas a fait irruption.
Retranchés dans la pièce sécurisée de la maison, ils avaient tenté de bloquer la porte avec une chaise, en vain.
Le commando avait kidnappé Gabriela, Mia et Clara, Luis et Fernando. Les femmes de la famille ont été libérées fin novembre dans le cadre d'une trêve et d'un accord de libération d'une centaine d'otages en échange de prisonniers palestiniens détenus par Israël.
"Cette nuit, vers 03H00 j'ai entendu d'intenses bombardements de l'autre côté à Gaza, mais j'étais loin de me douter que Luis et Fernando étaient en train d'être libérés. C'est un miracle", dit Uri Utin, rencontré par l'AFP devant la résidence cadenassée de Clara.
Après le 7 octobre, le kibboutz, parsemé de citronniers, s'est largement vidé de sa population.
Mais des hommes comme Uri y assurent une présence armée, à quelques encablures de la bande de Gaza, pilonnée sans relâche par l'armée qui entend "anéantir le Hamas".
Au kibboutz Urim, à une quinzaine de kilomètres de Nir Yitzhak, Shabi attend son ami Luis.
"Je le connais depuis plus d'une trentaine d'années. (...) C'est un gars simple, tranquille, qui sourit tout le temps. Et un très bon cuisinier, il prépare un très bon asado" (barbecue argentin), ajoute cet homme, les yeux émeraude embués, qui contrairement à la majeure partie de la population du kibboutz, n'a pas quitté les lieux après le 7 octobre.
F.Pavlenko--BTB